L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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Quatrième année. — N° 185.

LE NUMÉRO : 25 CENTIMES

SAMEDI 8 NOVEMBRE 1890

L'ART FRANÇAIS

Revue Artistique Hebdomadaire

Directeur littéraire : Directeurs artistiques:

FIRMIN JAVEL

Bureaux : 97, rue Oberkanipf, à Paris

SILVESTRE & Cie

ABONNEMENTS. — Paris & Départements : un an, 12 francs; six mois, 7 francs. — Union Postale : un an, 1S francs; six mois, 8 francs.

NOS ILLUSTRATIONS

CARMLN, statue, plâtre, par M. M. Allouard.

« Don José Navarro, Basque et bon chrétien, était brigadier de cava-
lerie dans le régiment d’Almanza,
lorsqu’il fit la connaissance d’une gita-
nilla, bien connue à Séville sous le
nom de Carmen ou la Carmencita. Le
grand œil noir et l’air gaillard de l’ef-
frontée bohémienne, eurent bientôt
triomphé du cœur de José, qui com-
mença par trahir sa consigne pour être
agréable à la gitana et qui, bientôt
après, commit un crime pour conserver
à lui tout seul les trésors de gentil-
lesse et de grâce que Carmen lui avait
abandonnés. »

« A partir de ce jour, don José fuit
son régiment pour se soustraire à une
condamnation devenue inévitable, et
se jette dans tous les hasards de la vie
bohémienne, guidé par la gitana qui
commence par le faire recevoir dans
une compagnie de contrebandiers. Mais,
pour foire la contrebande, on est sou-
vent obligé de tuer afin d’échapper soi-
même à la mort, et don José ajoute
bientôt d’autres meurtres à celui qu’il
adéjà sur la conscience. Que n’eût-il
pas fait pour Carmen ? pour la voir
danser en chantant, au son de casta-
gnettes d’ébène ou d’ivoire ? pour
parcourir l’Andalousie, monté sur un
bon cheval, l’espingole au poing et sa
maîtresse en croupe ? Cependant José
aimait trop pour ne pas ressentir un
jour les morsures de la jalousie.1 Depuis
quelque temps, Carmen ne manquait
jamais une course de taureaux dans
laquelle devait figurer le picador Lucas,

José, la rage au cœur et soupçonnant
qu’il n’est plus aimé, fait venir sa maî-
tresse : «Veux-tu venir en Amérique ?»
lui dit-il.

— Pourquoi faire ? je suis bien ici,
répond la gitana.

— C’est parce que tu es près de
Lucas, n’est-ce pas ? Songes-y bien, je
te tuerai. »

« Mais une bohémienne ne s’effraie
pas pour si peu, et lorsque, deux
heures après, José rentre et lui dit de
le suivre, elle met sa. mantille, saute à
cheval, et, arrivée dans une gorge soli-
taire : « Est-ce ici ?.. demande-t-elle à son amant, immobile, un poing
sur la hanche et regardant fixement don José. »

« José la supplie de lui rendre son amour et de revenir à une vie
meilleure ».

— Non, répond-elle; je ne t’aime plus et tu as le droit de me tuer ;
mais je suis née libre et libre je mourrai.

« Alors, ivre de fureur, José poignarde Carmen, lui creuse une fosse
dans laquelle il la couche et va se livrer lui-même aux mains de la

justice. »

Telle est cette Carmen que M, Allard
a su camper si crânement, avec la grâce
provoquante du geste, et l’intensité
irrésistible des beaux yeux voilés de
longs cils. Telle est aussi — qu’on
nous pardonne ce souvenir — la Car-
men plus espagnole encore, s’il est
possible, que le grand et dédaigné
Bizet sut faire rire et aimer avec tant
de charme. On commence enfin à le
reconnaître.

LH TEMPLE DE L’AMOUR
rar M. E. Dantan.

C’était l’année dernière.

En parcourant, par un beau matin
d’octobre, la sinueuse avenue qui con-
tourne le Temple de l’Amour, à Tria-
non, je ne fus pas peu surpris d’en-
tendre une voix, partant du Temple
même, m’appeler par mon nom...

Cet appel, jeté ainsi dans le grand
silence <du parc, était, en effet, pom-
me surprendre. J’étais seul dans ce
paradis terrestre, ou du moins je me
croyais seul. Qui donc pouvait me
héler ainsi ? A moins que ce fût
l’Amour lui-même (et certes, c’eût été
lâ le plus étonnant), je me «perdais en
conjectures » lorsque j’aperçus, entre
deux des colonnes de marbre, un che-
valet supportant une toile, et, devant
cette toile, un peintre connu : M.

Edouard Dantan.

C’était, en effet, l’excellent artiste
qui commençait, d’après nature, le
tableau dont nous donnons aujourd’hui
la reproduction. Je me rendis à son
appel, et, en une heure de bonne cau-
serie, M. Dantan m’expliqua ce qu’il
allait peindre. C’était une vision, un
souvenir : deux amants surpris, jadis,
alors qu’ils échangeaient les plus ten-
dres... paroles, en ce temple même...
sous la protection du dieu Eros.

Le sujet ne manquait ni d’intérêt,
ni d’originalité. J’assistai à la première
élaboration du tableau, et, chaque jour, je revenais me rendre compte
du progrès. On verra, par notre reproduction, que M. Dantan a traite
ce motif charmant avec la conscience et le goût qui caractérisent tous

F. T.

ses ouvrages. J

SALON DE 1890 ( Champs-Elysées

M. Allouard. — Carmen, statue, plâtre.
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