L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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L’ART FRANÇAIS

NOS ILLUSTRATIONS

PÊCHEUR A LA FOÈNE DANS LA BAIE D’AUTHIE, par M. Tattegrain.

Certes, il ne faut pas être un maladroit pour darder les poissons
dans l’eau et frapper en plein centre une miniature de sole comme
celle qui sert de voisine aux deux crabes, sur les grandes dents de la
foène. M. Tattegrain a heureusement rendu le vieux loup à l’air philo-
sophe, très déconfit de faire si maigre pêche !

On pourrait mettre le comble à la désolation du pauvre bonhomme
en lui dressant procès-verbal pour infraction à l’arrêté du 4 juillet 1853
qui interdit la pêche à la foène autrement qu’en bateau.

LE SOIR D’UNE VICTOIRE. LA MOSKOWA 1812, par M. Sergent.

Que serait-ce si nous étions au soir d’une défaite !

M. Sergent fait admirablement ressortir la part d’horreur qui se
mêle à toute gloire et déjà nous prévoyons l’écroulement de ces
grandeurs dont les cadavres sont la base.

Aussi bien, la campagne de Russie fut un triomphe tellement relatif,
que l’excès de ce carnage ne nous surprend qu’à demi.

LA BONNE NOUVELLE, par M. Minet.

Bien des fois on a tenté l’apothéose du facteur et il faut savoir gré à
ceux qui risquent une manière nouvelle.

M. Minet est du nombre. Sans s’arrêter à la colombe, à l’Amour,
à Mercure, ou même au galant messager, tous personnages fort
démodés, il en est venu d’un seul coup au facteur rural. C’est moins
suave, mais c’est plus vrai.

Qu’on me permette cependant d’avouer mon antipathie pour cette
lumière aigüe, insolente, posée partout mathématiquement.

La nature, sans doute dans la crainte d’être monotone, n’est jamais
si régulière.

YEUVE, par M. Texeira Lope\.

Ma pauvre âme est pleine

D’un mortel souci.

C’était bien la peine

De Vaimer ainsi.

Jeannette pleurait avant, celle-là pleure après, et j’ai tout lieu de
croire que dans un cas comme dans l’autre, la douleur est sincère. Le
sujet est largement et consciencieusement traité. Mais pourquoi le
spectateur a-t-il d’abord un doute sur la cause de la tristesse de
la veuve. Cette tristesse vient-elle de l’absence du père ou de la pré-
sence de l’enfant ? G. de b.

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L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

(Premier article)

LES ATELIERS, LES BRIMADES, LES PEAUX-ROUGES DE LA RUE BONAPARTE

On croit rêver lorsqu’on parcourt les récits des journaux
relatifs aux « brimades » de l’Ecole des Beaux-Arts. Certes, nous
savions depuis longtemps que les ateliers de l’Ecole étaient, assez
fréquemment, le « théâtre » de certaines farces regrettables. De
vagues légendes couraient à ce sujet, où il était question d’hon-
nêtes femmes insultées, de visiteurs vilipendés, et d’autres petites
lâchetés commises par les élèves de certains ateliers.

Mais les révélations de notre confrère de Y Événement, M. Eu-
gène Clisson, dépassent tout ce qu’on pourrait imaginer.

« Il existe à l’Ecole des Beaux-Arts, dit notre confrère, trois ateliers de
peinture, séparés entre eux par de minces cloisons. Dès qu’un « nouveau »
arrive, il est, dès la première heure, en butte aux injures et aux vexations
des « anciens ». Les brimades viennent ensuite.

On a coutume de réclamer à chaque élève nouveau une sorte d’impôt, dit
« masse », s’élevant à cinquante trancs, et destiné — soi disant — à pour-
voir batelier des accessoires nécessaires. Outre cette somme, le « nouveau »
doit verser quinze francs de « bienvenue ».

Dès son arrivée, l’élève reçoit la visite du « massier » choisi pour sa stature
herculéenne et la vigueur de ses biceps.

—- Allons, le nouveau, ta masse !

Et le nouveau doit payer sans retard la somme réclamée, ou avouer, en
rougissant, sa misère. Il faut qu’il s’exécute vite, ou il court le risque de
subir le sort du malheureux Ballot, un pauvre estropié, qui, n’ayant pas sur
lui f argent nécessaire, et remettant le paiement au lendemain, fut accablé de
coups par l’atelier tout entier, enfoncé à coups de bottes dans une caisse et
qui eut, dans cette « opération », deux côtes enfoncées...

