L' art: revue hebdomadaire illustrée — 13.1887 (Teil 1)

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200

L’ART.

Fragment de la « Mise au tombeau ».
Sépulcre de l’église Saint-Étienne,
à Saint-Mihiel, par Ligier Richier.

de Saint-Nicolas-de-Port et de Chaumont comme preuves de cette pieuse coutume. Hâtons-nous
de dire que celui de Saint-Mihiel les surpasse tous par l’élévation de la pensée et par le mérite
artistique de l’exécution.

Ce n’est point, rigoureusement parlant, à la mise au tombeau que Ligier Richier nous fait

assister, c’est au moment qui la précède immédiatement. Nicodème
et Joseph d’Arimathie, porteurs du précieux fardeau, se sont arrêtés
un instant, pendant que Salomé donne les derniers soins à la couche
funéraire. Au second plan, la Vierge mère, soutenue par saint Jean
et Marie Cléophas, jette un dernier regard sur ce fils bien-aimé
qui va lui être ravi, et succombe sous le poids de sa douleur. Sainte
Madeleine, agenouillée, baise respectueusement les pieds du Christ.
Un ange, debout, tenant la croix, n’est là que pour remplir un vide
causé par l’attitude inclinée de Madeleine. On dit que ses traits
sont ceux de Ligier. Nous n’insistons pas sur cette tradition.

Tels que nous venons de les indiquer, ces personnages forment
un groupe homogène, bien équilibré, dont les grandes lignes sont
harmonieusement disposées, et qui tout d’abord captive l'attention.

Ce temps d’arrêt dans la marche du funèbre cortège, cette halte
devant le sépulcre était éminemment propre à la statuaire. Il y
avait là, pour tous les personnages, un instant d’immobilité complète dont Ligier a su très
habilement tirer parti.

En dehors de ce groupe, à droite, au premier plan, sainte Véronique tient entre ses mains la
couronne d’épines qu’elle contemple douloureu-
sement. Cette figure ne se lie pas avec les pré-
cédentes et il existe entre elles un vide qui n’est
pas suffisamment dissimulé par le groupe de
deux soldats jouant aux dés, qui occupe le fond
de la crypte. Cette statue, d’une grande vérité
d’expression, est de proportions moindres que
celles du groupe principal. Elle a été allongée,
par le bas, de 32 centimètres lorsqu'on disposa
le Sépulcre et qu’on voulut la faire concourir à
l’ensemble général de la composition. Selon nous,
sainte Véronique devait faire suite au cortège et
former pour l’œil l’équivalent, le pendant, si l’on
veut, de Salomé préparant la couche funéraire.

Ainsi présentée, la Mise au tombeau aurait
formé un ensemble parfaitement harmonieux et
telle, pensons-nous, eût été la disposition que
lui aurait donnée Ligier Richier, s’il eût été
présent à son installation.

Quant au centurion placé à l’extrémité de
droite, dans un coin obscur, il était probable-
ment destiné à figurer dans un calvaire en
préparation dans l’atelier, ainsi que les deux
soldats qui jouent aux dés sur un tambour. C’est
la place qui a été toujours attribuée à ces per-
sonnages accessoires. Remarquons que leur taille élevée dépasse de beaucoup celles des figures
du groupe de l’évanouissement de la Vierge, derrière lesquelles ils se trouvent placés. La grande
expérience qu’avait acquise Richier ne lui aurait pas laissé commettre de pareilles fautes de
proportions. Comme nous le verrons plus loin, Richier, forcé de s’expatrier pour cause de religion,

Fragment de la « Mise au tombeau ».
Sépulcre de l’église Saint-Étienne, à Saint-Mihiel,
par Ligier Richier.
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