L' art français: revue artistique hebdomadaire — 1.1887-1888 (Nr. 1-53)

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L’ART FRANÇAIS

» et plus particulièrement parmi les ouvriers d’art, les connais-
» sauces esthétiques qui étaient restées jusqu’ici le privilège de
» quelques initiés. Nous voulons répandre dans les écoles, dans
» les musées de province, dans les fabriques, des reproductions
» aussi exactes que possible, des chefs-d’œuvre de tous les temps
» et de tous les pays.

» Tout le monde ne peut pas faire le voyage de Paris pour aller
» étudier sur place dans les musées nationaux les formules et les
» traditions de l’art ancien. D’autre part, on ne peut déplacer des
» chefs-d’œuvre qui ont une valeur inestimable. Nos reproduc-
» tions font pénétrer partout, dans toutes les classes de la société,
» les notions générales qui sont indispensables à toute industrie
» d’art pour renouveler et affinerses modèles. C’est grâce à notre
» influence, je puis bien le dire, que nos ouvriers d’ornementa-
» tion reprennent aujourd’hui dans le monde la première place
» qu’ils devaient au génie naturel de notre race et qu’ils ont été
» bien près de se laisser ravir.

» Croyez-vous que ce soit là une campagne intéressante ! En
tout cas, je n’en connais pas de plus patriotique. Nous sommes
» arrivés, dans cette recherche de la reproduction exacte, à des
» imitations qui déconcertent même les vrais connaisseurs.

)) Par exemple, nous faisons le désespoir des collectionneurs.

» Allez donc acheter un objet d’art unique, trente, quarante
» ou même cent mille francs (et ce ne sont là que des prix relati-
» veinent inférieurs comparés aux taux de certaines enchères)
» quand vous êtes exposé à retrouver un jour dans quelque
» musée de province une copie si exacte de ce même bibelot que
» vous même n’y sauriez trouver de différence. Tout y est, la
» coloration, la patine du temps, jusqu’aux moindres bosselures
» et aux ombres de ces bosselures.

» La galvanoplastie surtout est parvenue à faire des moulages
presque identiques à l’original grâce à un nouveau mode d’em-
> ploi de la gutta-percha qui a été inventé non par un praticien
)) mais par un amateur.

» Le plus curieux, c’est que cet amateur est conseiller à la cour
» de Rouen. Il se repose de la procédure en faisant de la galva-
» noplastie.

M. Antonin Proust ajoute :

» Ce qui fait le caractère original et véritablement Intéressant
» de la nouvelle exposition, c’est :

» i° Qu’elle sera récapitulative;

» 2° Qu’elle sera pour ainsi dire internationale.

» En effet, nous avons exposé jusqu’ici et à tour de rôle les
)> industries d’art qui travaillent le bois, le métal, les tissus et le
» verre.

» Cette année, nous donnons un exposé d’ensemble de toutes
» ces industries. Cela nous permettra de présenter au public des
» ensembles décoratifs qui l’intéresseront davantage.

» En second lieu, nous avons obtenu le concours des musées
» de Vienne, de Buda-Pesth, du South-Kensington Muséum de
» Londres, du Musée d’art monumental et industriel de Bruxelles
» e: même du musée de Berlin. »

Voici maintenant quelques détails sur l’installation, encore très
incomplète de la neuvième Exposition :

Le rez-de-chaussée est consacré à l’exposition récapitulative.
Une série de petits pavillons en arcades sont semés sur deux rangs
au centre du jardin et égaient cette partie de l’édifice qui est en
général d’un aspect un peu froid. Tous sont loués, quelques-uns
même par plusieurs exposants qui se sont réunis pour présenter un
ensemble au public.

Au premier étage, le musée des Arts Décoratifs que tout le
monde connaît, s’est agrandi des deux grandes salles placées à ses
deux extrémités, pour recevoir les expositions étrangères.

Là encore rien n’est en ordre, et c’est sur une table dans un
coin que nous pouvons admirer les objets expédiés par les musées
étrangers.

L’envoi de Berlin surtout, est particulièrement remarquable.

Il y a là des coupes, des gobelets, des reliquaires, qui sont de
pures merveilles et dont les originaux possédés par le musée de
Lunebourg, doivent avoir une valeur inestimable.

Nous signalons, presque au hasard, un grand pokal gothique
en argent repoussé, datant de 1540 et représentant Saint-Chris-
tophe portant 1 Enfant Jésus; un grand pokal en argent doré repré-
sentant, dit le catalogue, la victoire du protestantisme sur la reli-
gion intérimaire d Augsbourg (1552-1560). Plus loin, un gobelet
a couvercle en argent doré, avec cette inscription tout au moins
curieuse :

Ein J ru ni b Jf eib ist dem Hanse ein Eer, dieirem UvCan erfreud sehr/ die
dem Wein im Wilkomb bedent/ die ancb dem Man sein Her^ erfreud.

