L' art français: revue artistique hebdomadaire — 2.1888-1889 (Nr. 54-105)

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L’ART FRANÇAIS

Nos Illustrations

Une des jolies toiles du Salon était certainement cette Rositci, de
M. Alexis Vollon fils, que nous reproduisons aujourd’hui.

C’est une fantaisie, une exquise figure de jeune femme assise, très na-
turellement posée. Rosita venait d’interrompre un travail de broderie et
s’était retournée à demi sur son fauteuil, dans un coin de l’atelier, lors-
que l’artiste, frappé de la beauté et du charme pittoresque de son modèle,
s’est écrié : Ne bougez plus !

Et Rosita, docile, a gardé la pose.

Et M. Alexis Vollon, enthousiasmé, a enlevé de verve ce morceau vrai-
ment remarquable, d’un dessin très pur et d’une couleur toute person-
nelle. Une émotion sincère palpite sous ces dentelles et anime ces mains
dont les belles lignes tenteraient un sculpteur. C’est la vie, c’est la jeu-
nesse fixées sur la toile en leur merveilleux éclat.

M. Vollon fils a obtenu un grand succès avec son autre tableau, de di-
mensions plus importantes : Toilette du matin, et où se révélait égale-
ment son tempérament de coloriste énergique. Nous préférons, toutefois,
cette séduisante Rosita.

Nous avons dit un mot, dernièrement, de l’envoi de M118 Ribôt à l'ex-
position des Bretons-Normands.

Mlle Ribot a bien voulu nous autoriser à donner, dans l'Art français,
le tableau qu’elle intitule : La Conférence. Comme nos lecteurs pourront
s’en convaincre, c’est une étude fort consciencieuse de physionomies
paysannesques, La jeune artiste a choisi ses brestoisés p; rmi celles que la
foi attire aux offices. Il s’agit, en effet, d’une conférence religieuse. Une
dizaine de femmes, vêtues de leur plus blanc bonnet et de leur plus belle
robe noire, sont assises, dans une église, la face -, tournée vers le prédi-
cateur. On ne voit pas ce dernier, mais on retrouve, sur la ligure de ses
paroissiennes attentives, comme un écho de sa parole.

Chacune de ces paysannes offre un intérêt particulier, parce que toutes
sont de vraies paysannes, ayant le type, le caractère de leur race et de
leur pays."

Comme je le disais l'autre jour, M1,c Ribot a su se créer une manière
individuelle, tout en recevant les leçons de son illustre père. C'est un rare
mérite, et il convient d’en féliciter l’élève et le maître. Tous deux y ont une
égale part.

La jeune école naturaliste compte en M. Dambourgez un adepte fervent
— et qui promet. — La jBoutique de fromages est une fidèle description,
une narration claire et précise d’une de ces boutiques parisiennes dont
les grandes glaces luisantes laissent apercevoir l’intérieur dans ses moin-
dres détails. La marchande, une jeune et jolie femme à la ligure ave-
nante, coiffée d’un bonnet coquet et les bras garantis par des fnusses-
manches en toile blanche, se tient debout, auprès des consoles de marbre
blanc sur lesquelles sont étalés les fromages divers. La plupart sont re-
couverts de cloches en verre, et ces cloches,'elles-mêmes, par la manière
sobre et libre dont elles sont peintes, montrent chez M. Dambourgez une
certaine intensité visuelle.

Le seul reproche que nous nous permettrons d’adresser à l’artiste,
c’est ({lie son tableau n’est peut-être pas un tableau. Mais en revanche,
c’est une peinture. Combien de tableaux dont nous n’oserions en dire
autant.

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LE PLAFOND DE L’ODÉON

Les nouveaux spectateurs qui sont allés applaudir au beau
drame de MM. Paul Ginisty et Hugues Le Roux, Crime et Châ-
timent, ont pu admirer le nouveau plafond récemment terminépar
M. Jean-Paul Laurens, et dont il a été déjà question ici.

Dans cette page d’une facture vraiment nouvelle, le maître de
la Mort de Marceau a abordé les tonalités claires, les transparences
exquises en harmonie avec le genre qu’il se proposait d’inter-
préter. Comme l’a fait remarquer un de nos confrères, M. J.-P.
Laurens avait à lutter contre de sérieuses difficultés. Il avait à
tenir compte de la forme d’une coupole de théâtre, concave et
cintrée, qui déplace les lignes et altère les perspectives, il devait
se préoccuper également de l’exposition même d’une telle pein-
ture contrariée par le jeu des lumières contradictoires de la scène
et des lustres. Le peintre est sorti victorieux de cette entreprise.

