L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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86 L'ART.

bâtie et ornée selon le style de son époque. Des médaillons, placés par ordre chronologique,
auraient représenté les portraits des chefs ou des souverains ayant régné pendant ce laps de
temps; autour de ces médaillons, d'autres, plus petits, auraient rappelé les hommes célèbres du
règne. On aurait décoré les murs du salon avec les étoffes et les armures du temps. Enfin, au
milieu, auraient été disposés les objets usuels des diverses époques, meubles et ustensiles de toutes
sortes, qui auraient montré aux visiteurs la vie des Parisiens d'autrefois.

C'était là, il faut en convenir, un projet séduisant, et qui par son ordre méthodique semblait
d'une réalisation facile. Mais un examen sérieux en aurait vite prouvé les insurmontables difficultés.
La plus considérable, et elle est péremptoire, est précisément la rareté des objets parisiens
antérieurs à l'époque de Louis XIV. D'ailleurs l'idée de M. Humbert ne tarda pas à être reprise
sous une autre forme par M. Gailhabaud, et dans le même esprit généralisateur.

Dans la pensée du préfet de la Seine, le musée de l'hôtel Carnavalet devait être une branche
de l'Œuvre historique de la ville de Paris dont le projet avait été adopté par le conseil municipal
dès le mois de novembre 1860. Il aurait formé l'histoire matérielle de Paris, à côté de l'histoire
écrite. Venant compléter les moyens d'étude pour les lecteurs des publications imprimées,
fournissant aux arts et aux industries des modèles et des spécimens qui par le fait de leur réunion
deviendraient l'objet d'examens, de discussions et < de comparaisons précieuses, un tel musée
semblait promettre tant de résultats heureux que pour le fonder l'argent fut abondamment
prodigué. On fit « grand », comme on disait à cette époque. Un personnel spécial fut d'abord
attaché à l'entreprise; M. Read, chef de la section des travaux historiques, en fit partie. Une
commission fut instituée, et pour la présider, le préfet de la Seine choisit un membre de sa
famille, le baron Poisson, capitaine d'artillerie en retraite, mort il y a quelques mois, qui avait
des loisirs et se plut dans son nouveau rôle d'inspirateur.

Bientôt les effets de cette direction se firent sentir. M. Read ayant introduit dans la place
M. Gailhabaud, qui avait passé sa vie dans l'étude des monuments d'architecture de toutes les
époques et réuni une collection importante de livres et de gravures, celui-ci entrevit tout à coup
la réalisation de ce qui jusque-là n'avait été pour lui qu'un grand rêve : un musée de la vie civile
des Français.- Meubles, costumes, armes, architecture, peinture, ce musée aurait compris à lui
seul tous les musées de Paris. Il aurait contenu des collections identiques à celles du Louvre, de
Cluny, de l'école des Arts-et-Métiers, du Musée d'artillerie, du musée de Sèvres, du musée de
Saint-Germain. Ce devait être, comme on voit, quelque chose de grandiose, — de trop grandiose.

M. Gailhabaud souffla à ses collègues de la commission la foi et l'enthousiasme dont il était
animé. Il commença par céder à la Ville, moyennant la somme de 12^,000 francs, ses propres
collections de livres et de gravures, — adoucissant les regrets que devait lui causer la séparation
de ses trésors si amoureusement rassemblés, par l'espérance de les retrouver avec le titre officiel
de bibliothécaire. D'un autre côté, les donations arrivèrent de toutes parts, et, afin de profiter
de la générosité magnifique de l'administration qui semblait impatiente, on se hâta de conclure
des marchés. Ce fut une belle époque pour les marchands-antiquaires !

Lorsque, après les événements de 1870, l'administration nouvelle voulut examiner sérieusement
la collection rassemblée par M. Gailhabaud, elle n'y trouva presque rien à utiliser : des modèles
sans intérêt ou répétés à satiété, des types hétéroclites accueillis sans choix, des objets acquis à
des prix exorbitants et sans aucune proportion avec leur faible valeur artistique. Ce qu'il y avait
de meilleur, c'étaient quelques pièces archéologiques concernant l'ancien Paris qui avaient été
données par des amateurs et dont le baron Poisson dressa la nomenclature '. L'âge préhistorique
était représenté par tous les débris trouvés dans le bassin parisien : ossements d'animaux
gigantesques, fragments de squelettes humains, instruments de pierre, d'os, de corne ou de bronze.
M. Belgrand, directeur du service hygrométrique de la Ville, avait été chargé de l'organisation
de cette partie du musée. La période gallo-romaine, constituée par les soins de M. Vacquer,

1. Les Donateurs du Musée historique de la ville de Paris, par le baron C. Poisson, conseiller municipal, membre de la commission et de
la sous-commission des travaux historiques de la ville de Paris. (18G8, brochure in-8°.)
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