L' art ornemental: revue hebdomadaire illustrée — 1.1883

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L'ART ORNEMENTAL.

A gauche, un ange assis joue de la harpe et derrière lui est placé le
chœur des séraphins. Au fond, à gauche, une porte s'entr'ouvre et laisse
pénétrer le donateur dont la femme et la fille assises de droite et de
gauche, au premier plan, et revêtues des plus riches costumes de l'époque,
se recueillent aux saints accords; celle qui est assise à droite interrompt
un travail de broderie dont tous les accessoires se voient dans un panier
pose à ses pieds sur le sol qui, par une fantaisie du grand artiste, se pré-
sente au premier plan couvert de fraisiers et de fleurs.

Le tapis sur lequel reposent les pieds de la Vierge et la tenture de son
trône sont couverts d'emblèmes héraldiques qui, avec un autre de même
nature placé au coin d'un linge dans le panier à broder, doivent faire
retrouver le nom de la famille du donateur.

Sur le couvre-pieds, au-dessus de chaque bouquet dont il est semé, se
distinguent enlacées les initiales J. M.

n'empêchera pas la belle maîtresse de Louis XV de rester la grande
patronne de la rocaille.

C'est par centaines que se comptent les œuvres de l'auteur de notre
cartouche. Il en a fait de toutes les sortes : cartouches représentant des
fontaines, des sujets d'eau, des trophées en pyramide ; il en a dessiné pour
l'Académie de Saint-Luc, pour la Bibliothèque du Roi. On lui doit des
titres pour livres et cartes géographiques, des vignettes, des cartels, des
culs-de-lampe. On lui doit les encadrements du texte et les culs-de-lampe
des volumes des fêtes pour les Mariages du Dauphin, et de celles données
par la ville de Strasbourg à l'arrivée du roi en 1744.

Babel a composé également des modèles de buffets, des baldaquins,
des sujets d'autel. C'est un artiste d'une incroyable fécondité.

Parmi les cartouches que composa Babel, un certain nombre con-
tiennent des perspectives de monument. Tel est celui que nous reproduisons.

CARTOUCHE DE P. E. BÂBEL

Une bordure sectionnée en On remarquera avec quelle ha-

trente-huit rectangles semés de bileté les figures jouent dans

fleurs encadre délicatement ce JÊ'I^SS^S^^^ l'ensemble de l'ornementation,

chef-d'œuvre de l'art du tapis- *t3ÊÊ& 'irnsl^^SSiM^^^ ^ - * avec quelle grâce et quelle

sier, dont l'exécution est en ^^ir^^^m '^^Êfw^WfflfflHM^wl^«hJ^* • science elles sont dessinées, et

tous points digne de l'admi- ...Jj^mL^Kj^^j^j^jr ' ^^Avg^afe^^jfcZi le profond esprit décoratif qui

rable composition qu'elle avait ^^^^^^^^^ÊKÉPÊà^^a^^^étm^^^^^Ê^^^^a. a préside à leur placement

à interpréter. f^^^fÇÊ^ - ^IjI^^^^^IwS&^^^^^^^&iM?^^^^^^^ dans le tout où elles figurent

La hauteur est de 2 mètres W^W^^^^^^^^^^'' ^'^^^"'^'--^^^^^Bi^Sij au milieu des guirlandes de

4.0 centimètres- JRr W/0j&^~~' ' ' r'"v ": ^JPh ' "^^^^^^m^ roses, assises ou couchées sur

La largeur de 2 mètres mLMl"ISwË^^k kt , l'entablement, noyées dans des

85 centimètres. Wkifiljk " " *fflfà$È^P :>'MïfM^'^^^m^^' nuages discrets, volant au mi-

"fv£': '4^''WP^' ^/^®P^|ÉIW^ Heu des fleurs et comme fon-

KMr"' * - ê£wSfc'sfi¥U«(^k; J&j^iWj8BB8ËBMl'!Blr dues dans une harmonie spé-
w& »■. •?.-£«<•" • ,, sjsj'âsf jFv-ï r' " -laBR- m «l'on

r™f\ jjMjp^v- "S^EWr^W iFâ^^'^^^^^^llfi'T! ciale dont personne aujourd'hui
Le cartouche que nous re- MljlEj^JjSjÈÈ'* ^ferfy^ÉP^^^mmmwÊÊÊ^^9wm> nc connaît plus le ^co-
produisons est dû au dessina- ft«fca»3ffl8BHÉ^
tour P. E. Babel, qui était en f Ww^ËlSmF ^
même temps graveur et orfèvre. I Kf'^Bij^aBff^.-'--' '
Babel travaillait au milieu 1 *—<faTz^fyi.top?
du xvin0 siècle. Il mourut en <^f|PjBm\iW&

