Alembert, Jean Le Rond ; Keith, George
Eloge De Milord Marechal — Berlin, 1779 [VD18 90543998]

Seite: 62
DOI Seite: Zitierlink: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/alembert1779/0066
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
X 62 X

ïlhistre dcrlvain avoit mis un pett de malice- Ses
Tragédies étoient celles de toutes ses produdlions
qu’ii aimoit le moins ; non qu’il les crût inférieu-
res à ses autres Ecrits , ou même aux pieces de
Corneille & de Racine ; qu’il ne lisoit pas davan-
tage : mais ce genre d’ouvrage avoit peu d’attraits
pour Iui , jtarce qu’ii le trouvoit t disoit-il, trep Jloi-
gnc de la Nature. On excusera sans doute sa manier»
cie penfer sur ce sujet, quand onse souviendra que
des écrivains celebres » Fontenelle , la Motte &
plusieurs autres, avoient hautement soutenu l’hé-
réste littéraire que Milord Maréchal se contentoit
d’énoucer modeltenient & sans bruit. Osons encore
avouer ( car enfin nous ne pre'tendons pas ie donner
comrae un modèle de gostt ) qu’en général il aimoit
peu les vers, en quelque langue que ce fût, &qu’il
en lisoit rarement ; ntais il s’en souvenoit avec plai-
sir quand il les avoit trouvés dignes d’être retenus i
& souvent même il en faisoit les applications les
plus hettreuses.

(20) Feu d’années avant sa mort, Milord Maré-
chal avoit encore relu tous les bons Auteurs Latins.
Quand il lisoit tin ouvrage écrit dans une Langue
qui ne lui étoit pas très-familiere, il avoit toujours
le didtionnaire sous sa main , pour lever les ntoin-
rires doutes sur la signisication des mots ; car per-
sonne 11e se contentoit ntoins d’entendre à demi.
Par la mênte raison, il 11e lisoit jantais de Gazette
sans consulter lacarte, sur-tout lorsqu’il ètoitques-
tion de quelqu’opération militaire.

La ledture alfidue qtt’il faisoit des nouvelles pttbli-
qnes , ltti fournissoit presque toujours qttelque anec-
dote sur les homntes célebres qu’il avoit connus j
& lui donnoit qttelquefois occasion de montrer ,mais
ians affedlation & sans étalage , son savoir peu cotn-
mun dans l’Histoire ancienne & moderne.

Le tems qu’il ne donnoit pas à la ledlure , ott â Ia
conversation avec ses arnis, étoit destiné à visiter
dans son jardin ses fruits & ses le'gumes. II mettoit
tous ses soins à les avoir bons ; mais il ne vouloit
rien de prècoce. Nesorçani point la naturii disoit-
loading ...