L' art français: revue artistique hebdomadaire — 2.1888-1889 (Nr. 54-105)

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L’ART FRANÇAIS

de midi, du soir, de célébrer les vêpres et les matines... Quoi
qu’il en scfit, je constate avec joie la conscience de leurs recher-
ches, ou si l’on veut, l’intensité de leur ferveur.

Parmi les maîtres français qui ont pris part à l’exposition des
peintres-graveurs, il faut citer : MM. Rodin, Bracquemond,
Boilvin, Besnard, Félix Buhot, Chaplin, John-Léwis Brown,
Fantin-Latour, Henri Guérard, Norbert Gœneutte, Jeanniot,
Odilon Redon, James Tissot, Marcelin Desboutin, M,le Cassat,
Joseph Chéret, Degas, Pissaro, auxquels se sont joints des maîtres
étrangers, tels que: MM. Charles Storm de’s Gravesande, Francis
Seymour Haden, Otto H. Bâcher, Stephen Parrish, Charles A.
Platt, miss Edith Loring Peirce, MM. J.-P. Blommers, Mathis-
Maris, A. Mauve, Van der Maarel, Jan Veth, W. Witsen, Ph.
Zilcken et W. de Zwart.

L’espace nous manque pour consacrer à l’exposition des pein-
tres-graveurs l’étude qu’elle mérite. Nos lecteurs, toutefois, en
auront sous les yeux, par les reproductions que nous donnons
aujourd’hui, le plus intéressant commentaire.

M. Antonin Proust, commissaire spécial des Beaux-Arts à
l’Exposition universelle, vient d’adresser à M. Firmin Javel,
directeur littéraire de Y Art Français, la lettre suivante :

Palais des Champs-Elysées, le 16 janvier i88y.

Monsieur,

La Commission chargée par M. le ministre de Y Instruction publique
et des Beaux-Arts dé élaborer l'ouvrage illustré, de luxe, qui sera publié
à l'occasion de VExposition rétrospective de l'art français de ifSy à
i88y, a choisi comme titre : l’Art Français de 1789 à 1889.

L'intéressante publication que vous dirige^ ayant pour titre
l’Art Français, je vous serai obligé de me faire savoir si vous voyesç
quelque inconvénient à ce que la décision prise par la Commission soit
maintenue et si M. Baschet, éditeur, peut, avec votre assentiment,
effectuer le dépôt du litre de l'ouvrage que nous préparons.

Veuille% agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus
distingués.

Le député,

Commissaire spécial des Beaux-Arts,

ANTONIN PROUST

Le d irecteur littéraire de l'Art Français a immédiatement
répondu :

Taris, le 18 janvier 188y,

iMonsieur le Commissaire spécial,

iAu nom de mes collaborateurs artistiques, MM. Silvestre, comme
au mien, je m'empresse de vous adresser l'adhésion que vous voulez
bien me demander, relativement au titre l’Art Français de 1789 à
1889, choisi, par la Commission des Beaux-Arts à IExposition uni-
verselle, pour l’ouvrage de luxe qui consacrera la gloire de notre
admirable école nationale.

Comme nous sommes tous, —vous, général en chef entouré d’un
brillant état-major, et nous, humbles tirailleurs, — bien certains de
combattre le bon combat, il ne saurait y avoir aucun inconvénient
à ce que nous marchions sous le même drapeau.

Agrée~y, je vous prie, ^Monsieur le Commissaire spécial, l'expression
de mes sentiments respectueux et dévoués.

Le Directeur littéraire de l'Art Français,
FIRMIN JAVEL.

--b «F—-

Nous sommes heureux d’apprendre que M.Lockrov, ministre des Beaux-
Arts s’est préoccupé d’éviter les chances d’incendie que faisaient courir
à nos collections du musée du Louvre les machines à vapeur employées
à l’éclairage électrique de la place du Carrousel, et qui étaient installées
dans les sous-sols du pavillon de Flore. Le ministre a donné ordre d’en-
lever ces machines. L’éclairage électrique de la place du Carrousel sera
désormais assuré par les machines qui servent à l’éclairage du Palais-
Royal.

CABANE L

Alexandre Cabanel est mort le 23 janvier dernier. C’est une perte sé-
rieuse pour l’art, auquel le maître a rendu des services de deux sortes : il
a donné quelques belles œuvres, et il a formé d’excellents élèves.

Cabanel était né à Montpellier en 1823. Elève de Picot, il débuta au
Salon de 1844 par un tableau représentant 1 ’Agonie du Christ. L’année
suivante, il remportait le prix de Rome ex-œquo avec Bénouville. Le su-
jet donné aux concurrents était : Jésus au prétoire. Son premier grand
succès au Salon fut la Mort de Moïse, qui lui valut une médaille de
2e classe en 1852.

