L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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L’ART FRANÇAIS

SALON DES CHAMPS-ELYSÉES

Le Portrait de Mlle Brandis, par M. Chartran, dans ses proportions
minimes, est l’un des plus remarquables et — par une rare fortune —
l’un des plus remarqués des visiteurs du Salon. L’intelligente phisio-
nomie de la jeune et charmante comédienne, qui récemment encore
créait, avec un très grand talent, la Viviane de M. Félicien Champsaur,
au Vaudeville, est présentée ici sous un aspect en parfaite harmonie
avec son caractère. Le peintre a mis une sorte de coquetterie à nous
montrer la femme plutôt que l’actrice, et, par une distinction subtile, il
lui a mis dans les yeux une pensée qui n’est due à aucun auteur drama-
tique, c’est-à-dire la pensée même de MUe Brandès. Ce doux et fin
sourire, cette lueur qui anime le regard, toute cette expression d’un
état d’àme se reflétant sur un jeune visage, c’est bien le sourire, c’est
bien le regard, c’est bien l’âme de la femme, encore que par métier ou
par élégance naturelle, la comédienne se trahisse un peu dans la
noblesse de son attitude.

Chacun sa chimère, par M. Henri Martin, « œuvre profondément
humaine et suggestive » disions-nous l’autre jour, est la libre et quel-
que peu énigmatique, mais lumineuse et cordiale traduction d’une
page de Baudelaire : « Ils allaient avec la physionomie résignée de ceux
condamnés à espérer toujours ». Et le poète voyait ces errants
« sous un ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins,
sans gazon, sans un chardon, sans une ortie ». Le peintre a légèrement
enchardonné son terrain, et il a éclairé son ciel, mais, à part ces légères
licences, il a pour ainsi dire traduit mot à mot la version originale.

Dans la clarté matinale, sous un ciel aux vibrations lumineuses, les
errants s’avancent à grands pas, les épaules chargées de leurs « chi-
mères » respectives. L’extatique, dont les yeux s’ouvrent démesurément
sur l’au-delà, a pour fardeau une délicieuse figure de vierge ; le dé-
bauché se courbe sous le poids d’une fille au sourire bestial, lubrique ;
l’artiste, le poète, l’avare, tous les espérants ont ainsi sur le dos un
monstre qui leur enfonce ses griffes dans les chairs... Et tous ces
humains entraînés vers un idéal trompeur, comme des papillons
seraient attirés par la perfide clarté d’une bougie, se meuvent d’une
allure rhytmique, sans cesse, sans repos, fatalement, éternellement.

On pourrait regretter que l'artiste n’eût pas assez marqué la diffé-
rence qui, logiquement, doit exister entre ces hommes et ces figures
monstrueuses dont ils sont chargés, ce qui eût rendu l’imagination du
poète plus accessible. Mais tel qu’il est, le tableau de M. Henri Martin
vous arrête au passage, vous retient et, quand vous le quittez, vous
laisse dans l’esprit une impression profonde de commisération en
même temps que, dans les yeux, le souvenir d’une très belle œuvre,
d’une œuvre d’art.

U Été, de M. Axilette, vient d’être récompensé d’une médaille de
deuxième classe. Nous avions déjà vu ce tableau à l’Ecole des
Beaux-Arts, lors de l’exposition des envois de Rome. Je me
souviens même de l’avoir quelque peu malmené alors. Depuis,
M. Axilette a retouché sa toile. En présence d’un tel bon vou-
loir, j’aurais mauvaise grâce à ne pas « retoucher » à mon tour,
mon appréciation peut-être un peu sévère. Dans tous les cas, les qua-
lités, dans cette grande composition, l’emportent de beaucoup sur les
défauts, et il convient de la prendre telle qu’elle est. A une époque où
l’absence de printemps Dit présager l’absence d’un été ardemment
désiré, nous aurons du moins, à titre de consolateur, Y Été de
M. Axilette ! F- J.

SALON DU CHAMP-DE-MARS

Le Portrait de S\C. Dannat, par M. Raffaëlli est encore une œuvre de
grande valeur dans un petit cadre. M. Raffaëlli a représenté le jeune
maître américain dans son atelier, debout, les deux mains dans ses
poches, méditant devant une toile ébauchée. Cela est d’une intimité
sincère et qui s’impose. C’est aussi d’une composition absolument ori-
ginale et qui nous change de l’éternel chevalet et de l’éternel monsieur
en train de peinturlurer. La peinture de M. Raffaëlli est ici, comme
toujours, spirituelle et libre, et ce petit portrait offre un double intérêt,
puisqu’il est d’une exécution remarquable et puisqu’il nous introduit
dans l’atelier d’un peintre de talent. F. J.

LES RÉCOMPENSES DU SALON DES CHAIPS-ÉLYSÉES

PEINTURE

Pas de médaille d’honneur. — Pas de première médaille.

DEUXIÈMES MÉDAILLES.

