L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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RECHERCHES SUR L'HISTOIRE DE

LA TAPISSERIE EN ALLEMAGNE.

barras qu'ils éprouvent à trouver un équivalent pour le mot
tapisserie. 11 est à peine nécessaire de faire ressortir l'origine
étrangère des expressions de Haute-lisse Tapeten ou de
Gobelins (appliquée même aux produits non français), dont
on se sert de préférence aujourd'hui. Les mots de Tctpete
ou Wandtapete ont l'inconvénient de s'appliquer aux papiers
peints aussi bien qu'aux tentures proprement dites. Celui de
Teppich, qu'on emploie quelquefois, a plutôt le sens de tapis
de pied(. Je préférerais, pour ma part, l'expression de Wand-

dantis • mora), de Sénèque (Qui ■ cito ' dat ' bis ' dat), enfin d'un
roi ou d'un empereur désigné par les mots Karolus ' rex,
sans doute Charlemagne.

Des lignes assez larges, d'un brun foncé, marquent les
contours. Quant aux lumières ou aux ombres, elles sont pro-
duites par la dégradation ou le renforcement du ton principal.
L'ensemble se distingue par sa gravité.

Kugler, auquel nous avons emprunté les renseignements
qui précèdent, attribue les tapisseries du dôme de Halberstadt

teppich (tapis de muraille) : c'est celle à la fin du xn° siècle 5. Le chanoine

qui offre le moins d'amphibologie. ___ Bock est tenté de leur assigner une

antiquité plus haute : il les reven-
dique pour le xi° siècle °.

I. ■— le moyen âge. f/^^^^OvV-'^'A A. 'a même époque, vers 1200,

Agnès, abbesse de Quedlimbourg, exé-

En Allemagne, aussi bien qu'en fj^^j V Î^^^^It/ JJ CUt3 aVCC S°S nonnes ^es tentures

France, dans les Flandres, en Italie, KJiJ v^^«S3Lcv<^ destinées à la décoration du chœur

la haute lisse a succédé à des indus- / //y^V de son église. Le sujet représenté était

tries employant des procédés diffé- ((( A^/y^^^^^l^^L le Mariage de Mercure avec la Philo-

rents, mais se plaisant dans des repré- III IIVi xîfci^^^^^mv^^^^^^v //^V /"^^v îlî"^^T^^TÏÏIÎl (^'aPr<^s Marcianus Capella, ce

sentations analogues. Le terme de u| ^ jjf^/llf\l\^// fl y/ ^ I 11 suict avait été choisi dès la seconde

tapissier aussi s'y rencontre de fort \s^^'^^w|ilv\Il^/IIîl\ IlI \ Il II moitié du xc siècle pour les broderies

bonne heure, dès le xnc siècle, quoi- ^^"""^^^N^ \ffw\}^J II \l l\ \ >il_/W7 lË ^'or ^ont Hedwige- de Souabe" orna
qu'il soit possible que les artistes (v3**^---—// II ^ li\ /If^Jn une au^e destinée au couvent de

auxquels il s'appliquait ne fussent pas Jl—lU\ jj\ V / I Saint-Gall). Kugler, qui parle de cet

des hautelissiers. Entre 1164 et 1200, ^J^^^^"^^^ fj j\ ouvrage, l'apprécie comme suit : le
Meginwart de Weltinburch, qualifié ■^^HlC j)^^?7^/^//^^^^^llF-style est in<-:8a' l'es PatI'ons ont e'vi-

de tapetiarius, et ses deux « fratrueles » "^^^\\^ Ss^^Vl/llm InîMi—- ' déminent été dessinés par différents

Gerwich et Chounrad, figurent parmi ^ffj/l/l II! lll™^ artistes); tantôt il se rapproche du

les témoins d'un acte relatif au cou- l ^// ÈllIIllttVxK JMl style courant de cette époque; tantôt,

vent de Schefftlar, en Bavière-. En Nlv^^/ft^O ^ surtout dans les figures isolées, il

1177 on trouve au couvent de Chiem- Nsd ZCf* f \zJli\l ^ s'élève à une telle beauté de formes,

see Fredericus tapifex, de familia X^^^f/ II Il / I aune telle harmonie de proportions,

ecclesia.-:l ; entre 1182 et 1197 au \v il II ' /»//// a une te"e noblesse, à une telle

couvent de Weihenstephan Aschwin /7x[' IIL^~~^~^Pf science de la draperie, qu'on croit y

tapeciarius ''. Les renseignements que J \L-^\ reconnaître la manifestation d'un art

nous possédons sur ces maîtres se ' 'If// \ \\Y»' parvenu à son apogéeK.

