L' art pour tous: encyclopédie de l'art industriel et décoratif — 44.1905

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L'ART POVR TOVS

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« M. de Courcy nous a communiqué le dessin d'une autre
cloche que possède l'église de Goulven, près de Pontcroix.
Elle porte le nom de saint Goulven, évêque de Léon, au
Xe siècle ; mais elle peut être plus ancienne. Elle consiste
en deux plaques de métal repliées et maintenues par des
rivets, comme les cloches d'Ecosse ; l'anse est façonnée en
torsade. »

Bien intéressante est la cloche de sainte Godeberte, que
l'on conserve à Noyon, en Picardie (ci-dessous et K) ; elle
est en feuilles de forte tôle battue et jointes par des clous ;
comme toujours, elle était revêtue de bronze, dont on voit
encore quelques fragments. Sainte Godeberte avait toujours
cette cloche avec elle et s'en servait pour convoquer ses
religieuses à la prière. Ne nous étonnons pas de trouver
ici une cloche de forme et de fabrication celtique, car ce
monastère était gouverné par la règle de saint Colomban.

On trouve enfin au musée de Cologne une cloche qui
provient de l'église Sainte-Cécile et qui, sinon par la dimen-
sion, du moins par son genre de fabrication, appartient à la
catégorie des cloches celtiques. Elle est formée de trois
lames de fer battu, jointes par des rivets ; elle a 0m41 de
hauteur sur 0m33 et 0m36 de largeur et on peut, semble-t-il,

l'attribuer au VIIe ou au

VIIIe siècle. Dans le trésor
de Saint-Gall on conserve
une cloche de grande di-
mension et il est curieux
de retrouver ici le nom et
le souvenir d'un mission-
naire irlandais attachés à
une cloche celtique, nou-
vel argument de l'in-

Noyon, VIII- siècle. fluence qu'eurent, sur l'art

allémanique, les apôtres
de saint Colomban. A Saint-Michel de Pavie il y a une
clochette de bronze qui provient de Santa-Maria Capella,
où elle était conservée depuis le XVe siècle et, plus ancien-
nement, de San-Martino, église des environs.

Certes, au point de vue de l'art décoratif pur, les monu-
ments que nous venons d'énumérer et dont nous sommes
loin d'avoir cité tous les analogues, ne sont pas des plus
importants, mais on y discerne parfois déjà un besoin de
décor et, au point de vue des formes, de leur transmission
à travers les âges, ils offrent une valeur exceptionnelle.

(A suivre).

% & & &

LES MVSÉES, LES LIVRES
LES EXPOSITIONS * * * * *

PUBLICATIONS ARTISTIQUES :

II sera rendit compte de toute publication dont deux exemplaires auront été
déposés à la rédaction de IJART FOVR TOVS, rue Saint-Benoît, Paris.

de dictionnaires, notules de catalogues, brèves biographies — se co-
piaient les uns les autres sans ajouter grand'chose aux renseignements
donnés par les contemporains du maître. Seul, feu Henri Bordier
avait apporté quelques faits inédits, des dates et des documents, tout
en s'occupant davantage de son ancêtre, Jacques Bordier, l'associé de
Petitot. Il a fallu attendre jusqu'au début de cette année-ci pour avoir
enfin un ouvrage plus complet sur le grand artiste, et il a été publié
à Genève, sa patrie, par M. Ernest Strœhlin, sous le titre de : JEAN
PETITOT ET JACQUES BORDIER, DEUX ARTISTES HUGUE-
NOTS DU XVII- SIÈCLE (in-8, H. Kûndig, éditeur). L'auteur était
bien placé pour mener à chef cette publication. Gendre d'Henri Bor-
dier, héritier d'une notable partie de ses collections et, notamment,
d'une remarquable série d'œuvres originales de Petitot, possesseur
d'une riche bibliothèque protestante et de documents précieux,
M. Strœhlin se trouvait, on le voit, très préparé à sa tâche.

Le préjugé que l'on a longtemps nourri et d'après lequel le protes-
tantisme aurait, par sa doctrine même, nui au développement de l'art,
se dissipe peu à peu à la lumière des faits : quelques-uns des plus
grands artistes de la renaissance française ne furent-ils point héré-
tiques ? Ainsi Jean Goujon et Ligier Richier, les Du Cerceau et Salo-
mon de Erosses, ainsi Jean Cousin, Abraham Bosse et Etienne De-
laulne, Léonard Limousin et Bernard Palissy, ainsi le musicien
Goudimel et tant d'autres, sans parler des humanistes et des savants.
Et à Genève même, le collège édifié par Calvin était un charmant
édifice orné, dont les vestiges attestent éloquemment que les réfor-
mateurs furent des hommes de la renaissance qui n'en voulaient
aucunement à l'Art.

