L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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PETER FLŒTNER.

9i

Il y a là des moyens qui tiennent aux puissances les plus profondes et plus mystérieuses de
Part, que le génie seul, et à certains jours seulement, peut employer, parce qu'il les tire de son
âme elle-même et que les ressources dont il dispose ne servent qu’à mieux manifester son entière
sincérité. Nous sommes sans défense contre celui qui, étant ainsi ému et qui, ayant dépassé de
beaucoup les bornes où s'arrête le talent, confesse qu’il est impuissant à aller plus loin et nous
laisse le soin de compléter sa pensée. On conçoit quelles sources de jouissances des études
pareilles ouvrent à ceux qui goûtent Rembrandt. Est-il besoin de le dire ? tout n’est pas égal
dans son oeuvre; il a, comme tout autre, plus que tout autre même, ses défaillances, ses tâton-
nements, ses incorrections, mais plus qu’aucun il est vrai, naturel, sincère. Il se dévoile à nous
tout entier et nous invite à le suivre en nous associant à toutes ses pensées, à sa vie la plus
intime. Quand son idée le presse, quand l’inspiration le tient et conduit sa main, alors, dans ses
moindres croquis, il enferme je ne sais quel souffle de vie et quelle exaltation lyrique qui fait
que, derrière chaque trait, on sent son esprit toujours présent. Faisons donc des vœux pour la
continuation d’une œuvre qui, en nous procurant des délectations aussi hautes, ne peut qu'ajouter

encore à la gloire du maître.

Émile Michel.

PETER FLŒTNER'

Depuis plusieurs années déjà, M. Hirth a rendu de très grands
services à tous ceux qui s'occupent de l’histoire de l’art et de l’his-
toire de la gravure en particulier, en publiant des séries de repro-
ductions d’estampes anciennes. Il facilite, de la sorte, une foule de
comparaisons, d’études qu'il serait très malaisé de faire, du moins
quand on n'a pas à sa disposition des collections publiques de
gravures comme il n’en existe que cinq ou six en Europe. Nul
doute que de ces comparaisons possibles, de ces réunions d’œuvres
d’une même époque, classées chronologiquement, ne sortent des
rapprochements ingénieux, des vues nouvelles sur la façon dont l'art
a profité de l’invention de la gravure. Nulle part, dans aucune
autre branche de l’art de la Renaissance, on ne prend mieux sur le
vif ce mouvement continuel d'échange qui s’est produit, au xve et
au xvie siècle, entre tous les pays d'Europe. Le livre que vient de
publier M. Reimers sur un artiste de Nuremberg, Peter Flœtner,
prouverait encore une fois, si la chose avait encore besoin d’être
prouvée, combien l’art de la Renaissance fut, en une certaine mesure,
international.

On ne possède que peu de détails sur la vie de Peter Flœtner ;
ils se trouvent contenus dans le recueil de Johann Neudorffer (1547),
continué au xvne siècle par Andréas Gulden. On ne sait même pas
exactement les dates de sa naissance et de sa mort. Les uns le
font mourir en 1D46; d’autres, s’appuyant sur le texte de Neu-
dorffer, qui en parle comme d'un artiste vivant encore en 1547, et
sur la date de 1546, inscrite sur une de ses estampes, inclinent à
penser qu’il a pu terminer sa carrière quelques années plus tard.
Quoi qu’il en soit, Peter Flœtner a beaucoup dessiné et gravé sur bois et occupe une place
honorable dans l’histoire de la Renaissance allemande.

1. J. Reimers, Peter Flœtner, nach seinen Handçeichnungen und Ilol^schnitten. Munich, Hirth, 1890, in-40, avec nombreuses illustra-
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