L' art français: revue artistique hebdomadaire — 2.1888-1889 (Nr. 54-105)

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L’ART FRANÇAIS

Nos Illustrations

Le matin avait inspiré beaucoup de poètes et beaucoup de
peintres, avant de solliciter à son tour la spéculation de M. Charles
Giron. Homère chantait l’Aurore aux doigts de rose, et pendant
des siècles la littérature et l’art se crurent obligés de recourir à
l’allégorie pour célébrer les charmes du matin. Il a fallu aux
hommes de longues années d’observation pour s’apercevoir que
la nature a son mérite, sa beauté, sa séduction, et que l’allégorie
n’est qu’une convention décorative dont le paysagiste devait
s’affranchir s’il voulait atteindre au suprême du Beau.

Lorsque Claude Gellée, dit le Lorrain (comme Jeanne est dite
la bonne Lorraine) enflambe tout le ciel au caprice de son pin-
ceau magique; et, de nos jours, lorsque Corot,de sa main divine,

: écarte les rameaux d’une saulaie et fait filtrer, à travers le feuillage
pâle, un rayon de lumière argentée; ou, plus près de nous encore,
lorsque Français, Eugène Lavieille, Harpignies, Pointelin, Rapin
et les jeunes : IsembartBoudot, Paul Saïn, Emile Barau et d’autres
que j’oublie, font courir un frisson sur un tertre herbeux et, à
l’aide de moyens d’une simplicité extrême, vousémeuveni jusqu’au
fond de l’âme en vous retraçant leurs propres émotions, — où
donc, s’il vous plaît, gît l’allégorie ?

Analyse ou synthèse, toute l’école moderne se résume en ces
deux termes, ainsi que nous avons eu l’occasion de le dire déjà.
Mais l’allégorie, avec sa préciosité et ses complications énervantes,
s’est définitivement cantonnée dans l’art décoratif, abandonnant
le paysage aux vrais peintres épris de la nature.

De ceux-ci est M. Charles Giron, un compatriote de Topffer,
qui a brillamment conquis chez nous son droit de cité.

Rien n’est plus calme que le site alpestre qu’il nous représente
dans son tableau : Taysans et paysage, et rien n’est plus chaste que
l’idylle à laquelle ce site sert de cadre. Dans la lumière blonde du
matin, un jeune paysan, sa faulx sur l’épaule, rencontre unejeune
fille portant, sur sa tête mignonne, un fardeau qu’elle maintient
en équilibre par un mouvement plein de grâce, lisse sontaccostés
et, riant d’un rire Iranc, sincère, ils échangent une vigoureuse
poignée de main. Autour d’eux, les champs s’emperlent de rosée,
le ciel clair vibre sur leur tête et il semble qu’on entende au loin
chanter les alouettes...

Rarement la poésie matinale a été exprimée avec plus de
franchise.

Ce que je viens de dire de F « allégorie)) ne saurait s’appliquer
à la Source de la Loue, de M. Jean Gigoux, car l’éminent artiste
franc-comtois est un ennemi acharné des vieilles formules, et s’il
a a personnifié » une source à laquelle Courbet s’était peut-être
désaltéré, il n’avait, croyez-le bien, d’autre but que de peindre,
d’après nature, une jolie figure Hue. Dans l’histoire de l’art au
dix-neuvième siècle, l’œuvre de M. Gigoux, œuvre considérable
et diverse, demeurera comme un reflet des différents états de
l’esprit artiste aux époques successives.

Dans les évolutions de ce talent qui n’a peut-être pas d’égal,
en ce sens qu’il a triomphé sur tous les points, qu’il s’est victo-
rieusement affirmé dans tous les genres, on retrouvera la note, je
. devrais dire la cote exacte du niveau de l’école française aux pé-
riodes caractéristiques. C’est cette, particularité que je me propose
d'étudier avec plus de loisir. Aussi bien dois-je me borner aujour-
d’hui à louer sans restriction la Source de la Loue telle que la rêva
le maître peintre, telle qu’elle nous apparaît, sous les traits d’une
belle fille nue, aux chairs nacrées, au regard voilé de mystère
toute frémissante dans la fraîcheur du matin.

M. P. Gavarni, dans son élégante description de l’Enceinte du

pesage aux courses de Limoges, s’est moins préoccupé de composer
un tableau que de rendre, avec le plus de justesse possible, le mou-
vement des chevaux, les impatientes et curieuses allées et venues
des sportsmen, et jusqu’à l’aspect du champ de courses qu’on
aperçoit au loin, avec ses mâts et ses oriflammes.

