L' art ornemental: revue hebdomadaire illustrée — 3.1885

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L'ART ORNEMENTAL.

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filles, Spinetta et Lucrezia, furent mises au couvent. Les deux sœurs Buti
prirent le voile sans enthousiasme, forcées de le faire par la volonté de leur
frère aîné.

Fra Filippo, qui était chapelain de Sainte-Marguerite, avait naturelle-
ment ses grandes .entrées au couvent et rien ne lui était plus facile que de
causer familièrement avec les religieuses. Il tomba éperdûment amoureux
de Lucrezia Buti, et voici comment il s'y prit pour entrer avec elle en rela-

tions plus intimes qu'avec ses compagnes. Le couvent de Sainte-Marguerite
avait alors pour abbesse sœur Bartolommea de Bovacchiesi, d'une noble et
ancienne famille de Prato. Elle commanda à Fra Filippo un tableau pour
le maître-autel. Lorsqu'il ne resta plus que la figure de la Vierge à peindre,
celui-ci pria l'abbesse de l'autoriser à prendre Lucrezia pour modèle. Il se
ménagea ainsi de fréquentes entrevues avec la jeune religieuse et, dans ces
doux moments de tête-à-tête, il parvint à lui faire partager son amour, si

La Vierge et l'(Enfant Jésus.
Bas-relief en marbre de Donatello.

bien qu'il n'eut pas grand'peine à la déterminer à le suivre. Les fêtes de la
Sacra Cintola, que l'on célébrait tous les ans à Prato avec une grande
solennité, offraient une occasion favorable. Les religieuses de Sainte-Margue-
rite allaient voir, ce jour-là, l'exposition de la sainte relique. Il y avait foule.
Fra Filippo, profitant de la confusion, détourna Lucrèce du groupe des
autres religieuses et la conduisit dans sa maison où devait naître plus tard
Filippino, non moins célèbre que son père. Le scandale fut grand et, deux
ans après, cédant soit aux remords, soit à la contrainte de l'évêque,

Lucrezia réintégra le couvent et fit amende honorable le cierge en main.
Mais sa réclusion lui sembla bientôt intolérable et, de nouveau, elle fran-
chit le seuil de la maison de son amant.

Ayant ainsi retrouvé sa bien-aimée, Fra Filippo, pour n'avoir point la
douleur de la voir enlever encore, demanda à Cosme de Médicis, son grand
ami, de défendre sa cause auprès du pape Pie II. Cédant à la chaleureuse
recommandation de Cosme, ce pontife, grand protecteur des hommes de
talent, consentit à accorder à Filippo la permission de conserver Lucrezia
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