« Une femme pieuse est un honneur pour la maison. Elle fait
le bonheur de son mari et permet de mettre du vin dans son verre,
ce qui réjouit aussi le cœur du mari. »

Nous reviendrons prochainement sur l’Exposition des Arts
décoratifs.

LE LUXE ET LES ARTS

l.e Soleil a revu la lettre suivante :

« Monsieur le rédacteur,

a Un compte-rendu des plus intéressants a paru dans votre numéro du
7 août : il a trait à la séance de l’Académie du G août, dans laquelle
« M. Paul Leroy lleaulieu entretient l'Académie de la question du luxe,
récemment soulevée par MM. Baudrillard et Courcelle Seneuil ».

» Parmi les considérations présentées par le savant économiste pour mon-
trer sous leur véritable jour et légitimer, dans une juste mesure, soit les
causes, soit les conséquences du luxe, on lit cette phrase : « Il (le luxe)
est enlin le père des a rts ».

» Qu’il nous soit permis de contester l’exactitude de cette assertion, au
double point de vue philosophique et historique. Le véritable père des
arts n’est autre que l’amour du beau inné dans l’âme humaine. A l’origine
de toutes les sociétés et par conséquent avant qu’elles aient atteint leur
période de luxe, il fait éclore tous les arts à la fois réunis dans le temple.
Le n’est qu’après cette première et longue période d’incubation qu’ils se
séparent et vivent au dehors. Soit dans le monde antique, soit dans le
monde moderne ou chrétien, les choses ne se passent pas autrement. Le
luxe, comme élément générateur des arts, n’apparait pas plus dans les
vieux sanctuaires de l’Inde et de l’Egypte que dans les catacombes romaines.
Partout et toujours, le souffle inspirateur des arts est le sentiment reli-
gieux et patriotique. Personne n’ignore que, loin de faire naître ou d’en-
tretenir ces deux sentiments, le luxe tend plutôt à les affaiblir.

» Le n’est pas une raison pour méconnaître les services parfois très pré-
cieux que l’amour du luxe, compris d’une certaine façon exceptionnelle et
élevée, peut rendre aux arts : mais, de ce lait, il n’,y a entre eux qu’une
alliance non nécessaire, une parenté collatérale, d’oncle à neveu par
exemple. Or, que le premier, venu d’Amérique ou d’ailleurs, puisse être
infiniment utile au second, cela n’est pas douteux, mais il 11’est pas son
père.

» Agréez, etc. e. janmot

» Lyon 7 août 1887.»

L’abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro
la suite de notre étude sur le Salon, comprenant notamment une
appréciation des ouvrages reproduits aujourd’hui : Léda,par M.E.-C.
Houssin; Entre deux larrons, par M. Dchaisne et la Douche au
régiment, par M. E. Chaperon.

jrçHos ^Artistiques

Le jury du concours pour le monument du sergent Bobillot s’est réuni
hier à l’hôtel de ville pour rendre son jugement. Il était composé de
MM. Anatole de La Forge, Eugène Farcy, Georges, I’otel, représentant le
comité de souscription; Lollin, Delhomme, Dubois, Emile Richard, repré-
sentant le conseil municipal; Lhaplain, Grauck et Antonin Mercié, artistes;
Armand Renaud, inspecteur en chef des Beaux-Arts.

Le prix a été donné au projet n° 6, dont l’auteur est M. Auguste Paris.

Une mention honorable a été accordée au projet n° 12, dont l’auteur est
M. Lhoppin.

L’exposition des projets à l’Hôtel de Ville se prolongera jusqu’au 19
courant inclus.

——

Les artistes célèbrent à leur façon, qui n'est pas la moins bonne, le
centenaire de 1789.

MM. Gervex et Stevens, les deux peintres parisiens si connus, mettent
en ce moment la dernière main à une composition colossale qu’ils exé-
cutent en collaboration.

Cette œuvre représente les personnages célèbres qui, depuis cent ans,
ont illustré les arts, les sciences, l’armée, la politique.

Espérons que l’on accordera aux excellents artistes, pour exposer leur
œuvre, un local digne d’elle. F- -T-

Le gérant : SILVESTRE.

Pàius. - Glyploçraphie SILVESTP.E 4 C‘\ rue Oberkampf. ‘J7.
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