L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 1)

Page: 62
DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1890_1/0073
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
Ô2

L’ART.

de tribus anthropophages les parties des victimes humaines
qui leur étaient réservées comme plus délicates.

Puisque nous voilà en Océanie, jetons un regard à ces
gracieuses productions de l’industrie tahitienne, à ces cha-
peaux de femme, à ces couronnes de fleurs formés de la
pellicule de la feuille naissante du cocotier, qui sans être
précisément des œuvres d’art peuvent du moins, pour le
goût et la délicatesse de leur exécution, rivaliser avec les
produits de l’industrie européenne. A vrai dire, ce qui les
rend surtout intéressants à nos yeux, ces légers ouvrages
des femmes de Tahiti, c’est qu’ils évoquent l’image de
Rarahn, la petite amie de Loti, si mignonne sous sa cou-
ronne de feuillage au bord du ruisseau Fataoua, si tou-

chante dans son affection de créature inférieure. Nos
lecteurs connaissent sans doute cette gracieuse figure ins-
pirée par la nature polynésienne, et ils estimeront avec
nous que le Mariage de Loti, cette délicate œuvre d’art,
avait en quelque sorte sa place marquée dans cette étude.

Les populations noires du Congo et du Gabon sculptent
l’ivoire. Nous trouvons dans les vitrines du Palais des
Colonies de nombreuses défenses d’éléphant autour des-
quelles tournent des processions de petites figures en
relief, nègres occupés à des travaux domestiques, marins
et colons européens. Ce sont des œuvres d’un art bien
naïf, mais où l’on rencontre des qualités d’observation
qui parfois étonnent et qu’il était intéressant de constater.

d’atelier, le bijoutier maure, un
gaillard bien découplé, à l’œil
intelligent, martèle une feuille
d’or sur une petite enclume,
pendant que son ouvrier et son
apprenti, deux jeunes noirs à
demi nus, soudent au chalumeau
un bracelet que l’un d’eux tient
au bout des doigts. Sur le sol,
quelques outils grossiers, un
petit fourneau, une natte dans
le fond de la case, et, sur le
devant, un éventaire où de jolis
bijoux d’oret d’argent sont offerts

Atelier de Samba Lowebé, bijoutier a Saint-Louis. — Entrée du village sénégalais.

(Exposition Universelle de 1889.) — Dessin de L. Le Riverend.

Le Sénégal possède de véritables artistes parmi ses
bijoutiers. Nous nous sommes longuement arrêté devant
une petite vitrine à l’extrémité de l’aile gauche du Palais
des Colonies, où sont réunis des spécimens assez variés de
cette industrie. Il y a là parmi les gris-gris en argent, les
voyerous ornés de billes de métal que les femmes toucou-
leurs entremêlent à leurs cheveux, tel bracelet d’églantines
en or dont nos élégantes ne dédaigneraient pas de se parer.
Les bijoutiers maures excellent dans ces ouvrages d’or et
d’argent. On a peine à croire qu’ils atteignent à une telle
perfection quand on connaît la pauvreté des moyens dont
ils disposent. Tous les visiteurs de l’Esplanade ont vu,
dans le village sénégalais, l’atelier du bijoutier Samba
Lowebé, de Saint-Louis. On ne saurait imaginer rien de
plus primitif. Dans la case qui lui sert de chambre et

au public. Le bijoutier sénégalais a eu, croyons-nous,
quelque succès auprès des visiteurs et des visiteuses. Le
gouvernement lui a par surcroît accordé la décoration de
l’Annam qu’il sera fier de porter en retournant à Saint-
Louis.

Les orfèvres indiens se sont acquis depuis longtemps
une grande réputation de par le monde. L’art décoratif
hindou a un style propre caractérisé, surtout en orfèvre-
rie, par l'interprétation fantaisiste de la plante. Qu'il
s’agisse des vases de cuivre de Bénarès ou de Cachemire,
ou des bijoux d’or et d’argent de Bombay, on retrouve
partout cette profusion de menus feuillages, de palmes, de
fleurettes et de boutons dont les rinceaux entrelacés re-
couvrent le métal d un réseau de broderies. Il n’est pas
bien certain que les cuivres gravés du Palais des Colonies
loading ...