L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

Page: 56
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1880_1/0066
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
L'ART.

lery, — son fondateur et propriétaire unique, un véritable
Mécène, Sir Coutts Lindsay, ne se contente pas de ses brillantes
expositions modernes et rétrospectives; il s'est fait également
éditeur dans un intérêt de propagande artistique, — cette se-
conde publication est consacrée à la fameuse collection de des-
sins des anciens maîtres appartenant au Christ Church Collège
de l'Université d'Oxford. La Librairie de l'Art, 33, Avenue de
l'Opéra, a Paris, et, 134, JVeji' Bond Street, à Londres, se charge
de procurer aux amateurs qui en font la demande, ces magni-
fiques séries de fac-similés.

— Le British Muséum a pris l'excellente résolution de
s'entendre avec MM. Goupil et Cie pour la reproduction par la
photogravure des principaux dessins d'anciens maîtres appar-
tenant à la précieuse collection du Musée.

Amérique. — Les savants les plus distingués du pays ont
adressé au gouverneur de Rhode-Island et aux autorités de
l'État une protestation contre la translation de l'obélisque offert
par le vice-roi d'Egypte. Pareille translation, disent-ils, pouvait
se concevoir au temps des conquérants romains.

Lorsque le gouvernement du roi Louis-Philippe fit placer
l'obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde, à Paris, les
hommes de science et de goût protestèrent en vain. Mais depuis
lors la science et le goût ont fait de grands progrès, — quoi
qu'on puisse penser de l'acquisition de l'aiguille de Cléopâtre
par l'Angleterre, — et tout esprit cultivé se révolte à la pensée
d'enlever à un pays une de ses reliques historiques pour la
transporter sous un autre climat.

Il semble vraiment que la science et le goût soient plus
raffinés dans le nouveau monde que dans l'ancien.

Grèce. — Un télégramme d'Olympie, daté du 7 novembre,
annonce que les explorateurs allemands ont trouvé la tète de la
fameuse statue de la Victoire de Pœonios. Malheureusement le
visage est endommagé. Ils ont découvert aussi une inscription
avec le nom de Polyclète.

Italie. — Le Musée de fresques provenant d'anciens cou-
vents supprimés, qui devait être installé à Florence dans les
dépendances du cloître de Santa Croce, continue à rester à l'état
de projet et les pans de murs peints, que l'on avait commencé à
détacher et à transporter à Santa Croce, continuent à demeurer
inaccessibles au public qui ne les verra probablement jamais ;
ces fresques, faute d'argent, ne sont pas même l'objet des soins
les plus élémentaires. « Faute d'argent » est le mot invariable-
ment à la mode en Italie en matière artistique ; les gigantesques
dépenses essentiellement improductives, infiniment moins utiles,
infiniment moins glorieuses, pour lesquelles on y trouve au con-

traire toujours de l'argent, ne sont guère de celles qui continue-
ront à attirer la foule des visiteurs étrangers dans cette noble
patrie des arts; leur nombre ne peut que diminuer rapidement
h chaque fresque qu'on laisse périr, à chaque œuvre de maître
qui disparaît. La destruction du chef-d'œuvre d'Andréa del
Sarto, de la Madonna del Sacco, due à la seule incurie, est un
crime impardonnable dont ne se laveront jamais les aveugles
gouvernants qui l'ont laissé commettre. Leur insouciance a
sérieusement contribué à porter atteinte dans le présent et
dans l'avenir à la prospérité déjà si gravement compromise
de l'Athènes de l'Italie. Dans un pays où le commerce et
l'industrie sont encore si loin du développement qu'ils devraient
atteindre, on compte avant tout pour vivre sur la présence de
très nombreux visiteurs étrangers et l'on ne fait absolument
rien soit pour les attirer, soit pour les retenir, à moins que ce
ne soit de les rançonner sans vergogne; de cela on ne se fait
jamais faute.

A l'appui de ces observations qu'il nous est pénible d'être
forcés de formuler, nous publierons prochainement, avec non
moins de regrets — mais il y va pour nous d'un devoir, — une
série beaucoup trop longue, hélas ! — d'actes de vandalisme offi-
ciel commis en Italie.

— A Florence, le plus merveilleux musée de sculpture qui
soit au monde, le Museo Nationale, si merveilleusement installé
au Bargello, l'ancienne et formidable résidence du Podestat, ce
musée qu'on ne saurait trop visiter, ne possède pas l'ombre d'un
catalogue depuis sa fondation ! C'est monstrueux, mais c'est
ainsi.

Il est vrai que pas un seul des nombreux musées florentins,
pour ne point dire, pas un seul musée italien, n'a de catalogue à
la hauteur des connaissances actuelles, n'a de catalogue qui
puisse rivaliser avec ceux de petits pays tels que la Belgique et
la Hollande, par exemple. C'est tout simplement honteux. Les
hommes de grand savoir ne manquent cependant pas en Italie
L'unique raison de ce lamentable état de choses, c'est l'éternel
refrain « Faute d'argent ».

- Si nous revenons avec tant d'insistance sur de semblables
questions, c'est que nous aimons passionnément l'Italie et que
nous souffrons d'autant plus cruellement de la voir à propos de
sa meilleure gloire, en témoigner si peu de souci et se placer
volontairement dans une situation d'infériorité absolue par
rapport à presque toutes les autres nations.

Russik.— M. Alexis Veselovsky vient de publier, à Moscou,
une étude historique et philosophique en langue russe sur
Molière et le Tartuffe.

Cul-dc-lampe composé et grave par Aug. de Saint-Aubin.

Le Directeur-Gérant

EUGÈNE VÉRON.
loading ...