L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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L’ART FRANÇAIS

NOS ILLUSTRATIONS

UN CUIRASSIER, par M. E. Grandjtan

Le cavalier et sa monture se profilent nettement sur le ciel. Tous deux,
l’homme et l’animal, sont graves, immobiles, comme subitement pétrifiés. On
dirait la statue équestre et impersonnelle symbolisant, en une synthèse glo-
rieuse, les héros de Reichsoffen.

LA RECUREUSË, par M. Monginot

Comme Chardin, lorsuq’il peignait la Pourvoyeuse, M. Monginot a tenté
d’exprimer, dans une humble figure de servante, le prestigieux attrait d’une
scène de la vie intime, et il a traduit avec une étonnante justesse, tout en y
ajoutant quelque chose qui l’ennoblit, cette vision vulgaire : une récureuse
dans ses modestes fonctions.

BACCHANTE ET SATYRE, groupe plâtre, par M. H.-D. Gauquié

Lascive et railleuse, la bacchante se défend mollement contre l’ardeur du
satyre, en une lutte aimable dont l’issue ne fait de doute pour personne. En
vain la belle fille brandit son thyrse plus enrubanné que... menaçant. Dans le
mystère de la profonde forêt où se passe ce drame idyllesque, il semble qu’on
découvre, au loin, le buste de Bacchus, un sourire lubrique sur les lèvres...

M. Gauquié, avec cette œuvre remarquable, a remporté une médaille de
deuxième classe. L’excellent artiste avait déjà obtenir en 1866, avec son Perse'e
vainqueur de Méduse, une troisième médaille, et le jury de l’Exposition univer-
selle de 1889 lui avait décerné une médaille de bronze.

L’EMPEREUR M SOLFÉRINO, par E. Meissonier.

Le tableau de Meissonier que nous reproduisons aujourd’hui,

Y Empereur à Solfèrino, et que possède le Musée du Luxembourg, a
figuré au Salon de 1864 et a provoqué, alors, des jugements assez
contradictoires de la part des critiques.

Nous ne saurions mieux taire que de donner ici la page extrêmement
mais si artistement élogieuse, que cette toile inspira à Théophile
Gautier :

Solfèrino est un grand tableau, proportionnellement à l’œuvre de Meissonier :
il a bien un pied de large sur huit pouces de haut, ce sont les Noces de Cana
de son salon carré.

L’Empereur, placé un peu en avant de son état-major, inspecte le champ
de bataille du haut d’une éminence qui s’escarpe et laisse voir en contre-bas
une batterie d’artilleurs. En arrêt sur le bord du plateau, le cheval immo-
bile dresse les oreilles au bruit du canon, et l’Empereur se penche légèrement
sur l’arçon de sa selle, comme pour accompagner le regard qu’il promène
autour de l’horizon, étudiant avec le sang-froid du capitaine, l’échiquier où se
joue la formidable partie ; rien n’est plus vrai, plus simple et plus digne que
cette pose, aucune emphase, aucun apprêt, et cependant l’œil va tout de suite
à cette figure calme, sérieuse et pensive. Contenant leurs montures qu’exaltent
l’odeur de la poudre et les détonations d’artillerie, les officiers d’état-major
attendent en silence le résultat de l’examen et les ordres qui peuvent leur être
donnés ; une curiosité respectueuse en fait tourner quelques-uns vers le chef,
comme pour deviner sa pensée sur son visage 'impassible ; d’autres restent
dans leur position avec une passivité héroïque, ne préjugeant rien, et prêts à
tout faire. A quelque pas en arrière du groupe, on entrevoit le peintre lui-
même qui a mis là son portrait comme pour attester par sa présence l’exacti-
tude de la scène. Quelques cadavres d’Autrichiens, reconnaissables à leurs
vestes blanches et à leurs pantalons bleus, s’aplatissent contre le sol vers la
gauche du panneau.

Ces lignes ne donnent qu’une faible idée de la chose décrite ; mais il y a un
art merveilleux dans l’arrangement de ce groupe équestre, dont tous les per-
sonnages sont des portraits et qui causent la sensation absolue de la réalité.

Qui se serait douté, avant Sotférino, que Meissonier était un des meil-
leurs peintres de chevaux qu’on ait jamais vus ? Ceux qu’il a prêtés pour mon-
tures aux officiers qui entourent l’Empereur sont dessinés et peints avec une
science hippique, une justesse de mouvements, une certitude d’allures, une
variété de robe, un sentiment de race dont nous ne connaissons pas d’exemple.
Cuyp, Wouwermans, Le Bourguignon, Vernet se trouvent dépassés du pre-
nne’" coup. Malgré l’extrême petitesse de ces coursiers de guerre, hauts de
quatre ou cinq centimètres, on distingue le point visuel de leur œil, la boucle
de leur têtière, le chiffre de leur selle, le plus menu détail de leur anatomie et
de leur harnachement. Ce sont là sans doute des minuties, mais nous les men-
tionnons parce qu’elles ne dérangent en rien la largeur de l’ensemble ; on les
aperçoit comme dans la nature, en y regardant de près.

