L' art pour tous: encyclopédie de l'art industriel et décoratif — 44.1905

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L'ART POVR TOVS

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qui foule aux pieds un démon au milieu des flammes. Au-
dessous, le nœud est coupé en deux parties par une bague
perlée, et partagé en triangles remplis de divers animaux.
La douille est enrichie d'un joli bas-relief figurant l'entrée
triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem ; parmi les apôtres
qui le suivent, on reconnaît saint Pierre à l'attribut des
clés.

Les crosses et les taux ne doivent pas être confondus
avec un autre bâton liturgique qui servait dans le chœur au
chantre. Cet office de chantre et de sous-chantre est très
ancien dans l'Église ; il en est question dans le commentaire
de saint Augustin sur le psaume 87 ; Isidore de Séville
répète à peu près ce qu'en dit saint Augustin.

Le bâton cantoral a été fait tantôt en baleine, tantôt en
bois précieux, et même en bois ordinaire peint ou doré,
tantôt en ivoire, mais le plus souvent en cuivre argenté ou
en vermeil. La ville de Cologne possède deux bâtons de
grands chantres, dont l'un se conserve à la cathédrale ; une
inscription sur la hampe indique sa destination. Il est ter-
miné, dans sa partie supérieure, par une plate-forme avec
l'adoration des mages. Le bâton peut être du XIIe siècle,
mais le groupe des mages n'est que du XIVe. Le second
bâton, possédé par une autre église de Cologne, se termine
en faucille. Lorsqu'ils étaient nobles, les grands chantres
avaient le droit de faire figurer le bâton derrière leur écu,
Les sceaux nous ont conservé beaucoup d'effigies de grands
chantres, et semblent prouver l'importance de la fonction.

Il y avait autrefois (1758), à Metz, un bâton garni de
feuilles d'or dont se servait le grand chantre dans le chœur,
quand il entonnait le te Deum aux grandes solennités, en
l'absence de l'évêque. On l'a indiqué à dom Calmet, sous le
nom légendaire de « bourdon de Notre-Dame. » Dans l'in-
ventaire de Paris, de 1343, on voit mentionné un bâton de
chantre avec un manche émaillé et un camée sur le pom-
meau. Un couronnement de bâton de chapitre, du XIVe ou
XVe siècle, nous a été communiqué par M. Augier ; il se
compose d'une croix à branches fleurdelysées, le long de
laquelle montent des lions.

XIIIe SIÈCLE. — Il semble qu'au XIIIe siècle, la volute
des crosses en Italie ait été fort cambrée en arrière ; nous le
voyons sur le petit bas-relief de Sainte-Marie de Beltrade,
à Milan, sur la mosaïque de la façade de Saint-Marc de
Venise, et dans la bibliothèque de cette ville, sur une crosse
d'ivoire qui porte la date de 1284. On vénère à Pise, dans
l'église San-Francesco, la crosse de saint Bonaventure ; elle
est fort simple, en bois, et porte au-dessus du nœud un petit
tabernacle à frontons aigus duquel surgit la volute ornée
d'une crête de fleurons. Elle est partagée en plusieurs mor-
ceaux, lesquels réunis égalent une hauteur de l'"90.

Au XIIIe siècle, l'ivoire disparaît de plus en plus de la
fabrication des crosses ; il est remplacé par le travail de
Limoges, qui fut très fécond pour cet objet d'orfèvrerie. A
juger par la quantité de crosses émaillées qui restent, non
seulement en France, mais dans toute l'Europe, on peut
concevoir celle énorme qui sortit des ateliers des émailleurs.
Leur nomenclature seule formerait un travail considérable,

nous noits bornerons donc à citer quelques spécimens pour
montrer leur façon et leur variété.

Généralement, ces crosses ont une volute lisse, mais ornée
d'émaux incrustés entre les mailles d'une résille qui se ter-
mine au feuillage final ; cette volute a une crête déchiquetée
par de petits fleurons ; un nœud orné de lézards en relief et
une douille qu'accompagnent des lézards qui descendent au
milieu de rinceaux émaillés et qui recourbent leur queue
sous le nœud. Cette forme est à peu près constante ; les
différences se manifestent surtout dans le sujet qui orne
l'intérieur de la volute et qui variait selon les commandes,
selon les patrons des villes et la dévotion des évêques.

On a trouvé à Angoulème, dans les fouilles de Beaulieu
(Charente), une crosse de ce genre ; on y voit, au milieu de
la volute, une madone assise, coiffée d'une couronne murale,
tenant l'enfant Jésus auquel elle présente une pomme. Une
crosse semblable est conservée à Auriac, qui provient de
l'abbaye de La Valette. Au Louvre, une crosse émaillée
porte aussi une madone dans sa volute.

L'annonciation est représentée dans deux crosses du
Louvre, dans une du musée de Cluny, dans une au musée
chrétien du Vatican, dans une du musée archéologique de
Lyon, dans une de la cathédrale de Bamberg, dans la collec-
tion Strogonoff. Toute la vie de la sainte Vierge semble
tracée dans les volutes des crosses limousines ; après l'an-
nonciation, nous voyons la Visitation sur un fragment au
musée de Cluny. Au cabinet des médailles de France, une
crosse figure la présentation ; l'autel, couvert d'une nappe
blanche avec plis dessinés par des traits d'or, sépare la
sainte Vierge de Siméon.

Un des sujets le plus choisis a été certainement saint
Michel combattant le dragon ; à l'époque romane, il paraît
sous d'autres traits, qui étaient l'agneau et le serpent. C'est
la même pensée différemment exprimée, la lutte du bien et
du mal, du ciel et de l'enfer, de l'archange et de Satan. La
crosse, pour les artistes du XIIIe siècle, était pour ainsi dire
la lance de saint Michel, ce qui fait que sous les porches
des cathédrales nous voyons les évêques en enfoncer la
pointe dans la gueule du démon qu'ils foulent aux pieds. Ce
sujet se conserve encore sur un certain nombre de crosses
limousines. Le musée de Cluny possède une crosse avec
saint Michel, qui fut trouvée à Luçon, dans des fouilles
faites au cloître de la cathédrale. L'archange tient un bou-
clier du bras gauche et, de la droite, il enfonce sa lance
dans le cou du serpent sur lequel il marche, ce qui forme la
volute (hauteur 0"'33). Une des plus remarquables de ce
genre est celle de Tolède, qui sort de la fabrication com-
mune. Saint Michel combat de près le serpent et lui plonge
son épée dans la gorge. Le col de la volute est orné de la
résille émaillée, le nœud de quatre animaux fantastiques qui
se suivent, sous lesquels, le long de la douille, quatre figu-
rines de saints forment cariatides, ce qu'on ne rencontre pas
ailleurs. (A suivre.)

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