L' art français: revue artistique hebdomadaire — 2.1888-1889 (Nr. 54-105)

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L’ART FRANÇAIS

méconnaître. Impressionnisme, réalisme, naturalisme ou n’importe quoi,
cela est de l’art le plus sérieux et le plus hardi. Il y a là une recherche
patiente de ce vrai qui est le beau, parce qu’il est l’harmonie parfaite. Il
y a là, en outre, le respect de la nature, ce sentiment qui distingue les
vrais maîtres, ceux qui ne peindraient pas un brin d’herbe ou une feuille
d’arbre sans émotion.

Quand on regarde pour la première fois ces paysages clairs, lumineux,
aériens, qui ne procèdent d’aucune manière connue, qui ne rappellent
l’œuvre d’aucun maître, on demeure comme fourvoyé, on ne sait plus où
l’on est, encore moins où l’on vous mène.

Puis, on se rassure peu à peu. On examine avey plus d’attention, on
recule de quelques pas pour se mettre à la distance normale, et bientôt
on voit, on comprend. On subit alors la nfôme fascination (pie le peintre
a subie en présence de ces merveilles qu’il a voulu reproduire.. On est
frappé de' la transparence vibrante de ces ciels lilas où flottent de légères
nuées roses ou grises; ou se laisse séduire par le ton bleuissant des
grands arbres penchés au bord de la mer, dans cette admirable baie
d’Antibes, dans ce paradis terrestre dont mieux que personne M. Claude
Monet a exprimé le caractère radieux.

C’est qu’en vérité, une fois séduit, on serait fort embarrassé de formuler
la moindre critique.

En artiste de race,M. Monet a peint la ville d’Antibes sous divers aspects,
sans jamais tomber dans l’illustration, dans ce qu’on appelle une « vue de
tel endroit » : Antibes, vue du plateau de Notre-Dame ; — Antibes, vue
de la Salis; les Alpes vues du cap d'Antibes, aussi bien que la Plage

de Juan-les-Pins. les Montagnes de l'Estrcl ou les Alpes et la mer,
toutes ces pages sont des tableaux dignes de ce nom. Elles ont en même
temps l’attrait de la vérité et l’irrésistible prestige du grand style.

Désormais, je ne dirai plus de mal de l’école impressionniste, que j’ai
parfois quelque peu malmenée : elle a produit un maître. F. j.

M. LARROUMET

M. Larroumet, chef de cabinet du ministre de l’Instruction
publique, vient d’être délégué à la direction des Beaux-Arts, en
remplacement du regretté Castagnary.

Nous croyons savoir que les artistes auront bientôt lieu d’ap-
prouver sans réserves le choix de M. Larroumet. En effet, le
nouveau directeur des Beaux-Arts serait absolument décidé à
poursuivre l’œuvre féconde de son prédécesseur. Il arriverait avec
la résolution bien arrêtée de faire exécuter toutes les clauses tes-
tamentaires de l’homme d’initiative et d’énergie qui mourut à
la peine « et dont le seul vœu était de vivre jusqu’en 1889 pour
assister au triomphe de l’Ecole française ».

Notre confrère, M. J. d’Anglar, auquel nous empruntons ce
précieux renseignement, ajoute que, notamment, en ce qui con-
cerne la partie rétrospective de l’exposition de peinture et de
sculpture de 1889, la volonté de M. Castagnary sera respectée.
« M. Larroumet est décidé à y employer toutes ses forces, et il y
réussira ».

« Quant aux sculpteurs, jusqu’ici assez mal partagés, comme
on sait, dans la sollicitude administrative, le nouveau directeur
aurait promis de tout faire pour améliorer leur sort. »

Voilà d’excellentes dispositions dont nous sommes heureux de
donner acte au successeur de Castagnary.

Ajoutons que M. Larroumet est un homme jeune encore, qui
a traversé la presse en collaborant à divers journaux et revues,
et qu’il a eu, d’autre part, une très belle carrière universitaire.

LE MUSÉE MUNICIPAL

Jeudi dernier, ainsi que nous l’avions'annoncé, a eu lieu à Passv,
15, rue de Boulainvilliers, l’inauguration du nouveau Musée muni-
cipal .

Le musée est installé dans un bâtiment rectangulaire et comprend deux
salles, l’une, au rez-de-chaussée, occupée par quelques sculptures et de
nombreuses esquisses de peintures exécutées pour la décoration des édi-
fices, etc. ; l’autre, au premier étage, plus spécialement consacrée aux
peintures et aux tapisseries admirables qui appartiennent à la Ville de
Paris.

On remarquera, au rez-de-chaussée, une suite de bustes de souverains,
marbres offerts à la Ville à la suite de l’Exposition de 1867 : Léopold II et

Marie d Autriche, roi et reine des Belges ; François-Joseph, empereur
d’Autriche, et Louis 1er (fe Bavière; Alexandre II, empereur de Russie; le
piince Albert et la reine Victoria, coiffée de la couronne de chêne et de
laurier; Victor-Emmanuel II et Abd-ul-Aziz-Khan, etc.

