L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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L’ART FRANÇAIS

avec deux portraits de femme d’une chaude coloration ; Mme Marie
Cotton, avec un portrait de jeune fille d’un réel caractère;
Mme Espenan, avec son beau Portrait de M. E... ; Mrne H. Lour-
de^ avec un portrait de jeune fille en robe blanche dans un sous-
bois automnal, d’une exquise harmonie ; Mme Inès de Beauford,
avec une figure de jeune patricienne aux .neVeux poudrés ; enfin
Mmes Buchet, Huillard, Marie Aub, Be ria-Blanc, Beaury-Saurel,
font, à des titres divers, preuve de savoir et de goût.

Le grand tableau de Mme Réal del Sarte, Manon Lescaut, est
l’un des plus intéressants que nous ait montrés cette habile et
spirituelle artiste. Manon, doucement rêveuse, est assise dans la
cour de l’hôtellerie d’Amiens, où vient de s’arrêter le coche
d’Arras. Il se dégage de la figure principale et de tous les acces-
soires, ce que l’on pourrait appeler le charme rétrospectif.

Dans une note plus voisine de la romance, Mlle Denoux cher-
che à nous attendrir avec un jeune séminariste (en robe rouge),
qui regarde deux colombes se becqueter. C’est bien « vieux jeu »,
cela, mademoiselle !

La Tréméditaflone, de MmeTurner, est au contraire une vigou-
reuse peinture, d’un sentiment tout moderniste. C’est un drame
bien indiqué, et la concision du récit est effrayante.

Les nombreuses marines de Mme Elodie La Villette sont d’une
variété d’aspect qui dénote, de la part de l’excellente artiste,
une étude, une observation incessante de la mer.

Mme Lée Robbins, dans tAndromède et dans le Repos, rappelle
de plus en plus la manière de son maître, M. Carolus-Duran.

Mme Boyer-Breton a donné une note tout à fait personnelle
dans la Femme qui lit.

Enfin, Mme Demont-Breton résume, dans une petite figure de
paysanne, les brillantes qualités auxquelles nous avons souvent
rendu hommage.

Les peintres d’animaux se sont surpassées. Le chien de
Mme Schulzenheim et les chats de Mme Ronner sont absolument
remarquables.

Le paysage est dignement représenté par Mmes Anna Bilinska,
Marie Robicquet, Jeanne Taconet, Galimard, Marie Brodbeck,
Rose Leigh, Tynell, Salles-Wagner, Branerowa, Marguerite
Dumont, Espinet ; les fleurs, par Mmes Pagès, Castagnary, Jeanne
Taconet, Tramond, J. Brunet, de Goussaincourt ; la nature morte,
par Mme Buchet, Blanche Minot, Alice Ronner, etc.

Je voudrais citer encore, en terminant, un très intéressant inté-
rieur d’église, de Mnic Anna Pelissié; une jolie étude de jeune fille
au coin du feu, par M1Ie Fanny-Duncan ; la Défroque de la Grand-
mère, spirituelle fantaisie de Mme Réal del Sarte (aquarelle).

Quant à la sculpture, elle ne fait réellement pas honneur à une
société qui a pour présidente Mme Bertaux. A part le Capitaine
Cody, de Mme Bloch ; le Projet de tombeau destiné à Feyen-Perrin,
de Mnie Claude Signard; la Joueuse de lyre, de Mme Ducoudray, et
le buste de M. H..., parMme Laure Martin-Coutan, je ne vois pas
grand chose dans ces plâtres et ces terres cuites que des massifs
de feuillage ne dissimulent, hélas ! qu’imparfaitement...

LE « REMBRANDT » DU PECQ

« Un procès manquait à sa gloire ! » Le fameux tableau va
avoir aussi cette gloire-là.

Les héritiers de Mne Legrand, représentés par Me Sicot, avoué,
ont fait assigner MM. Haren, greffier au Vésinet, et Gandoin,
expert, à restituer un tableau vendu le 26 janvier dernier sous
peine de mille francs de dommages et intérêts par jour de retard.
Les héritiers, dans cette revendication, se basent sur ce point
qu’il y a eu erreur d’attribution quant à l’origine du tableau

vendu et les héritiers mettent également en cause M. Bourgeois,
détenteur actuel du tableau, attendu, disent-ils, qu’il y a eu dol
de la part de M. Bourgeois qui a tait acheter, en connaissance de
cause,par un intermédiaire, un tableau qu’il savait être une œuvre
authentique de Rembrandt. MM. Haren et Gandoin seront re-
présentés par les avoués Legrand et Carpentier, et Me H .ussman,
avocat, député de Seine-et-Oise, défendra les intérêts de la fa-
mille Legrand.

