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L'ART.
à laquelle aucune autre n'est comparable. Les types khmers of-
frent évidemment des formes moins pures, des traits e'tranges,
tenant plutôt de ceux de la Chine que de ceux de l'Inde, dont
l'art devait subir nécessairement l'influence ; mais, une fois mises
à part la beauté de la race représentée, la difficulté et l'étrangeté
des emblèmes ou sujets propres au brahmanisme et auboudhisme,
si nous entrons dans l'examen du talent déployé par le sculpteur
cambodgien, nous devons avouer qu'aucun temps ne montra
plus de science, plus de goût, plus de sentiment de la couleur.
Ici nous ne nous sommes pas choqués par la raideur de la sculp-
ture égyptienne, la lourdeur de l'ancien empire ou le fluet de la
seconde période. Rien non plus de l'exagération avec laquelle
les sculpteurs assyriens ont rendu et compté les muscles des fi-
gures, ou les mouvements des personnes. Ce n'est pas la mol-
lesse de la décadence grecque, ni la lourdeur décorative des
Romains. Nous le répétons, dans le rendu ou le technique de la
sculpture, surtout dans les bas-reliefs, les artistes khmers n'ont
de maîtres à reconnaître qu'aux temps et dans les pays qui ont
vu naître Phidias et Donatello.
C'est surtout dans la transition qu'il présente entre la ri-
chesse lourde ou surchargée des sculptures des anciennes pagodes
indiennes et le goût pour l'étrange ou le caprice de celles de la
Chine1, que l'art khmer doit être pour nous d'un grand intérêt.
Resserrée entre ces deux grandes nations, la civilisation khmer
s'est fortement imprégnée des qualités artistiques propres à ces
deux grands pays, mais elle ne se les est pas assimilées telles
quelles. Avec un goût assez particulier, elle a combiné des élé-
ments très-différents, leur a donné, surtout dans l'architecture,
des proportions raisonnées, une ordonnance grandiose sans exa-
gération, une silhouette calculée, auxquelles aucun de ces deux
Song Bentohp, Lion en grès.
Sculpture khmer rapportée par le lieutenant de vaisseau L. Delaporte.
Dessin de H. Toussaint.
pays n'est arrivé. Il semble même qu'on pourrait entrevoir
l'influence de l'art grec dans l'ordre des colonnes et le plan
des édifices, cette influence s'étant probablement faite par
l'intermédiaire des rois et de la civilisation grecque de la Bac-
triane. Quelques détails d'ornementation rappellent la décadence
romaine, quoique les principaux motifs soient similaires de ceux
de l'Inde centrale. Enfin, et cela probablement à cause de
l'éloignement du temps et des lieux, nous trouvons dans l'art
khmer peu de rapport appréciable avec la Perse et l'Egypte.
On peut le dire : la grande conception et l'idée générale de
la décoration sont choses propres, choses particulières au Cam-
bodge, et ne peuvent donner lieu à aucun parallèle avec les au-
tres arts du monde antique. Nulle part ailleurs on ne retrouve,
même en germe, ces temples à pyramides centrales décorés de
masques humains gigantesques. Nulle autre part on ne trouve
la trace de ces magnifiques balustrades bordant les grandes allées
aboutissant aux temples, de ces piliers élevés en terrassements
au-dessus des lacs naturels desquels ils émergeaient, si superbes
avec leurs pyramides dentelées, se découpant en or sur le ciel
bleu, n'étant accessibles, comme Venise, que par de longues jetées,
mais étant de plus embellis de milliers de statues, et coupés par
des portes triomphales, se surmontant et s'étageant l'une sur
l'autre, de manière à produire une perspective enchanteresse.
L'on peut voir au musée indien, à Londres, des spécimens
de la sculpture des bords du Gange. Ce sont des morceaux choi-
sis, d'un grand effet et d'une grande richesse décorative. Les
groupes de figures sont disposés dans des panneaux d'une heu-
reuse disposition architecturale. Mais, malgré ces qualités, les
bas-reliefs indiens montrent généralement une confusion de per-
sonnages et de plans, amenée par une égalité de saillies et de
trous, qui démontre une esthétique bien inférieure à celle du
Cambodge. Les bas-reliefs khmers sont très-souvent d'une lar-
1 Exemple le lion en grès dont nous publions ici un dessin.
L'ART.
