L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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L’ART FRANÇAIS

rapides-, en leur conservant ainsi leur caractère « décoratif », je dirais volon-
tiers : leur grand style.

Avec la « Distribution des prix », de M. Aimé Perret, nous passons du
Salon des Artistes français (Champs-Elysées), au Salon National (Champ-de-
Mars).

M. Aimé Perret a deux manières distinctes. Ses figures de paysannes
rêveuses, assises dans l’isolement des champs, se rattachent à la première, la
manière large, un peu inspirée de Millet et de Bastien Lepage. Les scènes
bretonnes et bourguignonnes, où les personnages nombreux sont étudiés et
décrits parfois jusqu’à la minutie, participent de la seconde, infiniment plus
précise.

Telle est cette « Distribution de Prix », l’une des œuvres les plus curieuses
du Palais du Champ-de-Mars,l’une des plus saisissantes par l’accent de vérité qui
s’en dégage. Le peintre a pour ainsi dire fait passer sur sa toile l'atmosphère
attendrie particulière à ces fêtes de famille. Partout, dans tous ces groupes
disposés avec un art infini, on s’embrasse, on se congratule, on bénit... Et
ces physionomies des « autorités », qu’on aperçoit sur l’estrade, sont-elles
assez observées ?

SALON DE 1890

(Champs-Elysées )

LES JEUNES (1)

Un accueil enthousiaste était réservé à M. Checa, l’auteur - des
Courses de chars romains. Il y a toujours une foule de visiteurs
arretés devant cette grande composition, si mouvementée, si
dramatique.

Certes, voilà un début remarquable. Seul, un jeune homme
réellement doué pouvait s’attaquer à un tel sujet, triompher
d’obstacles sans nombre, enchevêtrer ainsi, les uns dans les autres,
des hommes, des chevaux, des chars renversés, culbutés, massés
en un clin d’œil sur un point de la piste...

La restitution du cirque, 1 évocation des types de Romains,
toutes ces recherches archéologiques sont également d’un labo-
rieux et d’un érudit.

Ajouterai-je que je ne partage pas l’enthousiasme universel ?
Je ne sais pourquoi cette peinture libre, bruyante, énergique,
vibrante, cette peinture « jeune » en un mot, me semble manquer
de « jeunesse » ? Je n’y vois que le travail d’un tort en thème,
j’y constate l’effort d’un élève studieux, mais je n’y découvre, en
dehors des traditions de l’école, aucune de ces hardiesses person-
nelles qui nous vont directement à l’âme, aucune de ces

‘Douces larmes du cœur, par le coeur divorces

dont parle Alfred de Musset, et sans lesquels l’Art n'est plus
qu’un métier plus ou moins « difficile. »

Puissé-je me tromper ! Il me serait infiniment agréable de
louer sans réserve l’œuvre de M. Ulpiano Checa... Peut-etre
l’avenir garde-t-il au jeune artiste espagnol des triomphes auquels
je serai trés-heureux de m’associer.

Un Trix de sagesse ! par M. Léopold Danty, nous ramène en
France, c’est-à-dire au pays de l’esprit et du cœur. Rien n’est
plus spirituel et plus cordial, en effet,^ que cette figure de fillette
en robe bleue, la tête casquée du laurier vainqueur, et dont la
main tient un livre à reliure rouge, tout neuf.

Jusqu’ici, le tableau de M. Danty ne serait pas autrement ori-
ginal. Mais j’ai oublié de dire que la fillette, à l’œil mutin, rit de
toutes ses forces, rit à large bouche. Elle a positivement l’air de

se demander pourquoi on lui a décerné ce prix de sagesse_ Et

je ne saurais marquer à quel point cette ironie est communicative.

Elle est irrésistible, elle est surtout inattendue. L’idée me
parait neuve, en un mot. L’œuvre m’a complètement séduit.