Au point de vue de l’exactitude, on ne saurait exiger davantage.
Tout cela est noté fidèlement et présenté avec beaucoup d’esprit.
Cette toile est d’un vif intérêt documentaire.

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LES RÉCOMPENSES DU BLANC ET NOIR

Le jury de l’exposition du Blanc et Noir vient de décerner les
'récompenses suivantes :

Dans la section des dessins et cartons, une médaille d’or à M. Karl
Robert. Des médailles d’argent à Mue Beaurv-Sorel et à MM. Smith (Jacob)
et Yauthier (Pierre), etc., etc.

Dans la section de gravures, des médailles d’argent à MM. Florian^
Jasinski, Ardail, à Mlle Jacob et à MM . Portier de Beaulieu. Ruet, etc., etc.

Dans la section des aquarelles et pastels une médaille d’or à Mlle Maximi-
lienne Guyon et des médailles d’argent à MM. Léandre, Duliern, Paul Le-
comte. Yauters, Mlle Yalcntino, etc., etdes mentions honorables à M|le« Mo-
risot, Biliuska, Jeanne Guyon, etc.

Enfin, dans la section des dessins d’art décoratif, d’enseignement et
industriel, une médaille d’or à M. Hista et des médailles d’argent à MM.
Rover (Lionel). Jourdain, etc.

jffCHOS yYRTISTIÇUJES

Le mariage de notre confrère, M. Abel Dormant, iils de M. Hermant, archi-
tecte, avec .Mlle Georgette Charpentier, tille de M. G. Charpentier, éditeur, a
été célébré, le 28 novembre, à Saint-Thomas d’Aquin, en présence d’une foule
d’élite, comprenant toutes les sommités artistiques et littéraires.

X

Le musée du Louvre a acquis une œuvre historique de sculpture de grande
valeur: le tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal du duché de Bourgogne,
mort en 1491. ,

Philippe Pot y est représenté armé de pied en cap, couché sur une dalle que
portent huit « pleurans » en coslume de deuil, tenant chacun à la main un
écusson des alliances du défunt.

C’est une des œuvres les plus importantes de la sculpture bourguignonne.

X

Le 27 novembre a paru, au Journal Officiel, un arrêté par lequel il est
adopté une marque de fabrique pour tous les objets sortant de la manufacture
de Sèvres.

Les pièces fabriquées et décorées dans les., ateliers de la manufacture natio-
nale de Sèvres porteront désormais, soit en peinture, soit en relief, selon les
besoins, une marque artistique composée d’une médaille, représentant le potier
antique assis sur son tour ; cette médaille, revêtue des mots : Manufacture-
ISationale-Sèvres, placés en exergue, sera conforme au fac-similé approuvé.

La marque dont il s'agit, n’exclut pas l'emploi de celles qui ont été déposées
le 26 mai 1880 ; elle n’en sera que le complément.

_ X

Ainsi que nous l'avions annoncé, une élection a eu lieu, la semaine dernière,
à l'Académie des beaux-arts, en îemplacement de M. François, dans la section
de gravure.

M. Blanchard, au troisième tour de scrutin, a été élu par 18 suffrages, contre
14 échus à M. Waltner et un àM. Bellay.

X

La huitième exposition annuelle de l'Union des femmes peintres et sculpteurs
aura lieu, comme les précédentes, au palais des Champs-Elysées, dans le
cornant de février 1889.

Les sociétaires seront, très-prochainement, convoquées en assemblée géné-
rale. Les nouvelles inscriptions seront reçues au siège de la société, 147, avenue
de Milliers.

X

Les œuvres d’art — statues, tableaux, boiseries —• que le musée desArts déco-
ratifs avait envoyées à l’exposition de Copenhague, sont rentrées au palais de
l'Industrie.

Tous ces objets vont être replacés dans les salles du musée de l’Union cen-
trale, en attendant que cette société puisse s’installer dans le palais-du quai
d’Orsay — qu’on lui fait attendre depuis si longtemps.

X

Nous avons donné les noms des sculpteurs qui ont été élus, pour Tannée
1888-1889, membres du comité île la Société libre des artistes français. Voici les
noms des peintres : MM. Besnard, Lherrnitte, Léon Glai/.e.Sauzay, Thirion, Ber-
geret, Rixens, Saint-Pierre. Maignan, Polak, Robert-Fleury, Bozier, Von, Fran-
çois Flameng, Le Roux, Lapostolet, -Debon, Coblentz, Dameron, Grands!re,
Morton, Pointelin, Rapin, Dubuf’e, Hermann-Léon, Yayson, Humbert, Agathe.
Lemaire.

i - v ;iut : SILYLSTPiE

paris, — Glyptograpliie SILYLSTRE s C, rue Überkampf, 07
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