Puis viennent ce qu’on appelle les farces : les nouveaux, déshabillés, tout
nus, peints au carmin ou à l’indigo, et sur lesquels les anciens se livrent à des
simulacres odieux...

On pense peut-être que ces « artistes » respectent leurs professeurs ! A tra-
vers les minces cloisons qui séparent les ateliers, les maîtres peuvent entendre
les injures grossières qu’on accole à leurs noms dans les ateliers voisins. L’ho-
norable M. Destable qui trouve aujourd’hui que tout est pour le mieux dans
la meilleure des écoles, a-t-il donc oublié la répugnance qu’il montre à péné-
trer dans les ateliers et les mésaventures qui lui survinrent à lui-même ? A-t-il
perdu la mémoire de la chute qu’il fit, poussé par les élèves, dans la fosse à
terre glaise, et des heures qu’il passa dans cette situation où on Y oublia.

On oublie volontier, à l’école. Témoin ce malheureux, qu’on oublia tout
nu, sous une fontaine, et à qui l’on fit subir pendant plusieurs heures une
douche d’eau glacée, et qui en mourut.

Mais le fait suivant montrera mieux que toutes les paroles, les sentiments
des élèves pour leurs maîtres.

Lorsque le professeur Lehmann mourut, le jour de ses obsèques, au
moment où sa famille en deuil pleurait sur son cercueil, les élèves de son
atelier édifiaient un catafalque grotesque, le promenaient processionnellement
dans la cour de l’Ecole, psalmodiant des « poésies » injurieuses pour sa
personne et pour son talent, et provoquaient dans tout le quartier un tel scan-
dale que l’Ecole fut fermée...

Que les élèves mettent le feu aux cloisons des ateliers, comme ils l’ont fait
un jour, c’est là un incident qui ne regarde que l’administration, qui est bien
libre de supporter ces innocentes facéties ; mais que l’on insulte, comme le
fait s’est produit, la femme d’un officier général venue pour visiter les
galeries, et qu’on ait la prétention de la faire mettre nue, comme un modèle,
cela dépasse l’administration pour intéresser directement le public.

Notre confrère ajoute qu’il pourrait multiplier les exemples de
sauvagerie, et raconter l'histoire de ce malheureux gardien
accueilli à son entrée dans un atelier à coups de tabouret, puis
précipité d’un escalier de pierre, et qui, finalement, se fracassa la
tête sur les marches et en mourut. Mais nous estimons avec
M. Clisson quecesrécits font lever lecœur,et que l’on se demande,
en vérité, si nous sommes en France ou chez les Peaux-Rouges.

Le dernier scandale connu, à savoir l’affaire Pellegri, a suffi â
provoquer deux réunions successives du Conseil supérieur de
l’Ecole des Beaux-Arts. Et voilà des hommes (ce ne sont plus des
jeunes gens, cette fois) qui vont discuter gravement s’il ne con-
viendrait pas de supprimer les ateliers où se passent ces petites scè-
nes édifiantes.

On se figure difficilement l’attitude de M, Paul Dubois, direc-
teur de l’Ecole, en présence de ses collègues du susdit conseil
supérieur. Car enfin, si un directeur à quelque chose à faire,
c’est de diriger... Et il ne paraît pas que M. Paul Dubois se
doute de cette vérité de M. de La Palisse ! Quelque sauvages,
uelque antropophages que soient ses jeunes et intéressants subor-
onnés, le directeur aurait pu les mettre à la raison tout seul, il
ne lui fallait qu’un peu de fermeté. Il a cru devoir convoquer, à
ropos de cette sotte aventure, le ban et l’arrière-ban des « nota-
ilités » artistiques qui composent le conseil supérieur de l’Ecole
des Beaux-Arts.

Soit. Nous n’v voyons, pour notre part, aucun inconvénient
et nous profiterons de la circonstance pour soumettre à ce conseil
et au Ministre qui le préside, une question d’ordre plus élevé.

Ce n’est plus de la fermeture des ateliers motivée par un scan-
dale quelconque, qu’il s’agit dans notre esprit, mais bien de la
suppression de l’Ecole des Beaux-Arts elle-même.

Il est malheureusement un peu tard et nous serons obligé de
revenir quelque jour à la charge.

Pour cette fois, en effet, les partisans de l’art officiel triom-
phent ; le Conseil supérieur d’enseignement de l’Ecole a décidé,
dans sa dernière séance, le maintien des ateliers, sauf quelques
modifications qui seront étudiées dans une prochaine séance.

(.A suivre). F- J°

L’Administrateur-Gérant : SILVESTRE
Glyptograpbio SILVESTRE & C'°, rue Oberkatnpf, 97, à Paris.
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