Naturellement, le jury a fait placer ce tableau à la hauteur la
plus vertigineuse. Or, nous avons pour mission, nous autres
humbj.es critiques,d indiquer au jury ses erreurs souvent révol-
tantes, et nous espérons qu’il suffira de lui signaler celle-là pour
qu’elle soit réparée le plus promptement possible.

Le « jeune » dont je voudrais parler encore n’est plus un débu-
tant ; il a notamment obtenu une médaille de troisième classe en
1887 pour un tableau intitulé A Véglise. C’est M. Stéphen Jacob.
Mais le caractère de « jeunesse » qui distingue sa nouvelle œuvre:
eAprcs le bain, m’autorise à le classer au premier rang parmi les
novateurs, parmi ceux qui apportent dans la grande svmphonie
de la couleur, leur note inédite.

Dans le tableau dont je viens de décrire le titre, tout est
attrayant : le dessin est plein de grâce, le coloris est puissant et
harmonieux. L’or des chevelures ruisselle sur le marbre des
épaules; les lèvres carminées des jeunes baigneuses, ont des sou-
rires d’une exquisse finesse; les chairs frissonnent dans la irai—
cheur des brises amorales. Tout est joie et lumière en-cette
admirable vision, où le rêve s’allie à la réalité dans la parfaite
expression du Beau.

(n suivre).

-——---

jÎLCHOS ARTISTIQUES

M. J.-F. Raffaëlli vient de réunir, dans les salons Goupil, boulevard Montmartre,
ses plus récents ouvrages de peinture, de dessin et de sculpture.

L’espace nous manque pour étudier, comme nous l’aurions désiré, l'intéressante
exposition du peintre de la banlieue. 11 y a là des paysages pris à Asnières, ou même
plus près de Paris, dans la zone qui confine .aux fortifications, paysages fort curieux
par leur caractère de vérité cruelle. A côté de ces pages d’une profonde .mélancolie, le
jeune maître nous montre des ouvriers, des industriels ambulants, des chiffonniers, de
ménagères revenant du marché, tout un monde populaire évoluant dans sa vie de tous
les jours, vaquant à ses occupations habituelles. Ces personnages sont autant de tvpcs,
interprétés avec une indépendance absolue.

Il fayt citer encore le beau Portrait de M. Radin, où l’on voit le maître statuaire,
en longue blouse grise, travaillant à l’un de ses admirables groupes; — et enfin les
bas-reliefs en bronze ou M. Raffaëlli s’est révélé, lui-même, un sculpteur original
et inventif.

X

M. Bourbier, l’excellent chef de vente des journaux le ‘Petit Parisien, Y Art
f.ramais, etc., réunissait à dîner, dimanche dernier, dans sa villa de Gravelle, les
directeurs des principales publications au succès desquelles il contribue si puissamment.

Au dessert, M. Mussat a chanté, dans une poésie que nous regrettons de ne pou-
voir publier in extenso, l’activité, l’intelligence, le dévouement de M. Bourbier. Voici
les dernières strophes de ce morceau qui a été chaleureusement applaudi :

Tout ce qui touche au ‘Beau dans ce monde terrestre.

Très du vaillant lutteur a su trouver accès :

Comme il l’avait jugé, c'est à lui que Silvestre
Remit, comme un drapeau, l'album de l'Art Français.

Messieurs, c'est aujourd'hui le jour de Pentecôte :

Au diable les soucis : le chagrin soit proscrit !

Par un triple hurrah, tous, saluons notre ■ hôte
Et que dans nos cerveaux vienne le Saint Esprit 1...

Villa lAntony, aj* jour de Mai 1890.

G. Moussât.

Cette fête charmante a laissé le meilleur souvenir dans le coitir des nombreux et
distingués convives de M. Bourbier.

L’Administrateur-Gérant : Sil.VLS I RH
Ghplojprapbie Sîl rjiSTRP et die, rue Obéi katnld, 07, à l'nns.

(1) Voir les numéros 161 et 162.
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