L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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L’ART FRANÇAIS

NOS ILLUSTRATIONS

Entrée du port de 51Carseille, un dimanche, par une matinée de
décembre, par 51C. Alphonse Moutte. — Ce peintre-là est un
vrai peintre provençal. Ce n’est pas un Parisien faisant du
Midi par dilettantisme ou par accident. Alphonse Moutte
est né en Provence et il y réside. Il aime sa terre natale et
la connaît bien. Il la peint en artiste, je dirais volontiers en poète.
Non seulement le paysage lui est familier, et il en rend les acci-
dents pittoresques, les colorations vibrantes et Unes, la limpide
atmosphère, mais il a pénétré dans l’intimité de la population qui
l’habite et lui a consacré son pinceau. Il en a dit les travaux, ies
plaisirs, les paresses, les joies naïves, et en a exprimé parlois la
mélancolie. Il y a dans certains tableaux de ce Téniers provençal
une touchante note d’idylle. Ce peintre nerveux et bien portant,
épris du grand air et de pleine lumière, est au fond un senti-
mental.

L’un de ses premiers tableaux, Tout est Jinil (Salon de 1874),
rappelle cette note. LTne fille qui pleure et un jeune gardeur de
moutons/ la cape sur l’épaule, qui s’apprête à s’éloigner. C’est la
dernière scène de l’idylle. L’éternel duo d’amour a bien des
fois tenté son pinceau, comme aussi, maintes fois, il s’est plu,
en une simple figure, à exprimer les mélancolies d’une âme
rustique repliée sur elle-même.

Mais ce n’est la qu’un des aspects de ce talent. Peintre de la
Provence, Alphonse Moutte l’a été dans l’acception la plus large.
Il en a peint les plages et les collines, les pêcheurs et les paysans.
Comme ii les connaît bien, ces marins provençaux! avec quelle
sûreté il les campe, avec quel esprit il les silhouette ! Comme
ils sont tout entiers à l’acte qu’ils accomplissent ! Ht puis quels
pittoresques accoutrements, quels jolis accessoires, quelles amu-
santes poteries, vernissées, luisantes! Tout cela chante au soleil
et s’enlève sur une mer de satin délicat, sur un ciel d’une tendresse
exquise.

Alphonse Moutte fait ses tableaux sur nature. C’est ainsi qu’il
y a dix ans, je le trouvai, un jour d’hiver, dans une cabine de bains
de la plage du Prado, qu’il avait transformée en atelit r, et oii
il peignait en tête à tète avec Jean,son modèle,ce Coin de la plage
du Trado par un effet du matin, qui lui valut une troisième
médaille au Salon de 1881. C’est ainsi que pour peindre son
Débarquement de blé à Marseille, une toile grouillante de la vie des
quais, aveuglante de lumière, il avait loué une boutique sur le
quai de Rive-Neuve, bien en face d'un chantier de blé, et put
ainsi peupler sa toile de figures qui sont des portraits. Le tableau
est au Musée de Marseille et chacun là-bas vous dira ies noms
des déchargeurs, des metteurs-dessus, des marqueurs, en braies
bleues et calottes rouges, qui peuplent le pittoresque chantier. Il
fit de même pour sa Tarlie de boules du Salon de 1888, un de ses
tableaux les mieux venus et des plus ensoleillés. 11 s’installa dans
le joli village des Lecques, au fond d’un golfe riant, et prit pen-
sion dans une pauvre auberge de pêcheurs. Il avait là ses modèles
sous la main. Aussi que de francs types, que de curieuses
physionomies !

Il connait bien aussi nos paysans de Provence. Il a peint les
bousquétières descendant la colline avec leur charge de menu bois,
les vieux âniers aux culottes de velours, les tambourinaires et les
jeunes coqs de village. Je me souviens d’un de ses premiers
tableaux, un bal villageois, dans une pinède, au son du tambourin.
Il y avait là de jeunes gas et des demoiselles de village d’une
savoureuse rusticité, et sur un banc à l’écart, toute seule, l’amou-
reuse délaissée : la petite note sentimentale où se trahit le poète
idyllique.

