L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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L’ART FRANÇAIS

La Société des Artistes français

L’assemblée générale de la Société des Artistes français, quia
eu lieu le 26 décembre dernier au Palais de l’Industrie, a été des
plus orageuses. Un article de l’ordre du jour était ainsi conçu :

« Le comité demande à l’assemblée générale de vouloir bien
décider, par oui ou par non, si les récompenses décernées à la
suite de l’Exposition universelle compteront au point de vue des
expositions annuelles, c’est à dire donneront le droit de hors
concours et d’exempt. »

Une partie du comité s’était opposée à ce projet, mais la
majorité s’était montrée intraitable et l’article avait été maintenu
à l’ordre du jour.

L’assemblée générale était présidée par M. Bouguereau, en
remplacement de M. Bailly, indisposé.

Après lecture de divers rapports sur la situation financière, sur
les travaux du comité, etc., M. Bouguereau énonce l’article 7 —
l’article en question et déclare que le vote va avoir lieu.

Alors, au tfnilieu d’un tapage indescriptible, M. Meissonier se
lève et lit la déclaration suivante, qui avait été signée par de
nombreux protestataires :

Mes chers confrères,

Puvis de Chavannes, Carolus Duran, Cazin, Dagnan-Bouveret, Duez,
Gervex, Roll, Waltner, et moi, nous nous sommes séparés du comité, et
comme nous tenions de vous l’honneur d’en faire partie, nous devons vous
donner les motifs de notre détermination.

Quand les artistes ont été conviés à la grande Exposition de 1889, ils y
ônt envoyé leurs oeuvres avec la conviction absolue que les récompenses
décernées dans ce glorieux concours international seraient assimilées aux
récompenses obtenues dans les précédentes Expositions universelles. Or,
quand rien n’avait démenti cette conviction, quand les médailles ont été
publiquement décernées, ce Comité a voulu remettre en question leur valeur.
C’était tromper la confiance dans laquelle nous étions, dans laquelle il nous
avait lui-même laissés ; nous n’avons pas voulu y consentir, et c’est pourquoi
nous avons donné notre démission.

Aujourd'hui que le Comité auquel vous avez donné mission de résoudre
toutes les questions se récuse devant celle-ci, et ne voulant pas assumer la
responsabilité de sa solution, vous offre delà résoudre vous-mêmes, convain-
cus qu’elle ne devait pas même être posée, nous nous retirons et nous décla-
rons que nous ne prendrons pas part au vote.

Mais avant de vous quitter, laissez-moi vous dire, mes chers confrères, \
qu’il serait déplorable que des artistes réunis en masse comme vous l’êtes ici,
que des gens de cœur, d’honneur, Français avant tout, ne pussent s’élever
dans une région assez haute pour comprendre qu’au-dessus d’intérêts parti-
culier, de groupe, de Société, il y a un sentiment patriotique qui doit
dominer tout après le triomphe • de l'Exposition : c’est que la France par
aucune fraction de ses enfants, ne doit chercher à diminuer la valeur des
récompenses que les étrangers recevaient avec reconnaissance publiquement
de nos mains.

26 décembre 1889.

C’est en vain que MM. Bonnat, Maignan, Tony Robert-Fleury,
Yon, Charles Garnier, tentent de parler à leur tour, de faire
appel à la concorde. Leur voix se perd dans le tumulte.

On procède au scrutin, et voici les résultats obtenus :

Votants .... 494.

Non. 405.

Oui. 82.

Bulletins nuis 7.

M. Meissonier avait quitté la salle au moment du vote et
entraîné avec lui un grand nombre de Sociétaires opposés à ce

vote, e’est à dire estimant que la question ne pouvait être mise
en jeu attendu qu’elle engageait notre honneur national.

Nous dirons prochainement quelle solution sera intervenue et
si ce vote singulier aura été maintenu.

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Pchos ^Artistiques

Le peintre Jules Garnier, dont cent soixante toiles se rapportant à l’œuvre
de Rabelais sont exposées en ce moment dans les galeries du boulevard de la
Madeleine, vient de mourir, emporté en quelques heures par une congestion
pulmonaire.