1770. Il jouissait, de son vivant, îÉPC^K&m 3 1 C5D^T^^BP^ • 1-e monde des arts vient de
d'une très grande réputation J^^^MkHJ|ls •rtw^®WJ^Î4_^^^Jj| | f|îpL jtej^K- faire une grande perte dans la
parmi les dessinateurs de ro- ^^^j^^^i^k^^^Ê^^^^"^^' -41 ^S^^Pr^K^ personne de M. le baron Davil-
cailles. On lui reconnaît une Ê^^^S^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^Î^^l. lier, qui a succombé, le 1er mars,
ires grande supériorité dans ce feOf^^ f| un son hôtel de la rue Pigalle,
genre. tm *4È0Q&*<32ï$!^^ W à une attaque d'apoplexie. La
Le genre rocaille est, comme & éf P wj^^^^^^^^^^è&^^^^f^^^^im jÈÊi demeure de M. Davillier était
on sait, celui dans l'ornementa- || ^j^^jRV'^ ^^J^^^^^^^^^^^ÊmWlL'fw^ «J^ffiBKR* 'H> un véritable Musée. Ainsi que
tion duquel entrent des coquil- ^"^y^jP^fflÉ^ le duc d'Aumont, dont il avait
lages et des cailloux incrustés. |? TBÉllPf? ^f ¥J^^^ ^ Ç si amoureusement décrit le ca-
M. Demmin dit, dans le Guide ''^i^È^^^4^^Y^^SK^^^^^Ê'f^1 binet, M. Davillier consacra la
de l'amateur des faïences et por- JËËzlfi'^Mtk. J'^tk^ÇSS^'i^WW1^^^^^ , <• t * majeure partie de sa vie à réunir
celaines, que c'est Bœttger et la S.M U~~t ■ , -^^^..£fMÊUBK\ ' Hf^Êjgg^^S^A. les objets qui formaient une
manufacture de Meissen qui ont " **tB^|JS^* des plus curieuses collections
créé le goût de la rocaille et le *s de Paris. Très expert en tout
style du xvm° siècle que l'on ce qui concerne l'art du bibelot,
appelle, à tort suivant lui, style Cartouche d P. E. Babel. amateur des plus éclairés, le
Louis XV; défunt avait rapporté de ses

NECROLOGIE

Quoi qu'il en soit, les compositions conçues dans cet esprit décoratif
sont innombrables, très variées et on s'accorde à les trouver charmantes.

P. E. Babel vécut à cette époque où l'art décoratif prit, sous l'influence
de Mmo de Pompadour, un si merveilleux essor. Tout le siècle est dominé
par le nom de la favorite. C'est elle qui fit la mode et anima de son zèle
ardent tous les artistes auxquels on doit cette prodigieuse quantité de
meubles, de dessins d'ornement d'une facture tour à tour si mignonne, si
ample, si riche et si aisée qu'il semble que les plus humbles dessinateurs
de cette incroyable époque écrivissent les ornements les plus compliqués
aussi facilement que leurs noms. Miroirs, sofas, chaises à porteur, éven-
tails, bras de lumière, cartels, tout, jusqu'aux bibelots de la plus minime
importance, porte l'empreinte du goût de cette civilisation raffinée à la
tête de laquelle se plaça d'emblée Mmo de Pompadour. Que les artistes qui
travaillaient pour elle, et pour ainsi dire sous ses yeux, se soient inspirés
des productions de Meissen, cela est possible. Peu importe du reste, cela

voyages un nombre considérable d'objets inestimables. Ses faïences
moresques étaient surtout d'une grande valeur.

M. le baron Davillier n'était pas un simple collectionneur. Écrivain
distingué, il laisse de nombreuses publications, recherchées à juste titre
par les amateurs. Au nombre de ces publications, il faut citer : Histoire
des faïences hispano-moresques à reflets métalliques; Histoire des faïences
et porcelaines de Moustiers, Marseille, etc. ; les Porcelaines de Sèvres de
Mme du Barry ; Recherches sur l'orfèvrerie en Espagne; Note sur les cuirs
de Cordoue; les Arts décoratifs en Espagne; le Cabinet du duc d'Aumont;
enfin, tout dernièrement, les Origines de la porcelaine en Europe. Son
dernier travail avait excité une vive curiosité en raison de la date précise
qu'il assigne à la découverte de la porcelaine en Europe et qui reporte
cette date à plus de deux siècles en arrière.

M. le baron Jean-Charles Davillier était né à Rouen, le 27 mai 182J.

G. Dargenty.

Pans. — Imprimerie de l'Art, J. Rouam, imprimeur-Éditeur, 41, rue de la Victoire. Le Gérant : eugène véron.
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