A voir également des maquettes des statues acquises ou commandées par
la Ville. Le Temps et la Chanson, par M. Paris; le Bâton de Vieillesse,
p.u M. Escoula ; Daphms cl Chloc, par M. Guilbert; Philosophie, par
M. Longepied; les Mathématiques, par M. Suchetet; l’Histoire naturelle,
par iVI. Larlier : VHistoire, par M. Cordonnier, etc.

Mais I intérêt se portera surtout sur l’unique et magistrale esquisse qui
nous reste du Sanglier cl'Erymanthe, d’Eugène Delacroix, ainsi que sur
ies esquisses du Christ et des décorations du Palais de Justice, de M.
Donnât.

Par exemple, il nous a été impossible de regarder sans rire le Sacre de
Charles A, 1 immense toile de Délavai, qui nous paraît vraiment avoir dit
le dernier mot du « comique officiel. »

En revanche, il faut revoir le beau tableau de M. Rixens :1e Laminage
de l Acier, qui occupe très dignement le centre d’un panneau de cette
salle.

Au premier étage, on a réuni la plupart des esquisses des grandes toi-
les qui décorent nos églises et plusieurs grands tableaux parmi lesquels le
Saint Jacques attribué à Lenain, la Vierge à l'enfant (d’après Rubens) ;
le Saint ’lhornas d'Aquin apaisant une tempête, de Arv Schelfer ; les
Vendeurs chassés du Temple, de Natoire, etc.

L’escalier de bois qui mène à la salle haute est lui-même décoré de
deux grandes toiles de Heim : le Martyre de saint Ilippolyte et Saint.
Hyacinthe ressuscitant un jeune homme, ainsi (pie d’une très belle ta-
pisserie symbolisant l'Été.

Je citerai encore.les Pestiférés implorant le Christ, par Jean Jouvenet
(provenant de Saint-Etienne-du-Mont), Sainte Isabelle, de Philippe de
Champaigne, etc., et toute une suite de maquettes minuscules représen-
tant les grandes statues qui décorent le nouvel Hôtel de Ville.

On voit que le musée municipal pourra rendre de réels services aux
artistes et aux historiens, qui y trouveront des documents précieux sur
le Paris des deux derniers siècles. f. j.

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pCHOS j\_ R TI S TI QU E S

M. Meissonier a eu la douleur de perdre sa femme, dont les obsèques ont
été célébrées, le 13 juin, à Poissy. Tout ce que Paris compte de notabilités
artistiques ou littéraires assistait à cette cérémonie.

X

On annonce la mort de Mme Decamps, veuve du célèbre peintre français et
mère de Mme Edouard Dentu.

X

Nous apprenons également avec regret la mort de Mme Draner, femme de
l'excellent caricaturiste du Charivari et du Journal amusant.

X

M. F. Régamey a ouvert, nous l'avons dit, dans son atelier, une exposition com-
prenant un certain nombre de peintures rapportées de I Extrême-Orient et desti-
nées au Musée des Religions.

Ces toiles, où le talent du jeune peintre s'affirme d'une façon définitive, of-
frent d'ailleurs un vif attrait documentaire, et seront l'un des éléments de cu-
riosité du futur Musée Guirnet.

X

Mes excellents collaborateurs et amis, MM. Silvestre, m’adressent la lettre
suivante :

« Mon cher ami,

» En bons Dauphinois, nous vous prions de signaler, dans vos échos, la
belle fête donnée, le 9 juin, au Pavillon de la Ville de Paris, en commémora-
tion de la révolution dauphinoise de 1788. II y a eu là une manifestation
d'un caractère si patriotique et si français, que vous ne refuserez certainement
pas d'en dire un mot, bien que le sujet sorte un peu de notre cadre.

» Tous les Dauphinois de Paris — et de là-bas — vous en seront recon-
naissants.

» Vos dévoués collaborateurs,

» I’. et J. Silvestre. »

Je n'ai vraiment rien à ajouter à cette lettre si cordiale, sinon que j’ai assisté
à la fête dauphinoise, que j’y ai applaudi de toutes mes forces les discours de
M. Carnot et de M. Casimir Périer, et que j’ai beaucoup admiré la décoration
de la °rande salle où était servi le banquet de six cents couverts. Cette décora-
tion fait même grand honneur à MM. Alphand, directeur des travaux de Paris,
et Bouvard, architecte de la Aille.

X

Un charmant petit livre à signaler, chez Dupret : les Princesses artistes, par
M. Antony Valabrègue.

C’est l’histoire complète des princesses et reines qui, en France et à 1 étran-
ger, ont eu la fantaisie de manier le pinceau, le ciseau ou le burin.

Beaucoup d’anecdotes et de menus détails sur les princesses d’autrefois et
sur celles d’aujourd’hui. F-

Le gerant : SILVESTRE

Paris. — Glyptographie SILVESTRE & C", rue Obcrkampf, 97
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