Les Petitot étaient originaires de la Bourgogne ; ainsi, de même que
la plupart des familles d'artistes qui illustrèrent Genève pendant les
XV II" et XVIIIe siècles, les Bordier, les Arlaud, les Huaut, les Thouron,
les Gardelle, vinrent-ils de France, chassés par les affaires de religion.
Mais plusieurs d'entre ces peintres revinrent à Paris et y firent bril-
lante carrière, car Genève ne leur offrait point un assez vaste champ
et l'esprit protestant s'y était altéré au contact d'un dogmatisme étroit
et sans vie. Le premier Petitot connu était médecin à Villers-le-Duc,
près de Dijon. Son fils, Faulle Petitot, sculpteur sur bois, dut se retirer
à Genève en 1597, et c'est là que Jean naquit en 1607, le 12 juillet.
Ses aptitudes précoces pour le dessin engagèrent son père à lui faire
faire un apprentissage d'orfèvre, métier des plus lucratifs alors. Sou
premier maître fut Pierre Bordier, chercheur laborieux et habile, qui
l'encouragea à abandonner le burin pour le pinceau ; et bientôt, le
maître et l'élève, lequel, à la vérité, n'était pas un élève ordinaire,
entreprirent probablement l'indispensable voyage d'Italie, qui fut
suivi, en tout cas, d'un tour de France au cours duquel ils recueillirent
précieusement à Limoges les traditions des grands émailleurs. Puis,
ils passèrent en Angleterre où, d'emblée presque, le roi Charles I"
leur fit excellent accueil. Petitot, en grand renom, exécuta portraits
sur portraits pour les grands du royaume, jusqu'au moment où la fin
tragique du roi mit un terme brusque à cette féconde activité. Petitot
retourna en France, tandis que P. Bordier restait en Angleterre, où il
fit seul quelques peintures.

A Paris, Petitot rencontra Jacques Bordier (né à Genève en 1616),
cousin de Pierre, avec lequel on l'a souvent confondu. Présentés à
Louis XIV, ils devinrent peintres du roi, furent logés au Louvre et
trente- cinq années durant, ils collaborèrent de la façon la plus intime
et la plus heureuse, Petitot, le plus habile, traitant les visages et les
chairs, Bordier les vêtements et les accessoires. Leur réputation fut
immense. Les personnages les plus célèbres voulurent avoir leur
portrait peint de leur main, et la liste de ces travaux, conservés encore
en grand nombre, est considérable. Le Louvre ne possède pas moins
de 53 émaux de Petitot, dont 9 ne lui sont qu'attribués. Il y en a 17
au musée Condé, à Chantilly, une soixantaine au musée Victoria et
Albert, à Londres, une vingtaine à Windsor, 7 au palais des Archives,
à La Haye (coll. de la reine Wilhelmine), 7 chez M. E. Strœhlin ; il
en existe bien davantage dans diverses collections particulières de
France et d'Angleterre.

Petitot, malgré la faveur dont il jouissait à la cour, subit, dans sa
vieillesse, quelque persécution pour cause de religion. Il rentra à
Genève en 1687, après 37 années de séjour heureux à Paris. Il mourut
à Vevey, en 1691.

L'ouvrage de M. Strœhlin, d'une lecture attachante et aisée, n'est
pas, croyons-nous, un ouvrage définitif sur le maître huguenot, et,
dans la pensée même de l'auteur, il ne doit pas avoir été envisagé
ainsi. Mais c'est une base indispensable et précieuse sur laquelle nous
engageons M. Strœhlin à édifier lui-même quelque construction plus
vaste, plus complète surtout au point de vue des catalogues que la
critique moderne exige — avec raison — plus précis et plus scienti-
fiquement rédigé que ceux qui ont été joints au volume (à titre de
premier inventaire, sans doute), et au point de vue de l'illustration,
dont les 21 planches laissent un peu à désirer.

*

— On a publié maintes notices sur Jean Petitot, le célèbre peintre
sur émail du XVII- siècle, mais, à la vérité, tous ces travaux — articles

LlIÎRAIRIES-I.\iPRIMERIES RÉUNIES, ÉDJTEURS, PaKIS. - Le GÉRANT : Cil. EgGIMANN.
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