L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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<_A Arsène Alexandre.

Pyrame et Thisbé vivaient en assez mauvaise intelligence, l’un vis à vis de l’autre, du moins, car avec moi, ils étaient charmants,
dévoués, caressants.

J’en avais toujours un à mes pieds, l’autre sur mes genoux, lorsque je travaillais ou lisais au coin de mon feu, l’hiver, ou dans le
parc, l’été.

Je causais avec eux et j’étais arrivé sinon à parler leur langage, du moins à le deviner. Je savais tout ce qu’ils se disaient : des
menaces, d’ailleurs, toujours des menaces, et toujours à propos d’un os de gigot ou d’une assiettée de lait.

L’an dernier, à Noël, nous devions aller à la messe de minuit, ma femme et moi. La veille nous causions de la naissance de Jésus
apportant la paix et la bonté sur la terre.

Comment me suis-je exprimé, ce jour-là ? Comment Pyrame comprit-il mes paroles ? Mystère ! Mais voilà que,.le matin de Noël,
je vois le chien s’approcher de la chatte et je l’entends lui chuchoter cette invite :

— Moune, viens avec moi !

— Ou ça ? répond la chatte.

— Dans le parc, un réveillon nous attend, au pied d’un orme. Le couvert est mis sur un tapis de feuilles sèches... J’ai chipé trois
boudins au charcutier de la rue de la Paroisse.

Thisbé, d’un œil méfiant, regarda Pyrame.

— D’où vient cette amitié si brusque ? fit-elle en agitant sa queue dressée perpendiculairement.

— Ah ! bien, tu ne sais pas, toi, c’est vrai: Noël!... Il n’y a plus d’ennemis !... Nous sommes tous frères!... Faisons donc
vite la paix.

— Il est bon, le boudin ? — Excellent : du boudin de luxe... — Alors, nous sommes amis !... — Frère et sœur ! — Frère et
sœur, si tu veux.

Ils filèrent par la porte entr’ouverte, au moment où je m’apprêtais à faire, avec Pyrame, ma promenade matinale, et je suivis mes
deux gaillards, sans avoir l’air... Je les vis gagner le parc et bientôt s’asseoir, tous deux, au pied d’un arbre.
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