L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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L’ART FRANÇAIS

Le Budget des Beaux-Arts.

Selon notre promesse disons deux mots du budget des Beaux-
Arts, non pas pour en détailler les discussions, mais pour noter
seulement une tendance de plus en plus accentuée vers l’encou-
ragement à donner aux Arts décoratifs. C’est avec un grand
plaisir que Y Art Français, défenseur convaincu de ces idées, voit
la croisade se généraliser et trouve une lois de plus dans ce
concert l’occasion de les affirmer.

M. Dujardin-Beaumetz a vivement insisté pour qu’on sup-
primât les traitements de certains fonctionnaires « afin, dit-
il, de reporter ces crédits sur les Arts décoratifs dont l’Ecole
spéciale exige des agrandissements qu’on ne peut différer plus
longtemps, car cette école est obligée de refuser des élèves. » Le
ministre n’a point paru autrement enthousiaste de cette réforme,
mais par contre, il a promis monts et merveilles en ce qui
concerne Sèvres, il a fait espérer beaucoup pour les Gobelins et ïa
discussion s’est close sur de bonnes paroles.... en attendant
mieux.

Histoire de l’Art 4Décoratif

Par Arsène Alexandre

Nous sommes heureux de donner à nos lecteurs la primeur d’un
extrait de la préface que M. Roger Marx, avec son autorité incontestée,
a écrite pour le remarquable ouvrage de notre collaborateur Arsène
Alexandre, Y Histoire de V Art décoratif, qui vient de paraître â la librai-
rie Renouard-Laurens :

<( . Le renoncement n’est pas aisé, tant s’en faut, aux appellations

subdivisant le Beau en une série de castes hiérarchiquement classées.
Des années, des années encore coulent avant l’admission de l’axiome
de Guichard : « U Art est un, seules ses manifestations sont multiples » et
nombre d’écrivains sont parmi les plus hésitants à se laisser convaincre.
Certes, les trop fréquentes HISTOIRES DE L’ART élaborées au cours
dit siècle, ne chôment pas à glorifier la peinture, la sculpture, l’archi-
tecture, non plus qu’à retracer dans le détail la succession de leurs
phases ; mais, par une contradiction singulière, en ces écrits, nulle
mention ne se réfère aux travaux qui souvent rassemblent l’un et
l’autre de ces • arts et groupent des moyens d’expression divers, j
Prétention vaine celle de tous ces auteurs prompts à promettre de
valables éléments d’instruction ! Comme si, en omettant systémati-
quement la partie essentielle d’un tout inmorcelable, ils ne s'étalent pas
condamnés par avance à donner de leur sujet une idée fausse, ou du
moins incomplète ! Mais les avertissements répétés des Mérimée, des
\ iollet-le-Duc, des de Laborde, des de Luyncs, des Castagnary, des •
Eugène Véron, des Burty, sont demeurés impuissants à établir que
1 intérêt esthétique s’augmente, pour l’art décoratif, de l’autorité du
rôle économique et de la mission civilisatrice. Les disciples de
M. Victor Cousin n’ont pas compris que, selon le juste dire de Brac-
quemond, « la décoration est l’activité de l’art, qu’elle fait son utilité
sociale, que le principe ornemental constitue son sens organique».
Peu leur importaient d’ailleurs les rapports de la transformation de la
matière avec P accroissement de la richesse nationale ; peu leur impôt- j
tait fa vive lumière jetée sur les mœurs et l’esprit d’un temps par la j
reconstitution du milieu, du cadre de la vie; peu leur importaient les
renseignements fournis par les variations du goût, pour la meilleure |
connaissance du génie et de la race...

» A ces annales suspectes, mutilées, M. Arsène Alexandre apporte
les rectifications nécessaires, le complément rationnel et toujours
refusé. Hautement ii revendique pour les arts méprisés, l’égalité du
droit à la Célébrité. »

« Le succès de son entreprise, on le peut pressentir, proclamer au
seuil du livre, tant M. Arsène Alexandre était préparé par l’économie
de son tempérament, par ses préférences de travail, à cette double
tâche d’esthète et dé justicier. Vous ne sauriez rencontrer nature plus
droite, caractère plus ferme, volonté mieux arrêtée de s’élever contre
les abus, de substituer la vérité au préjugé et à l’erreur. D’autre part,
l’habitude est déjà ancienne chez lui de noter au jour le jour les actions
réflexes de l’art sur la société, et cette fois, comme pour ses précis de
la Caricature, de la Peinture militaire, il a étudié les époques disparues
avec des procédés d’autant plus certains que ce sont les méthodes d’in-
vestigation et d’analyse familières à ses chroniques contemporaines;
par surcroît on lui saura gré de n’avoir pas abdiqué la spontanéité au
profit de l’érudition, d’avoir prouvé à chaque page l’indépendance fon-
cière du critique ardent à défendre l’individualisme, — cette indépen-
dance qui lui a fait choisir, pour les mettre en définitive lumière, deux
génies dont les noms seuls contiennent une profession de foi : Barye
et Daumier. » « Roger Marx. »

LE SALON DE LA ROSE t CROIX

Il parait que le ridicule ne tue plus, chez nous, car M. Péladan
s’obstine, malgré les désaveux assez cruels déjà recueillis, à orga-
niser et réglementer son fameux Salon idéaliste, qui ouvrira le
ro mars 1892.

Nous avons sous les yeux une petite brochure intitulée •< Règle
et moratoire du Salon de la Rose 7 Croix », qui est bien le plus
extravagant des manifestes. Nous ferons grâce à nos lecteurs des
préliminaires, où la Chaidée antique et l’hellénisme historique
fusionnent pour le plus grand esclaffement des parisiens fin-de-
siècle, et nous retiendrons seulement quelques passages de ce
fatras. M. Péladan proclame son culte pour l’Idéal avec la Tra-
dition pour base et la Beauté pour moyen. Etes-vous fixé, après
cela, sur le genre de peinture qui sera admis au Salon Idéaliste ?
Non, sans doute; mais vous allez l’être, du moins, lorsque vous
saurez quels genres ledit Salon n’admettra pas — même dans le
cas d’une exécution parfaite !

Voici cette liste de proscription t « i° la peinture d’histoire
prosaïque et illustrative de manuel, telle que Deiaroche ; 20 la
peinture patriotique et militaire, telle que les Meissonier,
Neuville, Détaillé ; 30 toute représentation de la vie contempo-
raine publique ou privée ; 40 le portrait, sauf s’il ne date pas de
costume et atteint le style; $° toute scène rustique; 6° tout
paysage, sauf celui composé à la Poussin ; 70 la marine; les
marins; 8° toute chose humoristique; 90 l’orientalisme seulement
pittoresque ; io° tout animal domestique et se rattachant au
sport: il0 les fleurs, les bodegones, les Cuits, accessoires et
autres exercices que les peintres ont d’ordinaire l’insolence
d’exposer »

Alors, que reste-t-il à ces insolents artistes ?

IJ reste : Fldéal catholique et la Mysticité, la Légende, le
Mythe, l’Allégorie, le Rêve, la Paraphrase,

Nous croyons inutile de perdre notre temps à pousser plus
loin l’examen du « monitoire » en question, que l’auteur a
« verbifié à Paris sous la Rose jf Croix et le Beau séant ».

N’insistons pas !

L/Admmistrateur-Gérant ; SILVESTRE

Glypiograpbie SILVESTRE & V,u, 9?, rue Oberkàmpfà Paris.
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