L' art: revue hebdomadaire illustrée — 5.1879 (Teil 4)

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SILHOUETTES D'ARTISTES CONTEMPORAINS1

x

JULES DUPRÉ

(suite.)

• u s avons dit que Jules Dupré, si inexpérimenté qu'il fût, en
savait déjà beaucoup plus long que son maître. 11 aspirait à
faire de nouveaux progrès, mais comme il ne vivait pas à
Paris et ne voyait aucune sorte de peinture, il lui était bien
difficile de suivre une direction quelconque. C'était l'époque
où la lithographie commençait à se répandre, et les éditeurs
d'estampes à bon marché publiaient déjà ces séries de modèles
de dessin, aussi remarquables par l'habileté du crayon que par
la pauvreté de la forme, et qui depuis quarante ou cinquante
ans sont devenus le fléau de la jeunesse. Quelques-unes de ces
images parvinrent jusqu'à l'Ile-Adam, et Jules Dupré se mit à

Lettre du SVI* siècle. Collection Boimafle. ' . '

les copier, n'ayant en tète qu'une idée — avoir un beau coup
de crayon ! Le malheureux ! il s'est donné bien du mal sans doute pour apprendre à crayonner
d'une main preste et sûre, mais je gagerais pourtant qu'il s'en est donné encore davantage par
la suite pour perdre ce fameux chic qui séduit tant les jeunes gens. En tout cas, les magnifiques
dessins dont ses cartons sont peuplés n'en ont conservé aucune trace.

A cette époque, par suite d'affaires de famille, Jules Dupré put enfin venir à Paris et son
premier soin, comme on pense, fut de courir au Louvre. Comme il traversait la grande galerie,
il rencontra un jeune homme qu'il avait connu tout petit, mais qui était venu de bonne heure à
Paris, en sorte que les deux gamins s'étaient complètement perdus de vue. Ce jeune homme était
Cabat, qui est aujourd'hui membre de l'Institut et directeur de l'Académie de France à Rome.
Les deux jeunes gens eurent bien vite renoué connaissance, et Cabat, qui n'avait aucune sorte de
fortune, lui raconta qu'il était en apprentissage, mais qu'il parvenait quelquefois à s'échapper pour
venir au Louvre faire des études d'après les maîtres. En effet, à ce moment il copiait un paysage
d'Isaak van Ostade. On parcourut le musée ensemble, on se communiqua ses impressions, et
Jules Dupré, oubliant complètement le beau coup de crayon, et ne voulant plus entendre parler

i. Voir l'Art, 2° année, tome III, page 281; ?e année, tome Ier, page 108; tome II, page 114; 4e année, tome Ier, pages 10, iji et 189;
tome II, page 49; 5» année, tome I", pages 269, 281 et ;io; tome II, page

Tome XIX. 31
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