L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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L'ART.

N ECROLOGIE

—■ M. Adam Salomon, sculpteur et photographe bien
connu, a succombé le 28 avril, dans son hôtel de la rue
delà Faisanderie, 55, aux suites d'une bronchite.

Samuel-Antony-Adam Salomon était né à la Ferté-
sous-Jouarre, en 181 S. Il fut élevé à Fontainebleau, où il
passa quelques années dans le commerce. Entré comme
modeleur à l'âge de vingt ans dans la manufacture de
M. Jacob Petit, il exécuta son Béranger, la plus vraie et la
plus populaire des reproductions des traits du poète. Il fut
alors envoyé, aux frais de la ville de Fontainebleau, à Paris,
pour y compléter son éducation artistique. Il a plus tard
exécuté, en souvenir de ce bienfait, une statue de la Vierge,
qui est placée dans l'église de Fontainebleau.

Adam Salomon a exécuté, outre le bas-relief populaire
de Béranger, celui de Charlotte Corday, les bustes célè-
bres de MmC Delphine de Girardin, de Scribe, d'Halévy,
du duc de Broglie, de Garnier-Pagès, de Jules Janin, de
Bixio, de Royer, etc. On lui doit les tombeaux de Lamartine
et de Mme de Lamartine, le buste de Lamartine pour le
village de Milly, le monument funéraire de Delphine Fix
et celui du duc de Padoue, qu'on peut voir aux Invalides,
le Génie de l'étude et la Musique, qui sont au nouveau
Louvre, etc.

Dans les derniers temps, M. Adam Salomon s'était
occupé avec succès de photographie, perfectionnant les
procédés en usage et possédant au plus haut degré l'art de
faire poser ses modèles. Il était chevalier de la Légion
d'honneur depuis 1870.

— M. Ravel est décédé subitement, à Paris, le 26 avril,
des suites du mal dont il souffrait depuis longtemps déjà.

M. Ravel était âgé de soixante-sept ans ; il est mort chez
son directeur et ami, M. Plunkett, l'ancien directeur du
Palais-Royal, qui venait de le faire engager, en qualité de
régisseur, au théâtre de Monte-Carlo.

Une représentation d'adieu devait prochainement être
donnée à son bénéfice; les promoteurs de cette soirée per-
sisteront dans leur généreuse pensée. M. Ravel était marié;
il laisse également derrière lui sa mère, âgée de quatre-
vingt-quinze ans.

La dernière fois que nous avons vu l'excellent comique,
c'était dans l'étude de Me Charles Pillet; il venait y signer
le pouvoir nécessaire pour faire procéder à la vente publique
de sa modeste collection, qui a eu lieu le 9 avril Nous
l'entendons encore répondre au clerc qui lui demandait son
prénom : « Je ne le donne qu'aux femmes! »

Pierre-Alfred Ravel était né à Bordeaux à la lin de 1814.
Son père, qui était marchand de chevaux, le fit entrer dans
une étude de notaire qu'il quitta pour se placer chez un
opticien de Paris, mais le théâtre l'attirait et il ne tarda pas
à s'y consacrer exclusivement.

— M. Hervion, artiste peintre, est mort subitement,
dans la soirée du 2; avril, sur l'impériale du tramway qui
fait le service de la Chapelle au square Monge.

Ses voisins, le voyant s'affaisser, firent arrêter la voi-
ture, et aidés du conducteur, le transportèrent dans une
pharmacie, où on ne put que constater sa mort par suite
de la rupture d'un anévrisme.

— Un amateur et collectionneur distingué, M. Ulysse

1. Elle a produit la somme de 40,078 francs. Ravel, qui avait fait

Tencé, vient de mourir à la suite d'une attaque d'apoplexie,
à l'âge de soixante-dix-huit ans. Il était né en 1803 à Lille,
où son père fit pendant longtemps le commerce de tableaux.
Au moment delà réaction royaliste de 1815, M. Tencé père,
qui avait été volontaire en 1792 et qui était fort connu pour
ses opinions républicaines, fut mis en prison pour un cer-
tain temps. Ulysse dut alors quitter sa ville natale pour aller
suivre les cours du collège de Gand où il fit d'excellentes
études; il vint plus tard faire son droit à Paris. Bien qu'ins-
crit au barreau, il ne paraît pas avoir exercé la profession
d'avocat, mais il se livra à de nombreux travaux littéraires
dans lesquels il apportait une érudition sûre et un juge-
ment très ferme; il rédigea pendant près de six ans l'An-
nuaire de Lesur, mais à l'âge de quarante ans il suspendit
presque complètement ses travaux littéraires à cause du
mauvais état de sa santé. Son goût pour les tableaux ne
l'abandonna pas, et déjà à ce moment il avait acquis
comme amateur de sérieuses connaissances.

Il se trouva à la mort de son père dans une grande
aisance, et à la tête d'une remarquable collection de tableaux
dont le plus intéressant et le plus important est une superbe
toile de Rubens représentant les Miracles de saint Benoît.
Eug. Delacroix, très impressionné à la vue de cette œuvre,
obtint de M. Tencé d'en faire une copie qui fut achetée au
décès du peintre par M. Péreire et passa ensuite dans la
galerie du roi des Belges. On assure que la magnifique page
du maître flamand avait été léguée par testament au musée
du Louvre, mais à la suite d'une indiscrétion commise par
un journal, Ulysse Tencé, dont la susceptibilité était
extrême, revint sur sa décision et raya sans rémission la
clause par laquelle il enrichissait nos galeries nationales de
cette œuvre précieuse.

M. Ulysse Tencé, toujours occupé de tableaux, suivait
très assidûment les enchères de l'hôtel Drouot. Le petit
vieillard, un peu sceptique, d'aspect assez froid, et dont la
figure fine tant soit peu railleuse émergeait d'une vaste
cravate noire, se détachant blême sous les larges bords d'un
chapeau bas, était bien connu des habitués des salles des
ventes. Ceux qui se sont entretenus avec lui ont pu appré-
cier la valeur de ses jugements en matières d'art, sur les-
quelles il discourait volontiers. Ses observations portaient
souvent fort juste, mais elles étaient parfois un peu trop
entachées de parti pris ; jamais il n'a pu comprendre le
mérite de nos maîtres modernes ; les prix élevés de cer-
taines de leurs œuvres lui paraissaient absolument dérai-
sonnables; peut être alors n'avait-il point toujours tort.

En résumé, M. Ulysse Tencé était un de ces rares ama-
teurs passionnés et convaincus, dont la race tend malheu-
reusement à se perdre.

— Un architecte anglais qui était un aquarelliste dis-
tingué et assez bon musicien, M. John Burges Watson, est
mort le io avril à Hornsey, à l'âge de soixante-dix-neuf
ans.

— M. le commandeur Chiavacci, directeur général des
Musées florentins, est mort. Sa perte est vivement et très
justement regrettée.C'était un parfait galant homme, admi-
rablement intentionné, et qui avait commencé à appliquer
de très utiles et urgentes réformes.

Russie des pertes considérables, laisse les siens sans fortune aucune.

Le Directeur-Gérant : EUGÈNE VÉRON.
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