à laquelle aucune autre n'est comparable. Les types khmers of-
frent évidemment des formes moins pures, des traits e'tranges,
tenant plutôt de ceux de la Chine que de ceux de l'Inde, dont
l'art devait subir nécessairement l'influence ; mais, une fois mises
à part la beauté de la race représentée, la difficulté et l'étrangeté
des emblèmes ou sujets propres au brahmanisme et auboudhisme,
si nous entrons dans l'examen du talent déployé par le sculpteur
cambodgien, nous devons avouer qu'aucun temps ne montra
plus de science, plus de goût, plus de sentiment de la couleur.
Ici nous ne nous sommes pas choqués par la raideur de la sculp-
ture égyptienne, la lourdeur de l'ancien empire ou le fluet de la
seconde période. Rien non plus de l'exagération avec laquelle
les sculpteurs assyriens ont rendu et compté les muscles des fi-
gures, ou les mouvements des personnes. Ce n'est pas la mol-
lesse de la décadence grecque, ni la lourdeur décorative des
Romains. Nous le répétons, dans le rendu ou le technique de la
sculpture, surtout dans les bas-reliefs, les artistes khmers n'ont
de maîtres à reconnaître qu'aux temps et dans les pays qui ont
vu naître Phidias et Donatello.
C'est surtout dans la transition qu'il présente entre la ri-
chesse lourde ou surchargée des sculptures des anciennes pagodes
indiennes et le goût pour l'étrange ou le caprice de celles de la
Chine1, que l'art khmer doit être pour nous d'un grand intérêt.
Resserrée entre ces deux grandes nations, la civilisation khmer
s'est fortement imprégnée des qualités artistiques propres à ces
deux grands pays, mais elle ne se les est pas assimilées telles
quelles. Avec un goût assez particulier, elle a combiné des élé-
ments très-différents, leur a donné, surtout dans l'architecture,
des proportions raisonnées, une ordonnance grandiose sans exa-
gération, une silhouette calculée, auxquelles aucun de ces deux
Song Bentohp, Lion en grès.
Sculpture khmer rapportée par le lieutenant de vaisseau L. Delaporte.
Dessin de H. Toussaint.
pays n'est arrivé. Il semble même qu'on pourrait entrevoir
l'influence de l'art grec dans l'ordre des colonnes et le plan
des édifices, cette influence s'étant probablement faite par
l'intermédiaire des rois et de la civilisation grecque de la Bac-
triane. Quelques détails d'ornementation rappellent la décadence
romaine, quoique les principaux motifs soient similaires de ceux
de l'Inde centrale. Enfin, et cela probablement à cause de
l'éloignement du temps et des lieux, nous trouvons dans l'art
khmer peu de rapport appréciable avec la Perse et l'Egypte.
On peut le dire : la grande conception et l'idée générale de
la décoration sont choses propres, choses particulières au Cam-
bodge, et ne peuvent donner lieu à aucun parallèle avec les au-
tres arts du monde antique. Nulle part ailleurs on ne retrouve,
même en germe, ces temples à pyramides centrales décorés de
masques humains gigantesques. Nulle autre part on ne trouve
la trace de ces magnifiques balustrades bordant les grandes allées
aboutissant aux temples, de ces piliers élevés en terrassements
au-dessus des lacs naturels desquels ils émergeaient, si superbes
avec leurs pyramides dentelées, se découpant en or sur le ciel
bleu, n'étant accessibles, comme Venise, que par de longues jetées,
mais étant de plus embellis de milliers de statues, et coupés par
des portes triomphales, se surmontant et s'étageant l'une sur
l'autre, de manière à produire une perspective enchanteresse.
L'on peut voir au musée indien, à Londres, des spécimens
de la sculpture des bords du Gange. Ce sont des morceaux choi-
sis, d'un grand effet et d'une grande richesse décorative. Les
groupes de figures sont disposés dans des panneaux d'une heu-
reuse disposition architecturale. Mais, malgré ces qualités, les
bas-reliefs indiens montrent généralement une confusion de per-
sonnages et de plans, amenée par une égalité de saillies et de
trous, qui démontre une esthétique bien inférieure à celle du
Cambodge. Les bas-reliefs khmers sont très-souvent d'une lar-
1 Exemple le lion en grès dont nous publions ici un dessin.