On peut dire la même chose des personnages. Ils saisissent au premier
aspect par la netteté de la silhouette, la vérité du geste, l’aisance de la pose et |
la franche allure militaire ; en les examinant avec plus d’attention, on découvre I

boutons, passe-poils, aiguillettes, dragonnes, tous les détails d’uniforme, jus-
qu’à une croix d’honneur vue en perspective par la tranche sur la poitrine
d’une figure au troisième plan.

En appliquant rigoureusement sa manière aux tableaux de batailles, Meis-
sonier a produit une œuvre profondément originale, d’un caractère tout à fait
nouveau et d’une vérité complète. Le ciel, le paysage, les horizons ont, avec
une couleur solide et chaude, la sincérité irrécusable d’une épreuve daguer-
rienne. La patience arrive aux effets de l’instanfanéité. Quel chel-d’œuvre
que ce petit groupe d’artilleurs manœuvrant leurs pièces au bas du monticule !
Quelle activité, quelle justesse, quelle précision de mouvements ! L’artiste a
tout rendu, jusqu’à cet O de fumée qui flotte quelque temps après l’explosion
devant la bouche à feu.

L’ART INDUSTRIEL

La Société nationale des Beaux-Arts a pris, dernièrement, une impor-
tante décision : elle a ouvert les portes du Salon du Champ-de-Mars à l’art
industriel.

C’est là une initiative fort louable, et qui aura vraisemblablement les meil-
leurs résultats.

Voici, du reste, en quels termes l’apprécie l’un des critiques d’art qui ont
soutenu avec le plus d’ardeur la campagne en faveur des artistes industriels,
M. Roger-Marx :

«Il y a des années, a-t-il dit ces jours-ci à l’un de nos confrères, que je lutte
pour faire donner à l’art fort improprement qualifié d’industriel, la place qui
lui est due à côté de l’art qu’on est convenu d’appeler l’art pur.

Je donne tous mes soins, depuis longtemps, à faire détruire cette démarca-
tion absurde qu’on s’obstine à maintenir arbitrairement entre l’art et l’art
appliqué. 11 n’y a pas, il ne peut pas y avoir un art supérieur et un art infé-
rieur. Il n’existe, en réalité, que des artistes. Les uns sont des créateurs origi-
naux, les autres des imitateurs et des copistes. Et dans nos Salons actuels,
parmi les tableaux et les statues, pour quelques œuvres vraiment dignes
d’admiration par la note neuve qu’elles apportent, par la conception person-
nelle qu’elles expriment, combien d'imitations et de copies !

« Dans les objets d’art, au contraire, on peut trouver quantité de choses
exquises, vraiment créées et capables de nous donner le même ravissement,
la même jouissance esthétique qu’un tableau ou une statue. S’il est vrai
qu’une œuvre d’art ne vaut que par le plaisir artistique qu’elle nous procure,
qu’importe la forme dans laquelle elle nous est offerte ?

«Nous sommes aujourd’hui à une époque de libéralisme absolu et de progrès
en tout sens. Et il est parfaitement inexplicable qu’on s’acharne à conserver
en art des hiérarchies démodées et des catégories abusives. Est-ce que du
temps de la Renaissance et même au Moyen-Age, cette séparation existait
entre l’art et l'art appliqué ? La pensée intime d’une société se manifeste aussi
bien dans un objet d’art que dans une œuvre d’art pur.

« Aussi je l’ai dit bien des fois, et je vous le répète, un Salon significatif sera
celui qui montrera l’effort esthétique d’une année, sans restriction d’aucune
sorte, et qui assemblera les travaux de tous les novateurs en vue d’établir le
développement logique et un du génie national.

« Il ne suffit pas que Y Union centrale des arts décoratifs permette de rencon-
trer, à de rares intervalles, les ouvriers de l’industrie, il serait désirable de
suivre, chaque printemps, Révolution de leur talent. Il faut que leurs œuvres
dernières figurent à côté de celles des peintres et des sculpteurs ; il faut qu’elles
procurent, à leurs auteurs, les mêmes honneurs ou le même engouement. »

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Jachos jR. rtisti çhj e s

Nous avons le regret d’apprendre la mort de M. Paul Pavaxd, professeur
d’arboriculture décorative à l’école d’horticulture de Seine-et-Oise, et jardinier
en chef du palais de Versailles, décédé à l’âge de cinquante-deux ans.

Une foule d’élite assistait à ses obsèques.

MM. Lambert, architecte en chef du palais de Versailles, et Hardy, directeur
de l’Ecole d’horticulture, ont, en des termes émus, rendu hommage à cet
esprit distingué, à cet homme excellent, dont la mort prématurée est un
véritable deuil pour la société versaillaise.

L’Administrateur-Gérant : SILVESTRE
Glyplographie SILVESTRE & C", tue Oberkampf, 97, à Paris.
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