L' art ornemental: revue hebdomadaire illustrée — 1.1883

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L'ART ORNEMENTAL.

M. Eugène Miïntz, dont la compétence en pareille matière est absolue,
a douté comme tout le monde, mais il déclare que l'étude des spécimens
réunis dans les musées de Nuremberg et de Munich a levé tous ses
doutes. Il faut donc admettre l'existence d'une école de tapisserie alle-
mande.

Les plus anciennes tapisseries conservées en Allemagne sont probable-
ment celles du dôme de Halberstadt. Cette suite est suspendue au-dessus
des stalles du chœur. Kugler fait remonter ces tapisseries à la fin du
xiie siècle. Les tapisseries allemandes sont inférieures à celles des autres
centres de production. Elles dénotent chez leurs auteurs une très défec-
tueuse entente de l'ornementation.

Vases étrusques.

L'art étrusque a pris naissance et s'est développé dans l'Etrurie
ancienne, qui occupait l'emplacement du grand-duché de Toscane et une
partie des États de l'Église. Les habitants primitifs de PÉtrurie sont dési-
gnés sous le nom de Tyrrhéniens et paraissent se rattacher à la race des
Pélasges. Une tradition, rapportée par Hérodote, les faisait venir de Lydie.

Au xie siècle avant J. C, les Rasènes, sortis, croit-on, de la Rhétie, c'est-à-
dire du pied du Saint-Gothard, les subjuguèrent, et du mélange des deux
peuples avec les aborigènes se formèrent les Tusques ou Étrusques.

Ce qui distingue l'art étrusque, dit M. Bosc, c'est la simplicité de ses
ornements et de ses procédés décoratifs. Les Étrusques affectionnaient par-
dessus tout les palmettes, les oves, les entrelacs, les rinceaux de feuilles
courants sur des fonds unis. Dans cette décoration toujours composée des
mêmes éléments, les Etrusques avaient su créer une grande variété.
Suivant les objets qu'ils décoraient, le fond était tantôt obscur, et alors
l'ornement se détachait en clair; dans d'autres objets, au contraire, les
ornements bruns, jaunes ou noirs, se détachaient sur un fond rouge, jaune,
clair ou blanc.

Il ne s'agit pour nous aujourd'hui que des poteries étrusques de terre
noire.

Cette poterie, que tout le monde connaît actuellement, était tout à fait
ignorée des savants du xvne et du xvme siècle. Ce fut Dorow qui la signala
en 1827. Elle est, dit M. François Lenormant, d'un noir intense et franc,
colorée dans la masse de la pâte, qui est friable, manquant de consistance
et singulièrement facile à rayer. C'est une poterie mate, sans aucune

Les Jeux de s0ciété.
Tapisserie du Musée germanique de Nuremberg.

couverte. Le lustre brillant de la surface extérieure a été produit par un
vigoureux polissage exécuté après le séchage de la pièce avant qu'elle fût
mise au four. Elle donne à la distillation une quantité considérable d'eau
dont elle s'est imprégnée pendant son séjour prolongé dans le sol, car elle
est, de sa nature, éminemment absorbante. L'analyse de la pâte fournit
une moyenne de 63 parties de silice, 14 1/2 d'alumine, 8 d'oxyde de fer,
4 de chaux, 3 1/2 de magnésie et de 3 à 4 de charbon. Elle a donc été faite
avec une argile marneuse et magnésienne et c'est au charbon qu'elle doit
sa coloration noire. Lorsqu'on met un fragment dans le four à potier, le
charbon se volatilise par combustion et la poterie devient rouge comme
la terre cuite ordinaire.

Nombre de savants ont cru que les céramiques étrusques de terre
noire n'étaient pas cuites mais simplement séchées au soleil, ce qui les
aurait rendues tout à fait impropres à servir de vaisselle d'usage et à
contenir des liquides. Ils ont supposé qu'on mêlait à l'argile du charbon ou
du bitume en la pétrissant. Ceci est une pure, erreur. La poterie noire n'a
subi qu'une cuisson imparfaite, mais elle est cuite; elle a incontestablement
passé par le four. Sa capacité à servir comme vaisselle d'usage est plus
grande qu'on ne s'imagine généralement. M. Lenormant a pu faire à cet
égard des expériences décisives. Il a conservé de l'eau et d'autres liquides
dans des vases de cette espèce, et ce n'est qu'au bout de douze heures qu'il

s'est établi un suintement au travers des parois. Il a fait chauffer de l'eau
jusqu'à ébullition dans une olla de terre noire provenant de Chiusi, sans
qu'elle en souffrît.

Le territoire dans lequel on rencontre des terres noires étrusques est
très restreint. Ces terres, au sud, ne franchissent pas le Tibre : au nord, elles
ne dépassent pas Sienne. C'est entre ces deux limites que l'on trouve les
vases de bucchero nero, à Cervetri, Corneto, Orte, Viterbe, Vulci, Palo
(l'antique Alsium), Magliano, Orbitello, Orvieto, Arezzo, Volterra et Cortone.
Dans quelques-unes de ces localités, les découvertes sont assez abon-
dantes pour que l'on soit induit à y placer des centres de fabrication. Mais
la patrie par excellence des terres noires, le point où on en trouve le plus
et où la production a été tout spécialement développée dans les siècles
antiques, est Chiusi avec les localités immédiatement voisines, comme
Sarteano, Castiglioncei del Trinoro, Chianciano, Cesona. C'est de là que
ces produits céramiques étaient portés dans la cité des Volsiniens, établis,
au temps de l'indépendance étrusque, non à Bolsena, mais sur la hauteur
abrupte d'Orvieto (Urbs velus). Car il n'y a aucune différence appréciable
de fabrication entre les buccheri neri que l'on découvre à Chiusi et à
Orvieto; ils sont sortis des mêmes fourneaux.

Rien ne permet de supposer que cette poterie, extrêmement friable de
sa nature, et par conséquent fort peu susceptible de résister aux chances
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