Grand-Carteret, John  
Les moeurs et la caricature en Allemagne - en Autriche - en Suisse: ouvrage illustré — Paris, 1885

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LA CARICATURÉ ALLEMANDE

longues années l'Italie, obtient un succès en gravant vers 1750 le recueil de
caricatures du chevalier Ghezzi. Quant à la production locale elle se
réduit à quelques estampes sur Frédéric Guillaume I, ses ours, et le
fameux collège du tabac.

Mais bientôt, l'Allemagne se réveille de sa longue torpeur. L'Angleterre
qui a donné, au XVIIe Siècle, le signal de la révolte des esprits, lui commu-
nique un nouvel élan. Sterne dont la bizarrerie va jusqu'à rechercher la
difformité volontaire, insurge les âmes au delà du Rhin. Laissant les
classiques discuter en vers cahotiques les réformes sociales, tout un groupe
d'irréguliers prenant pour règle le caprice et la fantaisie, entreprend la satire
des choses humaines. C'est d'abord Nicolaï (1733-1810) le célèbre éditeur
de Berlin, Musseus (1735-1787), puis Hippel (1741-1796), Lichtenberg
(1742-1799) Jean Paul Richter (1763-1825), tous également ennemis de
la grande poésie épique et du christianisme piétiste.

Poursuivant son œuvre, l'influence anglaise se fait sentir dans la
satire illustrée comme dans la satire écrite. Les caricatures de Hogarth
se répandent en Allemagne où, bien plus qu'en France, elles trouvent des
esprits préparés à les comprendre. Cela se conçoit: le rire saxon et le rire
germanique sont de même essence. Cependant, fait assez singulier, tan-
dis que, dès 1746, le peintre Roucquet publie une explication française des
principales planches de Hogarth, il faut attendre jusqu'en 1794 pour voir
Lichtenberg, le plus fervent admirateur de l'humoriste anglais qui ait
jamais existé, publier une suite complète de commentaires où le style
cherche à lutter de couleur et de verve avec le crayon du dessina-
teur. Comparaison, pour le moins amusante, que cette traduction par le
style mise en présence de la traduction par le burin.

Quoique l'influence anglaise se soit manifestée bien avant, il serait
cependant fort difficile de lui assigner une date exacte. En effet, en 1735,
Hogarth grave les huit pièces de sa Vie d'un Libertin: vingt ans plus
tard, soit en 1773, Chodowiecki exécute une série d'estampes sur le même
sujet. Le thème est identique, mais l'exécution est différente à tous les
points de vue. Cela n'empêche pas le recueil, les Nouvelles de la République
des Lettres et des Arts, de reprocher à l'artiste berlinois, dans une notice sur
ses œuvres, d'avoir copié Hogarth. Bientôt, cette appréciation personnelle
d'un critique plus ou moins observateur se propage: pour beaucoup,
Chodowiecki devient un sous-Hogarth, si bien qu'il finit par prendre la
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