M. Jules Garnier n’avait pas quarante-trois ans.

Ses tableaux les plus connus étaient le Droit duseigneur (Salon de 1872),
la Dime, Le roi s'amuse, Une exécution, le Libérateur du territoire
qui représente une séance à l’Assemblée de Versailles, tous les députés de
la gauche acclamant M. 1 hiers, et qui figurait à l’Exposition universelle en
même temps que le tableau d’Ullman sur le même sujet.

En 1884, le jury du Salon refusa son tableau Borgia s'amuse, qui lut
exposé alors dans un magasin de l’avenue de l’Opéra.

On lui doit aussi les dessins d’une série d’eaux-fortes pour une édition des
Contes de la Reine de Navarre, et les fort jolies illustrations d’un livre de
notre collaborateur M. Hugues Le Roux, paru chez Plon il y a huit jours,
les Jeux du Cirque et la V\e foraine. M. Jules Garnier meurt en pleine
jeunesse et sans laisser aucune fortune à sa famille. Ses amis et la Société des
artistes français songent, nous dit-on, à organiser une tombola au bénéfice
de ses enfants. Notre concours le plus sympathique est acquis d’avance à
cette œuvre.

Les obsèques auront lieu vendredi, à midi, dans l’église paroissiale du
17e arrondissement.

X

Un autre artiste, qui eut une certaine célébrité sous le second empire,
William Wyld, est mort hier en son atelier de la rue Blanche.

William Wyld était né à Londres, mais il a passé plus de cinquante années
en France. Il avait d'abord été attaché comme chancelier au consulat d’An-
gleterre à Calais ; il connut, dans cette ville, le peintre de marines Francia.
Plus tard, il devint le compagnon de Horace Vernet avec qui il fit le
voyage de Rome à Alger. Il était l’ami intime de Roqueplan ainsi que du
célèbre dandy Brummel, dont il possédait une correspondance intéressante.

C’est Wyld qui, pour une grande part, introduisit le goût de l’aquarelle
en France. Le musée du Luxembourg possède deux de ses tableaux, dont le
plus beau est la Vue du mont Saint-Michel.

Wyld a eu des médailles aux Salons de 1839 et de 1841, et il a été
nommé cheval er de la Légion d’honneur à l’Exposition universelle de 1855.

La fille unique de William Wyld a épousé l’expert bien connu E. Tripp.

X

L’installation du plafond de M. Hector Leroux dans la petite salle des
pastels au Louvre est terminée.

M. Hector Leroux avait à couvrir trois toiles d’inégale grandeur, dans la
même salle, ce qui l’engageait à chercher un lien dans les trois sujets qu’il
représenterait. La toile la plus importante et la mieux éclairée traduit, par la
couleur, l'ode d’Horace ad \enerem (livre 1, 30).

Assise sür un tabouret, le corps enveloppé dans une tunique blanche
autour de laquelle flotte un manteau bleu clair, les cheveux châtains pris dans
un foulard touge, aux oreilles, de gros anneaux d’or, Glycère élève en l’hon-
neur de Vénus un vase d’où s’échappe l’encens. La déesse de l’Amour vient
à son appel, son fils est à ses côtés; elle est suivie des Grâces sans ceinture,
des Nymphes qui agitent un voile d’étoffe légère, de Mercure et de la déesse
de la Jeunesse, autour de laquelle dansent les Ris et les Amours.

A l’autre extrémité du plafond se trouve un demi-cercle où M. Hector
Leroux a représenté Junon couchée dans la fontaine Canato à Nauplie. C’est
dans ce coin du Péloponnèse que, au dire des Argiens, la grande déesse
venait se baigner tous les ans pour redevenir vierge.

Entre les deux sujets, on voit un portique où M. Hector Leroux a person-
nifié, en grisaille, l’imion des poésies grecque et latine.

Le Gérant : SlLVESTIîE

Paris. — Glyptugrapliie SILVESTP.E 4 Cie, rue Oberkamiif, 07.
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