Il exposa ensuite plusieurs de ces portraits de femme où il excellait
puis le Martyr chrétien, la Glorification de saint Louis, Michel-Ange
dans son atelier, Othello racontant ses batailles, Aglaé et Boniface la
Veuve du maître de chapelle, Nymphe enlevée par un faune le Poète
florentin, Madeleine repentante, le Portrait de M. Routier, ceux de
il/"10 lsaac Péreire et de Mmc W. R., la Naissance de Vénus, Florentine
Je Portrait de l Empereur, le Paradis perdu, etc. Parmi ses plus beaux
portraits de femmes, il faut mentioner surtout celui de la Fondatrice de
l’ordre des Petites sœurs des Pauvres, qui figura au Salon de 1886 et
qui l estera comme son chef-d’œuvre.

En dehors de ses expositions annuelles, Cabanel a exécuté d’importan-
tes décorations. En 1871, il eut la douleur de voir réduite en cendres sa
belle série des Mois qui lui avait été commandée pouiTHôtel de Ville.

L’hôtel Péreire conserve, heureusement, les beaux travaux qui lui fu-
rent confiés pour la décoration du salon d’honneur. Un plafond : les Cinq
sens; des pendentifs : la Poésie lyrique, la Poésie légère, la Danse et l’E-
loquence, et six panneaux symbolisant les Heures. Théophile Gautier en
a donné cette description que je trouve citée dans le beau livre de Claude
Vento (Violette) : les Peintres de la femme :

« Dans une vaste toile, se découpe un grand cercle dont le milieu est
rempli par le vague de l’air et par une fuite de ciel lumineux ; car le pla-
fond de M. Cabanel plafonne ét n’est pas seulement une peinture renver-
sée. Cette trouée de ciel, en occupant le milieu de la toile, exhausse le
salon et lui donne de l’air. Tout autour règne l’entablement d'une archi-
tecture terminée par une rampe à balustres de brèche violette. Sur les
degrés de cette rotonde sont disposés, avec beaucoup d’art et de bonheur,
de jolis groupes représentant les Cinq sens. M. Cabanel a figuré le sens dé
la vue par un peintre qui se penche, pour mieux saisir un détail, vers
une belle jeune femme demi-nue, son modèle. Le meilleur usage de la
vue n’est-il pas, en effet, de coniempler la beauté, poui ta fixer à jamais
sous les nobles formes de l'art? L’Ouïe, c’est une cantatrice ou plutôt une
Muse qui chante, et qu’un musicien accompagne sur son instrument, en
l’écoutant d’un air ravi.

»La tète extatique et renversée de la Muse est charmante.ilsemble qu’on
entende un chant s’exhaler de ses lèvres entr ouvertes et courbées par le
plus joli raccourci du monde.

«Quant àl'Odorat— un des plus délicieux groupes de la série — lisent
par les narines palpitantes d’une Vénitienne à sa toilette, dont le giron
est rempli de ileurs et qui livre sa chevelure dorée aux parfums de sa
camériste.

» Un groupe d’amants symbolise le Toucher; mais l’amant, plus timide
qu’Alphonse d’Avalos, marquis du Gast, dans le tableau du Titien, n’en-
ferme pas dans sa main la gorge de sa belle maîtresse ; il se contente de
lui effleurer l’épaule, frémissant, éperdu, et n’osant pas oser. Cette jolie
scène est exprimée avec une pudeur charmante et une délicatesse exquise.

«LeGofit est représenté par un satyre coacbédansles béatitudes del’ivressé
et regardant,à travers le flacon de cristal qu’il a plus qu’à demi vidé, le soleil
qui change le vin en rubis dans les flancs du vase. Auprès de lui se tient
une Bacchante pressant des raisins. Sous chaque groupe jouent de petits
génies avec des attributs relatifs au sens qu’ils accompagnent. Ce plafond,
exécuté dans une gamme claire, tendre, lumineuse sans être blanchâtre ni
fade,ala fraîcheur et l’agrément qui manquent trop souvent aux composi-
tion modernes, où l’artiste se préoccupe de reproduire le coloris enfumé
des vieux maîtres, sans réfléchir que plusieurs siècles ont passé sur ces
chefs-d’œuvre jadis éclatants et neufs.»

Cabanel a peint également pour l’hôtel de M. Constant Say, place Ven-
dôme, — et qui depuis a changé de propriétaire — quatre dessus de
portes représentant les éléments, et un grand plafond ; le Rêve de la vie.

Alexandre Cabanel avait remporté,outre la récompense que nous avons rap-
pelée tout à l’heure, une médaille de lre classe à l’Exposition universelle
de 1855, la médaille d’honneur au Salon de 1865, une médaille d’honneur
à l’Exposition universelle de 1867 et un rappel de médaille d’honneur à
celle de 1878, Il était commandeur de la Légion d’honneur et membre
de l’Institut.

Jiciios Artistiques

Le musée Galbera.

Il n’est pas exact que, par suite de la mort de Mme la duchesse de Galbera,
les travaux du musée soient suspendus.

Les échafaudages du corps de bâtiment principal ont été enlevés, en réalité,
il y a quelques jours, tous les travaux d’architecture et de sculpture de cette
partie de l’édifice étant terminés; mais les autres travaux suivent leurs cours.

Hier encore, une nombreuse équipe d’ouvriers étaient occupées au ravalement
des murs de la galerie de droite du futur musée.

Le Gérant : SILVESTRE

Paris, — Giyptograpiiié SILVESTRE i. C!°, rue Obcrxanipf, 97
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