L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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Troisième année. — N° \59.

LE NUMÉRO : 15 CENTIMES

SAMEDI 19 AVRIL 1890

L'ART FRANÇAIS

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Texte par Firmin Javel

Illusttations de MM. SILVESTRE & Cie, par leur procédé de Glyptographie
Bureaux : 97, rue Oberkampf, à Paris

ABONNEMENTS. — Paris : un an, Q lianes; six mois, g> francs. — Départements; un an, io francs; six mois, 6 francs.

EXPOSITION RENOUARD

Nous sommes un peu en retard avec l’exposition
des œuvres de M. Paul Renouard, qui attire une
foule d’amateurs dans les galeries du Théâtre d’appli-
cation, i8, rue Saint-Lazare, où déjà nous avions, ré-
cemment, admiré les pastels de M. Joseph Chéret.

À ce propos, nous sommes heureux d’applaudir à la
haute distinction dont M. Chéret vient d’être l’objet.
On sait, en effet, que l’original pastelliste a été, der-
nièrement, nommé chevalier de la Légion d’honneur.

M. Paul Renouard héritera certainement du succès,
comme il a hérité de l’emplacement de son prédéces-
seur. Son œuvre présente le plus vif intérêt, œuvre
complexe d’un observateur auquel rien n’échappe,
que nulle joie, nulle tritesse ne laissent indifférent.
Londres et Paris, l’Amérique et l’Irlande, le monde
des Boursiers et l’armée du Salut, le personnel des
prisons et celui des théâtres, les meurs-de-faim et les
satisfaits, les petites danseuses faméliques et les mil-
lionnaires repus, toute l’humanité semble avoir posé
tour à tour devant le dessinateur infatigable.

Ce qui me séduit surtout chez M. Renouard, c’est
qu’il s’émeut, s’enthousiasme, s’indigne, c’est qu’il
vit et qu’il exprime la vie.Tel type de joueur entrevu
par lui près du tapis vert de Monte-Carlo, est le plus
éloquent plaidoyer contre les entraînements dé la rou-
lette... Il y a, dans ses études, des mains de joueurs
dont le seul aspect vous donne le frisson.

Lorsqu’il groupe, autour d’une maîtresse de danse,
de pauvres petites filles ramassées dans les ruelles de
Londres et recrutées par la « fabrique de danseuses »,
on comprend que l’artiste s’apitoie sincèrement sur
ces misères, sur ces hontes humaines. De même,
lorsqu’il nous révèle les mystères de Mazas ou du
Dépôt... Il ne manque qu’un Virgile à ce Dante,dans
ses excursions à travers les enfers de notre temps.

Rarement M. Renouard pousse son observation
jusqu’à la caricature, et encore ne le fait-il que forcé-
ment, par un excès de sincérité.

Les fanatiques de l’armée du Salut lui ont fourni
des figures vraiment comiques; de même, certains
orateurs américains, de même, certains présidents de
comités culinaires et autres. Est-ce sa faute, à lui, si
le ridicule s’étale à ses yeux et l’oblige à le croquer an
passage, d’un trait toujours spirituel ?

SALON DE 1889

î\ClIc BF.AURY-S.tCRl:l. —

‘Portrait de Mmc Carnot
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