Alembert, Jean Le Rond ; Keith, George
Eloge De Milord Marechal — Berlin, 1779 [VD18 90543998]

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ConvencT. , Sire , que si les Généraux Autricliiens nouî
iaissent tranquiilei dani le Camp que nous occupons, ilt
sncritent d'être pendus. Le Roi sourit , & ne s’atten-
doit pas , non plus que son digne Gén<iralj au nial-
beur qu’il alloit avoir de le perdre.

Mais ce qui fait le plus grand honneiîr au rourage
& au coup d’ceil de ce Monarque j c’est qu’une
heure après la perte de la bataille, une personne
.qu’il honoroit de sa confiance lui ayant demandé,
si l’avantage que venoient d’obtenir ses ennemis
auroit pour lui ,des suites plus fâcheuses; Jenepuis
vout le dire ■> répondit-il ■ que dans vingt-quatre heu-
res. II s’expli.qua plus clairement le lendem.iin. Ler
Autriçhiens , dit-il à la même personne, nont par
Ju tirer parti de leur Juer.ès : nous resierons ici 43 nous
serons lever le siege de Neijs j ce qui arriva.

Ajoutons , pour terminer ce récit intèressanf i
que Ie jour ou Fréderic essuya cet èchec, si peu
mèritè & si bieri rèpai'è , il eut encore la douleur
de perdre sa sœur la pîus chèrie , la Margravc de
Eareith, qu’iî aimoit uniquement , & dont il ètoit
tendreinent aimè. L’auteur de cet Eloge a entendu
dire k ce Prince , que ce mqmenr avoit ètè le plus
affreux de sa vie , & qu’il ne savoit pas comment
il av.oit eu la force de réfister aux deux coups fî
cruels dont le sort l’accabloit à la fois. Peut - être
( & c’est un paradoxe que nous soumettons au juge-
ment des Phüosophes) , peut-être les ames adtives
& ardentes sont-elles moins à plaindre d’èprouyer
àlafois deux grands ntalheurs, quede n’en essuyer
qu’un seul. Agitèes iucceftîvement oc viqlemment
en sens cqntraires par le double objet de leur dou-
ïeur , <Sr forcèes à chaque instant de s’arrarher à
l’unpour se prècipiter vers l’autre , cette agitation
•méme rend leur situation moins horrible , èn leur
^pargnant !e suppl'ce invariable & sans relâche d’un
cœur fixèment nttachè au se.ul objet qui le dèchire ÿ
à-peu-près comme nn malade qui souffre cn plusieurs
pai'ties de son coi'ps » le soulage en changeant de
ÿlace £lans ie 0[t il est ètendu , & se trouvç

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