L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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L’ART FRANÇAIS

lui saura gré de n’avoir jamais peint que ce qu’il voyait. Comme nous
le disions tout-à-l’heure, il a chanté la parisienne, il a restauré le culte
à l’heure où les fidèles se faisaient rares ; il a tenté de ramener la foule
des adorateurs dans les temples désertés.

UNE LEÇON DE STRATÉGIE
par M. Taul Legrand

Un tableau a sa philosophie.

La Leçon de stratégie, à laquelle nous fait assister M. Paul Legrand,
et où l’on voit un invalide expliquant à de jeunes enfants l’art de la
guerre, ne vous frappe-t-elle pas de stupeur ? Eh ! quoi, ce vieillard et
ces jeunes êtres, tous sont également attentionnés à ce semblant de
bataille que vont se livrer des soldats de bois? Cet ancien guerrier pense
encore à la guerre, et ces guerriers futurs y songent déjà !

Jean-Jacques Rousseau s’écrie, à certain passage de son Emile : A
coup sûr, on ne perd pas de temps pour instruire les enfants !... Que dirait-
il de ceci, le philosophe ? Et quelle triste opinion n’en prendrait-il pas
de l’humanité telle qu’il l’a laissée, telle qu’il croyait l’avoir éclairée,
émancipée, améliorée... Va-t-en voir s’ils viennent, Jean-(Jacques) ! Le
premier et le dernier désir de l’homme c’est de tuer le plus possible
de ses semblables...

Et la repopulation, qu’en faisons-nous, Monsieur Paul Legrand ?

F. J.

BATEAU DISPARU, par J.-J. de Souza-Titto

Et chaque jour la mer recommence. Chaque jour, après avoir mordu
le rivage de ses grandes dents d’écume, elle redescend, comme une
bête repue laissant, derrière, quelqu’un qui pleure. On l’aime cette mer,
on en vit; mais viennent le nuage et la raffale, trop souvent on en
meurt.

Il a fait gros temps, le bateau était solide et le cœur des marins était
fort. Dérision ! l’Océan impatienté de leur résistance a roulé sur eux
une grande vague et l’on n’a su le malheur qu’en retrouvant l’ancre avec
un bout de chaine rompue, charriée au bord par les cahots de la
houle.

Comme M. de Souza-Pinto a rendu sincèrement la désolation de la
jeune femme, veuve avant l’âge, dont l’œil noyé de larmes craint de se
lever sur la mer, son implacable rivale.

La pauvre vieille maman a connu ces douleurs, il y a bien long-
temps. Mais à cette heure, le temps a passé, les plaies du cœur sont
moins vives. Elle regarde, elle, sans plus pouvoir pleùrer et elle se
dit, dans sa mélancolie poignante : « Il y à viiigt-cinq ans !... ce

n’était pas bien loin de là !... »

G. DE B.

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VARIÉTÉS

On va inaugurer d’ici peu le monument consacré à Eugène
Delacroix.

Il se compose d’une pyramide allongée surmontée d’un buste
en bronze du peintre et accompagnée à la base, de statues allégo-
riques également en bronze.

On l’a placé dans le jardin du Luxembourg entre le palais et
les bâtiments du Musée dans une allée dont les grands arbres le
couvrent de leur ombrage. Par malheur, on ne peut guère
contempler jusqu’à présent que les toiles qui l’entourent, ces
oripeaux étant nécessaires à l’arrangement des accessoires et
surtout à la mise en scène de l’inauguration.

Mais, qu’on se rassure, les voiles tomberont et même il y aura
des discours.

C’est une indiscrétion que je commets, car, m’a-t-on assuré,
personne ne prévoyait l’aubaine.

On aura ainsi la bonne fortune d’apprendre que Delacroix fut
un coloriste, un audacieux, un chef d’école, après quoi un second
orateur divulguera, à la surprise générale, que Delacroix fut un
chef d’école, un audacieux, un coloriste et sa gloire ainsi
consacrée, chacun s’en ira content. Nous dirons : Ouf ! et nous
pourrons enfin regarder le monument.

Je ne sais rien de curieux et de cosmopolite comme ce parc du
Luxembourg. Il est à la fois olympe, ménagerie, panthéon, et se
passerait des vivants tant son peuple de statues l’anime et le
rend drôle.

Les faunes et les dieux, pas sérieux, rient de tout cœur, à voir
cette ligne de déplorables souveraines, sur le visage des quelles
transparaît le mécontentement d’être figées en pareil lieu.

Les allégories fécondes en enseignements, montrent aux pro-
meneurs le chemin de la vertu, en ajoutant qu’il ne faut pas le
chercher dans le jardin.

Tout cela entremêlé d’animaux, de vases, de balustrades,
puis, dominant tout, ce qui sera le monument d’Eugène
Delacroix.

Et quel public ! C’est un grouillement où se rencontrent des
échantillons de tout Ce qui respire l’air de Paris, depuis la jeu-
nesse folle qui tient à l’Art par ses espérances, jusqu’au sénateur
vénérable qui se contente d’y tenir par la nécessité d’en voter le
budget.

A

Les remaniements du Musée du Louvre sont en grande partie
terminés.— C’est ainsi qu’on peut voir, Salle III, l’immense
tableau de David, Le couronnement de Napoléon Ier, autrefois à
Versailles. C’est une idée fort heureuse qui nous a valu ce retour,
la peinture historique moderne étant peu représentée au Louvre.
Quelque opinion d’ailleurs qu’on puisse avoir de ce tableau, il
faut reconnaître qu’il y tient magnifiquement sa place.

A Signaler aussi quelques nouvelles œuvres à la salle des
contemporains, entre autres, la Vague et la Biche sous bois de
Courbet.

Pour finir, tin détail qui fait délirer les archéologues. Il s’agit
en somme d’Art français et j’ai tous les droits.

On a trouvé au bois de Boulogne... le dirai-je ? une hache en
silex de la bonne époque. C’est une œuvre de primitif où déjà
s’annonce la renaissance de la pierre à feu. Seulement on
n’est pas absolument d’accord sur la date; c’est le revers delà
médaille.

GÉRARD DE BEAUREGARD,

NÉCROLOGIE

M. Edouard Tropsch, le distingue graveur dont tout le monde a eu l’occa-
sion d’admirer les œuvres, est mort la semaine dernière, à Paris.

L’administrateur-Gérant : SILVESTRE.

Glyptograpbie SILVESTRE & Gie, rite Oberkampf, 9.7, à Tarir.
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