L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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Troisième année. — N° 110

LE NUMÉRO : 15 CENTIMES

Ie'- Juin 1889

L'ART FRANÇAIS

JRnuic jpïrtistiquc J§TOiïtrmabau’c

Texte par Firm.in Javel

Illustrations de MM. SILVESTRE & Cie, par leur procédé de Glyptographie

Bureaux : 97, rue Oberkampf, à Paris

ABONNEMENTS. — Paris : un an, 9 francs; six mois, 5 francs. — Départements : un an, ÎO francs; six mois, 6 francs.

LES EXILÉS

LE BAL DES ARDENTS

Nous ne sommes pas parmi les inities
la veille de l’ouverture du Salon, quel
d’honneur. S’il nousétait permis,
toutefois, d’émettre, à l'égard de
cette haute récompense, un humble
avis, nous désignerions M. Matliu-
rin Moreau aux suffrages de ses
confrères.

Le groupe des Exilés, qui lit
sensation lorsqu’il parut pour la
première fois au Salon, à l’état de
plâtre, et qui nous revient, aujour-
d’hui, ennobli, en la majestueuse
sérénité du marbre, est, en effet,
l’œuvre capitale de ce maître sta-
tuaire. On a dit, sur ce groupe
superbe, d’une facture robuste et
sobre, d’un sentiment très haut,
tout ce qu'il y avait à dire. Tout
au plus pourrait-on ajouter qu’un
mot en résume la poignante ex-
pression : c’est le vers d’AlIred
de Musset :

Rien ne nous rend si grand qu'une grande
[douleur.

Il faudrait le graver sur le socle
des Exilés, cet alexandrin d’un
incomparable lyrisme; à moins
que le statuaire n’ait songé, en
modelant son œuvre, à cet autre
vers d’un autre grand poète ;

Oh'.n'exilons personne! Oh! l'exil es! impie!

Toujours est-il que ce marbre
souffre visiblement et que tout y
exprime le regret inconsolable de
la patrie perdue.

LE BERGER ET LA MER

M. Vayson, dont nous avons
eu plus d’une fois à louer le ta-
lent délicat et sincère; a exposé
cette année une toile qu’on ne
saurait regarder un instant sans
se sentir immédiatement gagné
par la’plus- .exquise rêverie. Rien
n’est plus suggestif que cette mé-
ditation d’un bergei qui contem-
ple; l’infini des vagues. Le con-
traste entre ce pygmée, qui est
l’homme, et ce géant, qui est la
mer, éclate ici dans toute son in-
tensité.

M. Vayson a placé Cette composition
rare séduction. Gela est plein d’air et de

qui prédisent à coup sur, et dès
artiste remportera la médaille

SALON DE 1889

Il est regrettable que M. Rochegrosse n’ait pas eu l’idée de son tableau ,
le Val clés ardents, au temps de ses audaces, a l’époque où il étonnait le

public des expositions par ses ré-

MATHURIN MOREAU. - Les exilés\

très simple dans un décor d’une
nmière.

voltes retentissantes. Alors, le Bal
des ardents nous eût certaine-
ment valu quelque chose de terri-
fiant, comme le comportait le
sujet. Tandis que nous 11’y voyons
que l’œuvre d’un peintre très
correct, très expert, très réservé.
Et, cependant, quel thème à une
peinture endiablée :

« ...Dans un bal donné par la
reine Isabeau, des seigneurs dan-
sèrent déguisés en satyres... Ils
se firent coudre dans une toile
enduite de poix, sur quoi fut col-
lée une toison d’étoupes qui les
faisait paraître, velus comme des
boucs. Pendant que le roi, sous
ce déguisement’ lutine sa jeune
tante, la duchesse de Berry, le
duc d’Orléans, son frère, qui avait
passé la soirée ailleurs, rentre
avec le comte de Bar; ces malheu-
reux étourdis imaginent, pour
faire peur aux dames, de mettre
le feu aux étoupes. Ces étoupes
tenaient à la poix ; à l’instant, les
satyres flambèrent. Ils étaient en-
chaînés l’un à l’autre, la toile était
cousue. Rien 11e pouvait les sau-
ver. Ce lut chose horrible de voir
courir dans la salle ces flammes
vivantes, hurlantes...

» Heureusement, la jeune du-
chesse de Berry retint Je roi,
l’empêcha de bouger, le couvrit
de sa robe, de sorte qu’aucune
étincelle ne tombât sur lui. Les
autres brûlèrent une demi-heure
et mirent trois jours à mourir...»

Certes, la scène est fort bien
peinte. Mais, je le répète, j’atten-
dais autre chose, ce «je ne sais
quoi » qui donne le frisson.

-—-1(^1- q -

SALON DE 1889

DESSINS, AQUARELLES, PASTELS

Le Salon de 1889 renferme
aroupe, marlux. près de douze cents dessins, et.

c’est unetâchc ardue que celle
de discerner les quelques bonnes choses perdues dans cette quan-
tité d’envois très divers. Il est vrai que ce sont à peu près tou-
jours les mêmes artistes qui persistent à montrer du talent.
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