bornent à la mention de leurs noms. > *' Quelques lustres plus tard, l'abbé

Les plus anciennes tapisseries „ . Albert, qui habitait depuis 1220 le

' Le Christ bénissant. ' ^

conservées en Allemagne sont proba- Tapisserie du dôme de Halberstadt. couvent de Wessobrunn, lit exécuter

blement celles du dôme de Halber- (xi* ou xn« siècle.) deux tentures, dont l'une représentait

stadt. Cette suite, qui est suspendue les Visions de saint Jean0.

au-dessus des stalles du chœur, se compose de deux parties
mesurant chacune 43 pieds de long sur 3 pieds 1/2 de haut.
On y voit, à côté des scènes de l'Ancien Testament (Vie
d'Abraham, Songe de Jacob), les figures du Christ et des douze
Apôtres, celle de saint Georges tuant le dragon, celles de Caton
(avec une banderole portant l'inscription : Denigraf meritum-

Dans le même siècle, Jeanne, abbesse du couvent de
Lothen, près de Minden, en Westphalie, broda, assistée de
trois sœurs, un tapis retraçant l'histoire de la fondation de
son couvent, fondation qui avait eu lieu en 1263. La descrip-
tion de cet ouvrage curieux nous apprend qu'il fut exécuté
à l'aiguille (acu artificiose depicta), et qu'il était destiné

a

1. Dans le Mittelhochdeutsches Wœrterbuch de Mûller et Zarncke (t. 111, Leipzig, 1861) 011 trouve de nombreux exemples des mots Teppich. Teppcch,
Tepech, Tepet, employés au moyen âge comme synonymes de tapis de pied. M. Schultz, de son côté (Das hœfische Leben \ur Zeit der Minncsingcr, Leipzig, 1S79,
1880 ; t. I, p. 62, 63), cite les mots Umbehenge, Ruclachen, Sperlachcn. Stuollachen, comme servant au moyen âge à désigner les tapisseries. M. Schultz a raison de
traduire Ruclachen par dorsalia (en français dosseret). Quant à Sperlachen c'est l'équivalent, je crois pouvoir l'affirmer, de spalicra (en français espalier).

On trouve souvent aussi les mots de Arrasch, Arreis, Harrass. Rasch, Rass, mais ils ne signifient pas, comme en italien ou en anglais, tapisseries d'Arras; c'est
à tort que les lexicographes allemands les font venir du nom de cette ville; ce terme, qui désigne une étoile de laine assez grossière, me parait plutôt provenir de
Rascia, étymologie déjà mise en avant par Muratori dans ses Antiquitates. Voy. Frisch, Teutsch lateinisches Wcerterbuch, Berlin, 17.11, t. 1, p. 36. 4 17, t. 11,
p. 87, etc.; Schmeller, Bayerisch Wcerterbuch, Stuttgard, 1827, t. 1, p. 91, et Dieffenbach, au mot Arracium.

Nul doute que presque toutes ces expressions se trouvent enfouies dans l'immense recueil de Pertz. Mais comme les tables des matières ont été faites sans souci
aucun des exigences de l'archéologie (le plus souvent on n'y trouve même pas les mots Pictura ou Imago), autant vaudrait, comme on dit, chercher une aiguille dans
une botte de foin. Je me bornerai à citer le mot Tapetiolum, au tome VIII, p. .179, des Scriptores. C'est le seul terme de la famille Tapet... que j'ai trouvé, après
avoir parcouru les tables des vingt-trois premiers volumes.

2. Monumenta boica, t. VIII, p. .po.

3. lbid.,l. II. p. 3o2,3o3.

4. lbid., t. IX, p. 47J.

5. Kleine Schriften, t. I, Stuttgard, i853, p. i3i-i33.

0. Geschichte der liturgischen Gewœnder des Mittelalters. t. I, Bonn, i85q, p. 182.
7- Kugler, Geschichte der Malerei, éd. de 1847, t- '> Page '*>?■

8. Geschichte der Malerei, édit. de 1847, f. P- 171- — Une des tentures de Quedlimbourg a été gravée dans l'Histoire des Peintres, de M. Charles Blanc.
Introd., p. xi.

9. « Alberti abbatis studium colendi sanctos testantur duo tapetes, sive vcla, parietibus templi in ornamentum destinata, pictura; mirabilis ac varia: texture, in
quorum uno visioncs apocalypticie S. Joannis exhibebantur, multis, ut apparet, imaginibus expresse. Texturam vero et picturam perfecit, ut subscriptum suo loco
nomen indicat, Sibotto Chenich de Hohemos, qui, num cœnobii nostri monachus fuerit, vel aliunde accitus artifex, nondum comperimus. » (Leutner, Historia
Wessnfort., t. I, p. 235, n« 2, apud Fiorillo. Geschichte der jeichnendeit Kûnste in Deutschland und den vereinichten Xiederlanden. t. I, p. 208.)
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