MM. Paul Gervais, les Saintes Maries.

Axilette, l’Été.

Marius Roy, Infanterie, 1835.

Claude Bourgonnier, la Tentation.

Chevallier-Taylor, la Dernière communion.

Jean-Baptiste Duflaud, la Mort d'Ourrias.

Emile Isembart, Printemps (environs de Besançon).

Charles-Lucien Léandre, les Longs jours et Portrait de M. le général D...

François Thévenot, Jardin (étude) et X...

Fernand-Just Quignon, les Regains.

Ernest Baillet, la ‘Berge à Portejoie et Matinée de septembre en Seine.

TROISIÈMES MÉDAILLES.

MM. Guthrie, de Schryver, Fridreich, Salgado, Bisbing, Le Sidaner, Che-
villiard, Dessar, Orange, Noirot, Rigolot, Kowalsky, Franzini d’Issoncourt,
Bisson, Grier, Lopisgich, Henri Royer, Guéry, Ballue, Brangwyn, Lemeunier,
Bellet, Gaston Mélingue, Lucien Berthault, Fouace, Chalon, Borchard, Van
der Weyden, Schultzberg, Crochepierre, Csok, Jacquesson de la Chevreuse,
Bastet, Mlle Baily (miniature).

MENTIONS HONORABLES.

MM. Constantin Le Roux, de Burggraff, Roeseler, Cari Rosa, Grateyrolle,
Calbet, Enders, Gumery, Mlle Heyermans, Mlle Camille Langlois, MM. Rouby,
de Bélair, Wilhem, Smith, Granchi-Tavlor, Reyzner (dessins), M>L Mélanie
Besson, MM. Etienne-Eugène Leroux, Verworner, Tuke, Kendall, Bill,
Struetzel, Emile Meyer, de Petitvilie, Thorne, Cauchois, Kühstohs, Foréau,
Durent, Paul-Albert Laurens, Wührer, Balouzet, Thys, Maroniez, M11^ Went-
worth, MM. Longstaff, Tenré, Habert Dys, MIL.“de Hem, MM. Sterner,
Fernand Paillet (miniature), Mllc Lacombe de Presle (miniature).

SCULPTURE

MÉDAILLE D’HONNEUR

M. Boucher (Alfred), A la Terre.

PREMIÈRES MÉDAILLES

MM. Gardet. le Sommeil de VEnfant Jésus, groupe, marbre.

Pépin (Edouard), le Joug, groupe allégorique, plâtre.

DEUXIÈMES MÉDAILLES

MM. Stanislas Lami, Première faute, statue, marbre.

Boutellier (Jean-Ernest), Nymphe victorieuse, groupe, plâtre.

Mac-Monnies (Frédérick), Nathan-Hole et James S. T. Stranahan, statues,
plâtre.

D’PIoudan (André), Faune, statue marbre, et Repos de Diane, statue, plâtre.

Hercule (Benoît-Lucien), Turenne enfant, bronze, et Naïade, statue, plâtre.

Boutry (Edgard-Henry), Y Amour et la Folie, bas-relief plâtre, et Chasseur,
statue plâtre.

Mlle Lancelot, gravure en médailles.

M. Gaulard, gravure en médailles.

TROISIÈMES MÉDAILLES

MM. Peene, Anglade, Theunissen, Chavalliaud, Deschamps, Grandin,
Bloche, Rozet, Aubert, Lagarrigue, Pauchard.

GRAVURE

Pas de médaille d'honneur.

PREMIÈRES MÉDAILLES

Eau-forte. — MM. Géry-Bichard (Ad.-Alph.), Notre-Dame de Paris, illus-
trations d’après O. Merson. — Mathey-Doret (Emile-Armand), Rubens peint
par lui-même.

Burin. — M. Annedouche (Alfred-Joseph), Vierge, d’après M. Bouguereau.

DEUXIÈMES MÉDAILLES

Burin, — M. Massard (Jules), Ascanio, d’après Fauvelet, et les Illusions
perdues, d’après Gleyre.

Bois. — Mme Jacob-Bazin (Marguerite-Jeanne), Un vieux moine, d’après
Velasquez.

Lithographie. — M. Guillon (Pierre-Ernest), St Sébastien, martyr, d après
M. Ribot.

TROISIÈMES MÉDAILLES

Eau-forte. — MM. Gravier, Coppier, Focillon.

Bois. — MM. Gusman, Dochy.

Lithographie. —- MM. Pélissier, Audebert.

MENTIONS HONORABLES

Eau-forte. — MM. Payran, Bertrand, Dunod, M"le Olivier.

Bois. — Mlles Genty, Mirman, M. Lemaire.

Burin. — MM. Dézarrois, Julian-Damazy, Kriéger.

Lithographie. — MM. de la Pinelais, Mesplès, M^c Chapus.

—- ~ : L’Administrateur-Gérant : S1I.VESTRE

Glypiographie SILVESTRE & C'% rue Oberkampf, 97, à Paris.
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