L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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l’art français

Ballade des Fleurs mortes

A Madame CLAIRE LEMAITRE.

7•(oses mortes, Lys en papier,

. M. la tournure contrefaite,

Dont un vase meurtrit le pied;

Roses mortes, Lys en papier
Oui vous ont Pair d’offi ier
Comme un notaire un soir de fête;

Roses mortes, Lys en papier,

A la tournure contrefaite;

Elles habitent un bocal
Comme des sujets de Musée,

La tige transfoi niée en pal,

Elles habitent un bocal.

Sous un globe RJjomboidal,

Montrant leur tête mèdusee
Elles habitent un bocal
Comme des sujets de Musée.

La Fleuriste leur fait un cœur
Mvec un lambeau de guenille.

Eœil souriant dans sa noirceur
La Fleuriste leur fait un cœur
Du laiton et de la chenille.

Un peu de gomme et de couleur :

La Fleuriste leur fait un cœur
Avec un lambeau de guenille.

Printemps \ pour le parodier,

Qu’ont fait ces Pubertés accortes,

<_Aux doigts piquetés par l'acier ?

Printemps, pour le parodier?

Comme les fleurs de leur panier,

A P amour seraient-elles mortes ?

Printemps, pour te parodier,

Ou ont fait ces Pubertés accortes ?

ENVOI

Prince, ami des vivantes fleurs,

Va voir celles que peint Lemaître.

Elles ont tout, parfum, couleurs,

Prince, ami des vivantes fleurs;

Et, s’il est des horticulteurs,

C’est chef elle qu’on voudrait l’être.

Prince, ami des vivantes fleurs,

Va voir celles que peint Lemaître.

Le Collégien

TH. RI BOT

Un jour la peinture trouva qu’elle manquait dair. Après êtie
restée longtemps à couvert, elle s’éprit de brises, de soleil et de
verdure. Dans ces moment-là, on découvre des idylles aux toui-
llants de tous les chemins, des .élégies dans les ombrés gîises
ou violettes que projettent les nuages. La nature se peuple de

charmes infinis. Les moindres détails s’auréolent dJéclatantes
lumières ; et les toiles qui les rapportent nous arrivent toutes
frémissantes de la vie au grand air, imprégnées de l’odeur des
terres et du gros parfum des verdures fleuries. Elles se chargent
de tous les poèmes humains rencontrés sur leur,route ; et jamais
expositions ne furent aussi Ducoliques que celles de ce temps-ci.

La grande majorité des artistes se voue à cette besogne : la
captation de l’air; et si nous voulons nous reposer les veux du
spectacle des champs, nous trouvons le plus souvent pour toute
ressource la contemplation de la mer. Les tableaux d’intérieur
s’en mêlent, à leur tour. Eux aussi accumulent l’expression lumi-
neuse. Ils font leur partie dans la fanfare du plein-air ; et s’ils ne
parviennent pas à donner la note dominante, ils s’en excusent de
leur mieux.

Clairs et précis de dessin et de sentiment, ils renouent d’ail-
leurs par-dessus les restes de l’école classique et du romantisme,
les traditions de L'art Lançais. Avec une science et une habileté
au moins égales, mais moins de liberté d’allures, ils se rattachent
à Poussin et Lesueur par les peintres du xvmc siècle. C’est un
beau rôle, et personne ne peut le leur reprocher. Seulement au
milieu de toutes ces perfections, parmi ces lumières étalées avec
un faste extraordinaire, ■ on regretterait volontiers de ne ren-
contrer jamais l’œuvre intime, celle que l’on regarde en tout
repos, celle qui sollicite et retient votre rêverie par le calme de
son spectacle, parle charme profond de la vie et de la couleur.

On le regretterait aux Champs-Elysées, si on n’y trouvait
Henner ; et ici, si Ribot et Carrière désertaient. Ribot ! un nor-
mand de race, concentré, rentré en lui-même où il vit en un
perpétuel recueillement avec son rêve artistique, et sa profonde
science de l’histoire de l’art. Non que son rêve soit compliqué.
Il est simple, au contraire, de cette simplicité primaire à laquelle
aboutissent les maîtres. Il n’exige, en apparence du moins, ni la
pénible étude des rapports de tons, ni l’approfondissement des
problèmes de la composition.

Tout autre est son but. Dans sa joie d’enchâsser des chairs
vives dans les couleurs chaudes, d’enserrer la lumière dans des
masses d’ombre où l’œil s’enfonce doucement, il s’arrête à l’expres-
sion générale, à l’étude de-la vie-çpour la vie. Sesfigures, pensives,
JtseContractent sous l’empire d’aucun épisode cérébral. Lesémo-
tions en sont absentes, ces émotionsqui Condamnentpour l’éternité
les figures peintes à la traduction d’une douleur ou d’une joie.
L’émotion artistique, l’émotion intrinsèque y abonde au con-
traire. C’est d’elle que provient cet enfantement de vie matérielle
qui fournit le sujet des toiles de Ribot, un poème toujours le
même. C’est le flux du sang à la surface des chairs, c’est le
battement des artères sous le derme dans l’apaisement des
nerfs, c’est le bruit de la vie s’épanchant par chaque visage
dans le grand silence des fonds et des vêtements bruns.

Avec cela, dans la structure des ironts, dans la claire intensité
du regard, Ehomme éternel nous est raconté avec quelque solen-
nité. Et si profond, si simple en même temps est l’œuv-e du
maître que chacun de ses tableaux nous donne l’impression de
l’approche de l’absolu. Puis l’imagination aidant, nous cons-
truisons des mondes autour de ces personnages, les évocations se
suivent, allant des grands maîtres hollandais aux maîtres espa-
gnols; et quand nous quittons ces toiles, il nous semble que des
siècles d’art ont vécu pour nous, dans la simplicité de ces œuvres.

La Lecture, parmi tant d’autres choses, nous arrive avec cette
expression d’une vision fixée définitivement. Le recueillement
des figures, l’absence de toute action impliquant une fatigue ou
faisant prévoir un changement de posture ou de geste, nous dis-
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