Pour M. Bourgeois, il attend en toute sécurité le procès dont
on le menace, puisqu’il a acheté son tableau dans une vente pu-
blique, dans une adjudication légalement annoncée.

En attendant, l’authenticité du Rembrandt du Pecq — ou du
Vésinet — reste à établir. Elle est de plus en plus contestée.

M. Durand-Gréville a adressé, à ce sujet, deux notes au Temps.
Dans la première, il indiquait un élève du maître hollandais
comme l’auteur de Y Abraham recevant les anges, il se basait sur
la facture même de certaines parties de cette peinture, exécutées
au couteau ou au moyen de la hampe du pinceau :

» Quand on arrive devant le tableau, disait-il, « le premier effet de loin
est très riche... » si on s’approche, on constate dans le personnage d’Abra-
ham une exécution d’une prestesse étourdissante, « ou tout est mis en jeu, »
la « hampe du pinceau » et même le « couteau à palette... »

Dans une seconde communication, M. Durand-Gréville in-
siste sur cette attribution et, s’appujxmt sur l’opinion de M. Gan-
doin et de M. André Michel, désigne Aart (ou Arnold) de Gel-
der, comme ayant seul pu peindre ce tableau. C’est, du moins,
ce qui semblerait indiqué par ce passage d’Houbraken écrit un
demi-siècle après la mort de Rembrandt :

« Il (Aart de Gelder) avait un tas de toute espèce d’habillements, d’ori-
peaux, d’armes, d étoffes brodées, de voiles déchirés, comme les drapeaux
conduis dont les lambeaux décorent la grande salle au Binnenhof à la Haye,
des souliers et des mules, de tout quoi (sic), les murs de son atelier étaient
encombrés. Cela lui servait à orner ses figures et son mannequin. Il peignait
non seulement avec son pinceau, mais aussi avec le pouce et les doigts.

« Quelquefois il pose la pâte avec son couteau à palette », par exemple s’il
doit peindre des houppes ou des broderies, et y figure le dessin de la bro-
derie ou des houppes « avec la hampe de son pinceau ; il ne dédaigne aucune
manière de faire », si elle peut lui servir, et il est étonnant comme cela fait
« un bon effet à distance. »

On ne peut nier, en effet une curieuse concordance non seu-
lement d’idées, mais même de mots, entre ce jugement et celui
de M. Durand-Gréville.

pCHOs ^Artistiques

Le musée du Louvre a acquis, ces jours derniers, un très beau tableau du
peintre anglais Bonington. C’est un portrait de vieille femme du peuple. Il
n’y avait, jusqu’ici, que dix-neuf peintures à l’huile de l’école anglaise au
Louvre, parmi lesquelles quatre de Bonington : « François Ier et la duchesse
d’Etampes»; «Mazarin et Anne d’Autriche»; une «Vue de Venise »; une
«Vue du parc de Versailles (esquisse).

X

A la suite du remaniement qui a été opéré récemment au Musée du
Luxembourg, un certain nombre d’œuvres d’art ont disparu de ses galeries
pour être soumises à l’examen de la commission spéciale chargée de les
attribuer aux musées de province.

Le « Bulletin des Musées » fait connaître les attributions suivantes : « Mu-
sette », de M. Amand Gautier, portrait d’une petite chienne ayant figuré au
Salon de 1884 et envoyé au musée de Lille.

« Nymphes et Bacchus », de M. Jules Lefebvre, tableau ayant figuré au
Salon de 1866 et que les Gobelins reproduisirent en tapisserie, au musée de
Lyon.

Enfin, « Message d’amour», statue de Delaplanche, ayant figuré au Salon
de 1874, est donné au musée de Montpellier qui, en échange, envoie au
musée du Luxembourg la «Vierge au lis » du même artiste.

Le musée de Lille vient de s’enrichir, en outre, du grand tableau de Tat-
tegrain; les « Casselois devant Philippe de Bourgogne (4 janvier 1430), qui
obtint au Salon de 1887 un beau succès. L’auteur en a fait don au musée,
ainsi que de plusieurs dessins d’études ayant servi à la préparation de son
tableau.

Le Gérant : SILVESTRE

Paris. — Glyptojfraphie SILVESTRE Si Cie, rue Oberkampf, 97.
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