L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 2)

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LE RIJKSMUSEUM D'AMSTERDAM. 4$

supérieur sur ce point au Musée de Harlem qui, presque seul avant lui, en possédait un certain
nombre. C'est ici seulement qu'on peut comprendre le rôle décisif que ce genre vraiment national
a joué dans le développement de l'école néerlandaise et qu'on suit pas à pas ses transformations
depuis son origine jusqu'à sa décadence et sa fin, vers le milieu du siècle dernier.

Nous assistons à ses débuts avec J. Scorel, Cornelis Anthonisz, Dirk Barentsz, Aert Pietersen

et Cornelis Ketel, représentés au Musée d'Amsterdam par des
ouvrages nombreux, pleins de caractère et de force, où se mar-
quent naïvement les efforts de ces peintres habiles pour mettre
un peu d'art et de variété dans ces ingrates représentations. La
matière n'y prêtait guère.

u'on songe à la difficulté de composer un tableau dans les condi-
tions faites à l'artiste. Ces associations qu'il est appelé à glorifier
dans des représentations de parade destinées à l'ornement des
salles où se réunit la corporation, ces associations religieuses
d'abord — confréries de fidèles ou de pèlerins —■ deviennent
bientôt militaires et concourent héroïquement à l'indépendance
de la nation. Mais quelle action imaginer qui puisse leur être
commune et donner quelque idée de la grandeur de leur mission ?
Comment disposer ces nombreuses figures de façon à former un
centre, en mettant cependant chacune d'elles en lumière, car, le
v tableau étant fait à frais communs, nous savons par les comptes
■s§£f de la société que chacun de ces membres a payé sa cotisation,
j^3> qu'il veut être en belle place, facilement reconnaissable, et en
avoir pour son argent. Sur ce thème peu commode, voyez les
Ê peintres s'évertuer à l'envi. L'épisode choisi sera tantôt un repas,
H D tantôt une prise d'armes ou une revue passée par les chefs ou

les magistrats. Ici compassés, guindés, inertes ; à côté animés, violents,
gesticulant sans motif, ces nombreux personnages se déroulent, les uns
alignés sur une file, les autres rangés en deux bandes parallèles ou
groupés autour d'une table, d'autres enfin pêle-mêle, dans un désordre tumultueux. Peu à peu
cependant, malgré la complication du problème, des solutions plausibles se dégagent ; mais, même
chez les plus fameux virtuoses, elles sont de valeur fort inégale. Avec son prodigieux talent, Hais
ne parvient pas toujours à faire un tableau. Dans ses grandes toiles, l'honneur du Musée de
Harlem, à côté d'oeuvres réglées, accomplies, combien d'autres restent décousues, incomplètes,
formées de morceaux de bravoure d'une maîtrise, d'un brio étincelants, mais épars, juxtaposés et
mal soudés ensemble! Tandis qu'à côté, des peintres relativement inférieurs, plus rassis, comme
Jean de Bray par exemple, arrivent à force de correction et de consciencieuse sincérité à des
œuvres plus expressives et qui répondent aussi mieux aux véritables conditions du genre.

Avec Hais, qu'il faut toujours *voir à Harlem, mais dont nous trouvons au Rijksmuseum un
tableau tout à fait intéressant terminé en 1637 par Pieter Codde et dans lequel il est curieux de
démêler la part de chacun des collaborateurs; avec Th. de Keyser, dont le talent apparaît avec
tout son éclat dans la Leçon d'anatomie du Dr S. Egberts\ ou dans la Compagnie du capitaine
J. de Vries, voici des noms jusqu'à présent ignorés ou peu connus, mis désormais en pleine
lumière. Cl. Elias, d'abord, artiste d'une grande souplesse, d'une exécution fine et pénétrante, qui
compose excellemment, mais qui cesse de progresser et semble même s'amoindrir au moment de
la pleine maturité; puis Werner van Valckert, — sur lequel M. J. Six publie en ce moment même
une étude, •—■ un peintre inégal, atteignant à une singulière puissance d'expression dans ses
portraits de régents dont la force de réalisme et l'éclat du coloris contrastent avec la vulgarité
brutale et les intonations criardes des figures de pauvres ou d'enfants qui les entourent.
Cl. Moeyaert et D. Santvoort, contemporains de Rembrandt, nous amènent au maître qui allait
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