Le nouveau plafond de l’Odéon, figure un vélum en soie

jaune découpé romaine, écarté entre quatre arceaux qui se rejoi-
gnent en azur vers la cristallerie du lustre. Dans l’ouverture de
ce vélum tourbillonne la troupe des Muses : ici la Muse classique
au front radieux ; la Tragédie échevelée ; la Comédie dont le
masque rit; puis encore la Muse des Nuits, de Musset, et celle
du Passant, de Coppée. Toutes ces figures sont d’un beau mou-
vement, d un modèle vigoureux, non moins que celles des Pas-
sions modernes, dont les silhouettes paraîtront un peu exagéré-
ment nues, à moins de symboliser le théâtre actuel, quÇ lui
aussi, ne gaze plus rien... Dans 1 apothéose de la coupole quel-
ques portraits ; Balzac, Alexandre Dumas, Victor Hugo, George
Sand, et puis aussi, au pourtour, quatre têtes qui regardent cu-
rieusement dans la salle; ce sont les portraits de M. Laurens lui-
même, de sa femme et de ses deux fils, accoudés là, dirait-on,
pour juger l’impression de la foule. Ainsi les grands artistes du
Moyen-Age se représentaient eux-mêmes sous le masque d’une
gargouille; aux flancs d’une cathédrale qu’ils avaient bâtie.
--—

jccHos Artistiques

Par suite de la mort de Gustave Boulanger, l'artiste regretté, une chaire de
chef d'atelier se trouve vacante à l’école des Beaux-Arts.’

Le conseil supérieur des Beaux-Arts va être convoqué, au commencement
de la deuxieme quinzaine d’octobre, pour pourvoir à cette vacance. La candi-
dature de Al. Jean-Paul Laurens est dès aujourd’hui posée.

X

C’est le sculpteur Paul Fournier que la municipalité de Tours a choisi pour
exécuter le monument de Balzac.

Balzac est représenté assis, revêtu de la robe monacale qu’il avait coutume
de porter chez lui, tel que l’ont dépeint Théophile Gautier et Lamartine, dans
une attitude méditative, la plume à la main, le bras gauche appuyé sur le
dossier de son fauteuil de travail.

Quelques-uns des sculpteurs qui se présentaient à Tours se trouvaient sur
les rangs pour le concours ouvert à Paris.

A l’exception de AJ. Paul Fournier, restent en présence : MAI. Bodin, Dalou,
Ghapu, Aimé Millet, Vasselot et Granet.

La Société des gens de lettres doit, parait-il, se prononcer ce mois-ci.

X

Mariage artistique :

AI. Henri Guérard, l'aquafortiste distingué, vient d’épouser AIlle Jeanne Gon-
zalès, seconde lille d'Emmanuel Gonzales, le regretté administrateur général
de la Société des gens de lettres.

Tous nos compliments aux jeunes époux.

X

L'Art Français tient à protester, avec tous ses confrères, contre la condam-
nation qui a frappé AJ. Jules Roques, le sympathique directeur du Courrier
français, et plusieurs de ses collaborateurs.

Nous sommes, quelle que soit la forme qu’elle revête, pour la liberté absolue
de la pensée. Nous sommes pour la liberté de l'art, comme pour toutes les
libertés. Nous estimons que la presse toute entière est frappée dans la personne
de Al. Jules Roques, et nous tenons à adresser à notre confrère notre amicale
poignée de main.

X

Dans la séance publique annuelle des cinq Académies, qui aura lieu le
jeudi 25 octobre, plusieurs lectures seront faites par AI AI. le marquis d’IIervey
de Saint-Denys, président, membre de l’Académie des inscriptions et belles-
lettres; Ludovic llaiévy, de l'Académie française; Bouquet de la Grye, de
l'Académie des sciences; Gruyer, de l’Académie des beaux-arts, et Frédéric
Passy, de l’Académie des sciences morales et politiques.

Ajoutons que la séance de l'Académie des beaux-arts est fixée au 20 octobre.

X

Le château de Blois va s'enrichir d’une collection précieuse. La ville a
demandé la réinstallation du mobilier qui ornait les salles au seizième siècle^
et qui a été dispersé dans les palais nationaux et au garde-meuble.

Le gouvernement a autorisé un archéologue, AI. Alirbeau d'Uliers, à recher-
cher les meubles disséminés d^ins les palais de Trianon, de Fontainebleau et
de Compiègne.

Al. de Beaudot est chargé du rapport sur cette question, rapport qui sera
adressé au ministère de l’instruction publique.

X

On lit, dans le Journal Officiel du 3 octobre, ces quelques lignes :

« C’est, par erreur que AI. Fagel (Léon), statuaire, a figuré surla liste d'officiers
d'Académie publiée dans le Journal Officiel du 2 octobre 1888. >>

AL Fagel, auteur de la statue de Dupleix qu'on a inaugurée dimanche à Lan-
drecies, est prix de Rome, hors concours au Salon, et c'est lui qui a prié
Al. Pierre Legrand de ne pas lui donner les palmes académiques.

Le gérant : SILVESTRE

Paris, — Clyplograpliie SILVESTRE i C'\ rue übcrkampf, 07
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