L' art pour tous: encyclopédie de l'art industriel et décoratif — 44.1905

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L'ART POVR TOVS

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suspendues à une tringle. Ce genre de musique commençait
à se répandre, car une miniature de Saint-Biaise, de la
même époque, nous "montre de même cinq cloches touchées
par un religieux.

Les cloches à main, d'un usage fréquent pendant l'époque
romane, avaient un anneau dans le haut et se composaient
quelquefois de trois coupes en retraite l'une sur l'autre. On
en voit une image dans une miniature de la bibliothèque de
Bruxelles. Dans un autre manuscrit de la même biblio-
thèque, attribué au XIe siècle, un homme tient de la main
gauche la chaîne attachée au cou d'un animal, et, de la
droite, il agite violemment la cloche. Cette cloche est évasée,
elle est munie d'une poignée droite ; une autre est garnie
d'un anneau perlé. Au folio 124 du même manuscrit, une
cloche est représentée comme pendant à l'archivitrave, à
l'entrée du temple ; elle était mise en mouvement par une
corde au bout de laquelle pendait un anneau. Le manuscrit
est du XIe siècle, mais ce détail, tracé à l'encre bleue, diffé-
rente du reste, peut avoir été ajouté après coup.

La Belgique, du reste, possède mieux que des images.
M. Luesemans, gouverneur de la province de Liège, pos-
sède une clochette de bronze que Rohault de Fleury attri-
bue au XIe siècle ; elle a 0m13 de haut, elle est munie d'un
anneau tordu et sa panse est ornée d'animaux en léger
relief distribués deux par deux en huit compartiments (/?).
Les cloches de cette époque sont très rares ; en Allemagne,
on croit en conserver une au dôme de Mersbourg. Elle a
la panse très large, ornée d'une inscription et contractée à
la base. Quoiqu'il en soit, c'est un type qui remonte à une
haute antiquité.

Il est intéressant de rencontrer dans Rupert de Tuitz et
dans d'autres écrivains religieux les idées symboliques qui
s'attachaient aux cloches et que reproduit Rohault de Fleury.
Selon eux, les cloches rappellent les trompettes de Jéricho ;
elles résonnent le matin pour louer le Seigneur, et la nuit
pour proclamer la vérité de la parole. Elles sont comme
la voix éclatante du prédicateur qui prépare d'abord les
esprits pour les rendre attentifs ; la dureté du métal est la
force de son esprit, le marteau de fer sous lequel surgit le
son est la persévérance de son discours ; suivant le mot
de l'Écriture, sa conversation doit être dans les cieux ; il est
suspendu dans la tour de la force. Le joug de la cloche est
la croix qu'il doit porter, la corde qui descend au bas du
campanile est le lien de charité qui doit le relier à la terre
et aux plus infimes de ses frères. Pour lui aussi, le cam-
panile rappelle la tribune sublime du haut de laquelle il
doit sans cesse crier pour réveiller les hommes de leur
ivresse. La différence des tintements rappelle ou les gémis-
sements de la vie présente ou l'état de la vie future. Le
silence des cloches rappelle la trahison de Judas, l'agonie
du Sauveur, son abandon en croix.

*

Vers le XIIe siècle, les cloches commencent à offrir des
inscriptions plus fréquentes et plus importantes ; elles sont
aussi datées parfois. Didron publie une cloche de la

cathédrale de Sienne, qui porte le millésime de 1159 ; elle
est un peu contractée par en bas et munie dans le haut d'un
double anneau ; c'est dans cette partie supérieure qu'est
gravé le millésime, entre deux filets et au dessus d'une croix
pattée. Le son qu'elle rend est aigu.

Nous pouvons citer celles de Vérone, de 1149, dont deux
portent leur date et l'une le nom du fondeur Gislimer ; une
troisième, de forme hexagonale, se rattache un peu au type
antique de nos figures M et 0. Morrona parle d'une cloche
qui se trouvait autrefois dans la vieille église San-Giovanni
in Spazzavento, à Pise, sur laquelle on lisait, dans le haut,
une invocation à saint Jean et, dans le bas, le nom du fon-
deur Angel Rossi, avec le millésime 1173. Entre ces deux
frises, on voyait le Sauveur en croix, figure d'un dessin
assez satisfaisant. Ce nom de fondeur est intéressant à
retenir, c'est l'un des plus anciens noms de saintier, après
celui de Gislimer que nous venons d'indiquer, que l'on
puisse citer d'après des monuments certains, autres que les
documents littéraires ou historiques. La « Rouvelle » du
beffroi de Rouen date du XIIe siècle. Un son particulier
faisait penser que l'argent dominait dans sa fonte ; en 1830,
on en fit une analyse qui prouva le contraire.

Les cloches commençaient à devenir beaucoup plus éva-
sées, témoin celle de Diemeringen, qui fut malheureusement
fondue en 1852 et dont les caractères de l'inscription attes-
taient la fin du XIIe ou le commencement du XIIIe siècle.
Elle avait dans le haut un genre de suspension qui se rap-
proche du système moderne ; son diamètre à la base était
de 0m70. Dans l'église d'Idensen (Saxe) il existe une cloche
d'une forme peu évasée et qui paraît du XIIe siècle ; elle
porte, dans le haut, une croix dont les branches s'ouvrent
en volutes.

Nous avons déjà vu, aux époques romaine et romane,
plusieurs clochettes à main ; le XII0 siècle nous en fournit
une d'une grande élégance, que tout le monde connaît par
les nombreux moulages ou gravures dont elle a été l'objet,
et qui fut trouvée à Reims ; elle est ajourée et porte sur sa
panse les attributs des évangélistes avec leurs noms inscrits ;
au dessus, une nouvelle zone de feuillage. Ces cloches ser-
vaient pour accompagner le saint viatique, pour honorer
dans les processions les reliques des saints, mais Rohault
de Fleury ne pense pas qu'avant les temps modernes,
l'usage les ait consacrées à la messe. On peut voir, en effet,
sur le rouleau de Bertrand de Baux, de 1181, qu'il y a à
l'entrée de l'église deux petites cloches manœuvrées par
une corde et qui semblent signaler les diverses phases de
l'office. Les miniatures postérieures nous montreront pen-
dant la messe des cloches suspendues et gouvernées par
des cordes. On attribue la première institution du tintement
à l'élévation au cardinal Guido, légat en Allemagne et à
l'année 1194. La sonnerie au sanclus est encore plus tar-
dive, et celle qui précède le paler n'est pas antérieure au
XVIe siècle. Hildebert, évêque du Mans (1097-1125), fut un
des premiers à signaler l'élévation par la clochette. Guil-
laume, évêque de Paris, en 1179, ou selon d'autres en 1202
ou 1203, a érigé cette coutume en constitution et Grégoire IX
(1227-1241) la confirma.
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