L' art pour tous: encyclopédie de l'art industriel et décoratif — 44.1905

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L'ART POVR TOVS

NOVVELLE SÉRIE, 1905
(XLIVme année). N° 9.

PETIT POPJEEEVILLE DE « L'ART POVR TOYS »
L'ART DÉCORATIF A TRAVERS LES AGES

III. LES CROSSES ÉPISCOPALES1

V—VIP SIÈCLES, CROSSES CELTIQUES. — Nous
avons dit que les crosses primitives avaient été des bâtons
de voyageur ou de pasteur ; les crosses celtiques par leur
forme, par leur matière qui est de bois, par les souvenirs
qui s'y rattachent, semblent appartenir encore à ces ori-
gines ; elles forment, dans l'histoire que nous étudions, un
chapitre d'autant plus intéressant que la vénération des
fidèles nous en a conservé un grand nombre.

On raconte que saint Patrice (693), allant au Ve siècle
évangéliser l'Irlande, avait à la main le bâton pastoral qu'on
appelait bacal Josa « bâton de Jésus » et qu'un ange lui
aurait apporté du ciel pendant qu'il causait avec saint
Mochua. Ce bâton portait une pointe aiguë. Un jour que le
roi de Cassel, dans son pieux empressement, s'avançait pour
recevoir la bénédiction du saint, celui-ci, par mégarde, le
blessa au pied. Patrice s'en apercevant et voyant le sang
couler, fit le signe de la croix sur la blessure et la guérit. Ce
bâton, du temps de saint Malachie, avait déjà été revêtu
d'or et de pierres précieuses.

A l'Exposition universelle de 1867 figurait la crosse de
saint Mêle, un des compagnons de saint Patrice. Elle est en
bois d'if recouvert de bronze ciselé, incrusté de corail et de
verre, très basse, avec trois nœuds ovoïdes à la hampe. La
volute représente à peu près le buste d'un cheval ou d'un
serpent au col échiqueté, sans trace de crinière ; la face de
la tête, coupée carrément, est ornée d'une figure de saint en
relief.

Le musée de Dublin contient une collection remarquable
de crosses. Une des plus anciennes est celle de sainte
Dympna, qui remonte au V° siècle ; elle n'est pas complète
et n'a plus sa pointe. Sous l'étui de métal, dont la piété des
fidèles l'a recouverte à une certaine époque, il semble qu'on

1 Suite. Voyez p. 31 et les figures ci-jointes.

La vignette qui orne l'en-téte de cette page reproduit une frise en
bois sculpté, découpé et ajouré, analogue à celle que nous avons
publiée p. 25 et de même provenance ; longueur totale lm10. Deuxième
quart du XVIe siècle.

retrouve sa forme et la courbure peu prononcée qui la ter-
mine par le haut. L'étui qui l'enferme est rivé et orné de
trois nœuds, le premier avec ornementation de triangles
encadrant des entrelacs, le second de croix circonscrivant
des entrelacs, le troisième d'une double bague d'entrelacs.

Nous trouvons aussi, dans ce riche musée, la crosse de
saint Barry, haute de 0m71, plus recoiirbée que la première,
et garnie dans le bas d'une pointe. L'étui, de métal fort
simple, est orné seulement de trois nœuds sans ciselures.
On remarquera que la volute, et cette particularité est sou-
vent distinctive des crosses celtiques, est aplatie en avant
comme pour former une tête dont la courbure serait le cou.
Cela ne paraît pas une fantaisie des ouvriers qui façonnèrent
les étuis dans la suite, mais une forme attribuée primitive-
ment à la crosse. Nous aurons plus tard à considérer le
symbolisme du serpent à propos des images introduites par
le moyen âge dans les volutes ; ne pourrions-nous saisir
déjà cette pensée, sous la grossièreté extérieure qu'elle revêt
encore, et ne devons-nous pas croire que les fabricants des
reliquaires, en rendant ces têtes plus reconnaissables, n'ont
été que les fidèles interprètes de leurs devanciers ?

La crosse de saint Blathman (VIe siècle) a ce crochet
simulant la tête encore plus accusé ; cette volute, d'une
ornementation grossière, est ornée d'une résille en incrusta-
tion, avec de petites pierres entre les mailles pour marquer
les intersections. Une crosse richement enchâssée provient
du collège de Clongours (comté de Kildare). Son ornemen-
tation est curieuse et peut être interprêtée symboliquement ;
le bec est retourné tout à fait à angle droit et la crête,
composée d'une suite de douze colombes, forme, pour ainsi
dire, le corps d'un dauphin, dont on aperçoit la tête dans le
bas. Excepté la première qui se détourne en avant, toutes
regardent vers le dauphin ; ne faut-il pas voir ici, dans le
dauphin, l'image du Christ, et, dans les colombes, le col-
lège apostolique dont un des membres fut infidèle ? Les
nœuds sont ornés de bagues d'entrelacs, qui ne manquent
pas de finesse (^1).

On conserve, toujours au musée de Dublin, une crosse
très longue qui n'a pas moins de 1Œ20, et à laquelle est
rattaché le nom de saint Columban. Elle provient de l'an-
cienne abbaye de Durrow, comté de Meath ; elle est fort
simple ; la partie supérieure est seule ornée, la volute
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