L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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L’ART:

M. Bonnat. Bien que le portrait de la Reine Élisabeth de Roumanie papillote, il est évident

que Carmen Silva a plus artistiquement inspiré
M Grigoresco, dont la meilleure oeuvre cependant
est sa Femme tricotant ; cette Bretonne de Vitré
est supérieure à tout le reste de sa très nombreuse
exposition, — dix-neuf toiles, — et fait augurer
favorablement de l’avenir du peintre roumain.

L’empire des Hapsbourg, formé des éléments
les plus divers, les plus dissemblables, se prête
moins qu’aucun autre pays à la constitution d’une
école ; trop de nationalités opposées s’y heurtent
pour espérer jamais y voir surgir rien qui ressemble
à une homogénéité artistique quelconque. Songer à
la réaliser peu ou prou tiendrait du rêve ; il serait
plus sensé de s'occuper de la quadrature du cercle.
La section d’Autriche-Hongrie au Champ de Mars
en était l'impitoyable démonstration. Les cinquante-
cinq exposants de la Classe I, les peintres ne se
divisaient-ils pas, — à eux seuls ! — en Autrichiens,
en Bohèmes, en Dalmates, en Hongrois, en Moraves,
en Polonais, en Triestins, en Tyroliens ?

Le résultat inévitable d’une telle situation politique, c’est l'impossibilité radicale de former
un faisceau de doctrines ; nul ne peut croire
au miracle d une école austro-hongroise. Des

individualités distinguées naîtront sans au-
cun doute de droite et de gauche, des talents
très méritoires, à coup sur ; — un maître
souverain, un génie qui soumette tous ses
confrères, qu’ils le veulent ou non, à son
irrésistible discipline, jamais ! Le milieu ren-
ferme trop d’éléments disparates, voire même
ennemis, pour enfanter, par exemple, un
Rubens qu’acclamerait, d’un bout à l’autre
de l’empire, quiconque tient un pinceau. Ces
éclosions grandioses ne se sont produites, ne
se produiront que sur un terrain de forte
cohésion, dans des milieux puissamment unis,
fussent-ils en proie aux maux de la guerre,
subissent-ils même le joug d’une domination
étrangère. Voyez la Néerlande, voyez les
Flandres. Cette règle-là est de celles aux-
quelles on n’a pas encore découvert d’excep-
tion. On n’en découvrira aucune.

Rien n’est plus naturel que de chercher
inconsciemment à se donner le change au
sujet de cette pénible vérité. On a beau se
créer des illusions sur ce point, elles ne
s’évanouissent que trop promptement et l'on
se retrouve en face d'une situation artistique

qu'aucune puissance humaine ne peut surmonter. L'Autriche en a fait 1 expérience ayec Hans
Makart ; on l'avait porté aux nues. Que reste-t-il de cette gloire tapageuse? En conserve-t-on

P ORTRAIT.

Dessin de Wilhelm Leibl.
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