Alphonse Moutte est un des fidèles des expositions parisiennes.

Il y est justement apprécié. Elève de Meîssonier, il a puisé chez
son maître la conscience du dessin, la recherche des attitudes et
des physionomies. Il tient de lui-même une couleur forte et
vibrante qu’il a su conserver tout en se pliant aux exigences du
plein air. Il a suivi Messonier au Champ-de-Mars. Il y expose
cette année, plusieurs oeuvres où se retrouvent ses qualités ordi-
naires, l’observation, la conscience, l’entente de la lumière. Son
Entrée du Tort de iMarseille, un dimanche, par une matinée de
décembre, est d’une rare fidélité d’impression. C’est bien le Midi
aussi que sa Cueillette de Jigues. aux environs d’Avignon. Des figures
isolées de pêcheur, de paysan et de vieilles paysannes complètent
cette intéressante exposition.

Alphonse Moutte est un sincère et un chercheur : il n’a certai-
nement pas dit son dernier mot.

Louis BRLS.

Enfant au poisson, par Injalberl. — Le monument signé de
M. Injalbert, et c’est bien monument qu’il faut dire, a eu au
dernier Salon du Champ-de-Mars une place d’honneur et a juste-
ment excité l’intérêt de tous. Certes, l’enfant qui embrasse avec
une délicieuse gaucherie sa pêche miraculeuse et dont le visage
déjà rude traduit si bien le naïf orgueil, mériterait à lui seul de
retenir le regard. Mais bien qu’étant la partie principale il n’est
qu’une partie de la fontaine, et le reste a sa valeur.

L’ensemble est parfait d harmonie et l’artiste a su, avec une
grande sobriété de détails, nous donner l'impression d’un bijou
de marbre plus digne à coup sûr d’orner un salon qu’un carrefour.

Revenons encore, malgré tout, au mignon pêcheur pour en
admirer sans réserve le délicat modelé et la pose charmante de
naturel, tout en félicitant une fois de plus le comité d’organi-
sation de nous avoir montré cette fontaine comme il convenait...
avec de l’eau.

L accouchée du village, par Girardet. •— Moins élégant peut-être
que Greu/e, moins méticuleux que certains Hollandais dans ses
peintures d’intérieurs villageois, M. Girardet a déplus qu’eux
une vision exacte de la vérité et une grande sincérité d’expression.

Nous sommes heureux de retrouver sur cette toile, une scène
familière souvent entrevue. Chacun y tient son rôle avec un
égal à-propos. L’héroïne, l’accouchée du village, sourit de ce bon
sourire des convalescents qui bannit les angoisses, et tandis que
son mari la regarde ému, la grand’maman, toute aux soucis pra-
tiques, dorlote le nouveau venu.

Un autre personnage, quelque sœur cadette ou quelque bonne
amie curieuse tient ses regards fixés sur la malade, comme si déjà
l’inquiétude la prenait. Le groupement de ces différents acteurs
est heureüx, la lumière habilement distribuée. Tout compte lait,
nous sommes en présence d’un bon tableau, consciencieusement
peint, et ce n’est pas un mince mérite par le temps qui court.

La carte de mauvais présage, par Rolshoven. — Cette étude de
nu est intéressante et ce corps étendu sur les coussins avec non-
chalance a de la grâce. Le visage nous traduit mille sentiments
dont la mélancolie vague n’est pas sans charme. Mais les deux
messieurs du fond nous inquiètent fort. Malheureusement,
M. Rolshoven en nous peignant Lauretta sans autre commen-
taire, a fait du tableau et du titre une énigme qu’il n’est pas
donné à tous de débrouiller.

Il aurait pu ajouter quelques lignes d’un texte nécessaire, au
risque d’en enlever à tant de ses confrères qui en citent d’inutile.

G. DM B.

L’Administrateur-Gérant : S1LYIISTRE
Gl\fhgrat>bu SILVflSTlUl & O", 9/, me à Oberkamjf. Paris.
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