L' art: revue hebdomadaire illustrée — 4.1878 (Teil 1)

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i72 L'ART.

l'occasion d'étudier, le plus remarquable, et de beaucoup, par la lumière qu'il jette sur son déve-
loppement, est celui qu'a prêté le duc de Devonshire (826), le grand carton composé pour une
des fresques de Sienne. Il ne s'agit pas cette fois d'un fragment, mais d'une esquisse complète de
la composition de la fresque représentant l'ambassade de Piccolomini auprès du pape Eugène IV.
Chacun sait que ces fresques, commandées au Pinturricchio, furent exécutées entre 15:02 et 1507.
Lorsqu'elles furent commencées, le Sanzio n'était donc qu'un jeune homme de vingt ans à peine,
et si l'on cherche une preuve de la prodigieuse précocité de son génie, on n'en trouvera nulle
part de plus éclatante que dans le carton appartenant au duc de Devonshire. Comparons le plan
du carton au plan de la fresque elle-même et nous constaterons que celui-ci n'a rien ajouté
d'essentiel à celui-là, et que le dessin de Raphaël est en vérité bien fait pour confirmer l'assertion
de Vasari, qui nous représente le jeune peintre d'Urbino comme ayant dessiné pour le Pinturicchio
la plupart de ses cartons sinon tous. MM. Crowe et Cavalcaselle, dans leur histoire de la
peinture en Italie, paraissent peu disposés à laisser à Raphaël une part aussi prépondérante dans
l'entreprise des fresques exécutées dans la bibliothèque du dôme de Sienne ; mais, lorsque leur
livre fut publié, ils n'avaient pas vu le carton du duc de Devonshire. Que ce carton soit de la
main du Sanzio, voilà qui ne fait pas l'ombre d'un doute, et nous tenons pour également certain
que c'est une composition originale et non pas une copie dessinée.

Un autre dessin de Raphaël, le n° 613, prêté par M. William Russell, et représentant une
procession pontificale, offre aussi quelques caractères particuliers. Au point de vue de la
composition il rappelle de très-près un dessin du Louvre, — le n° 326 du Catalogue des dessins
— et dans le catalogue de Windsor, préparé par M. Ruland, de Weimar, tous deux sont décrits
comme des études pour la fameuse fresque d'Héliodore, mais la description n'est pas d'une
exactitude parfaite, car le groupe des hallebardiers qui entourent le pape n'a pas la moindre
analogie avec le groupe de la fresque. Le titre adopté par M. Reiset, le Pape Jules II porté sur
la Sedia gestatoria, est bien mieux justifié, et il est évident que l'artiste a pris sur nature une
étude sans relation aucune avec n'importe quelle composition idéale.

Comparés l'un à l'autre, les deux dessins présentent certaines différences importantes qui
méritent d'être notées. Le dessin du Louvre laisse voir, derrière le groupe principal, un cardinal
monté sur une mule. Il n'y en a pas trace dans le dessin de M. William Russell, qui, en
revanche, se distingue par l'emploi des crayons de couleur, chose rare dans les esquisses de
Raphaël. Un autre exemple remarquable de l'emploi de ces crayons est la belle tête de Timoleo
délia Vite au British Muséum.

Pour dire tout l'intérêt de cette partie de la collection il nous faudrait plus de place que
nous n'en pouvons raisonnablement demander à l'Art. Déjà l'œuvre de Raphaël nous a retenu si
longtemps que nous ne pouvons plus accorder qu'une mention à toute une série de dessins par
Timoleo délia Vite, Polidoro Caldara, Jules Romain, Jean d'Udine et Perino del Vaga, où
l'influence du génie de Raphaël est très-apparente. D'autre part la source de ses inspirations est
visible dans les dessins du Pérugin et de Giovanni Santi, mais le maître l'emporte sur ses précur-
seurs et ses disciples, et sa personnalité nous charme ici par cette grâce exquise qui nous fait
oublier les défaillances de son énergie, là par un je ne sais quoi de simple dans l'interprétation
de la nature, par une souplesse et une élégance instinctives qui, en comparaison, font paraître
rigides et ascétiques les formes de ses devanciers, froides et conventionnelles celles de ses
successeurs.

Si peu tenté que l'on soit de rendre hommage au peintre, et quelque éloignement qu'on
éprouve pour les artifices qui dissimulent parfois les lacunes de son invention, on ne peut que
subir le charme subtil de ses dessins, et l'on reconnaît bon gré mal gré la suprématie d un génie
qui, n'ayant ni la passion de Michel-Ange, ni la puissance de fascination intellectuelle de Léonard

1. « Le pape Jules IIporté sur la Sedia gestatoria. Il est précédé de la croix, accompagné de hallebardiers et suivi d'un cardinal monté
sur une mule. Le cortège se dirige vers la droite. A la plume. Hauteur, o'",420 ; largeur, o",28S. Ce dessin a appartenu à M. de Saint-Morys,
qui l'a gravé en fac-similé. M. Dien l'a également gravé. (Chai. Imp.). Exposé salle des Boites. » Notice des dessins, etc. Première partie,
page IC7.
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