L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 3,1.1900/​1901

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JANVIER 1901

Jacques Cœur, l'hôtel de Cluny, le château de
Blois et tous ces merveilleux petits édifices qui
bordent la Loire et devant lesquels les admira-
tions les plus rebelles sont forcées de s'incliner.
Ces édifices résument et le goût français et
les besoins de notre race. Heureuse distribution
des vides et des pleins, ornementation souple,
toujours ingénieuse, qu'elle rappelle discrète-
ment le blason des hôtes ou les productions
florales de la contrée. Qu'on le veuille ou non,
tout édifice moderne, s'il est logiquement conçu,
se rapproche d'eux par un air de famille, par la
somme de besoins et de nécessités que ces édi-
fices types représentent
Sous d'autres climats, des terrasses et des
attiques aux saillies excessives peuventavoir leur
utilité et leur charme, mais ici il faut de hautes
toitures capables de soutenir le poids des neiges,
d'activer l'écoulement des pluies, des chêneaux
susceptibles d'abriter les moulurations de l'action
destructive de l'humidité, et ces moulurations,
comme les parties décoratives, doivent elles-
mêmes éloigner tout relieftrop considérable, tout
motiftouffususceptible de s'encrasser rapidement.
Cependant il s'en faut que ces exigences
imposent un style uniforme. La part est encore
belle à l'imagination de l'artiste personnel. La
preuve en est dans les constructions si diverses
élevées par les architectes novateurs dans cet
ouest parisien si propre à l'éclosion d'une cité
moderne. Les uns, comme M. Guimard, ont pensé
que le pittoresque devait être la base de la réno-
vation monumentale. Alors, sous le clair soleil,
à travers les rideaux de verdure, a surgi une
agglomération de pignons et d'encorbellements
soulignés par des matériaux colorés, illustrés
d'ornements céramiques, ainsi qu'on peut le
voir au Castel Béranger. Les autres ont pensé
que la logique et l'harmonie des lignes étaient
suffisantes pour créer un ensemble réunissant
toutes les exigences décoratives. Parmi ceux-ci
nous placerons M. Genuys, M. Benouville et
surtout M. Plumet.
Des maisons de rapport affirmaient déjà, et
chaque fois plus nettement, l'idéal d'art de ce
jeune maître: un ensemble de lignes harmo-
nieuses et rythmiques, une ornementation som-
maire accusée par des matériaux discrètement
colorés, des ouvertures décelant dès l'extérieur
la destination de chaque pièce.
Son premier effort, cette maison édifiée
67, avenue Malakoff, comparée à celle élevée
plus récemment rue de Tocqueville, permet de
suivre le chemin parcouru par M. Plumet.

Pour être déjà précise dans la première
construction, sa volonté n'était cependant pas
affirmée dans toute sa force. Si le dispositif de
l'appareil en pierre formant le motif des veran-
dahs était élégant et ingénieux; si l'ornementa-
tion, motivée par des feuilles et des fleurs de
tournesol, était habilement transformée, suivant
qu'elle avait à se découper dans la pierre des
balcons, à s'incruster sous forme de panneaux
céramiques aux moulures de la porte cochère
ou à s'appliquer aux corbeaux et aux consoles,
l'ensemble ne sortait pas de certains principes
architecturaux préconisés et appliqués par Vau-
dremer.
Bien plus audacieuse est la seconde. C'est
le même goût décoratif qui la régit, mais ici
M. Plumet innove, la silhouette est davantage
accusée, ainsi que certaines courbes qui caracté-
risent l'ensemble de son œuvre. Il les souligne
par des adjonctions aussi heureuses que hardies,
comme la galerie couverte qui court tout le long
du quatrième étage et repose si heureusement
la vue et l'esprit de la hantise des interminables
verticales qui caractérisaient jusqu'ici les mai-
sons de rapport de quelque prétention. Enfin,
les moulures, l'ornementation s'affirment plus
nerveuses, sobres et délicates.
Parallèlement, M. Plumet, convaincu que
l'activité artistique doit s'étendre à toutes les ma-
nifestations industrielles, concevait des meubles:
armoires, tables, chaises, où se retrouve cette
prédominance de la ligne sur l'ornementation
qui caractérise tous ses travaux.
Un tel homme, à la fois soucieux du conte-
nant et du contenu, semblait particulièrement
préparé pour concevoir non plus cet amas de
pierres — impersonnel malgré tout — qui s'ap-
pelle une maison de rapport, mais une construc-
tion définie, destinée à satisfaire des goûts et
des besoins personnels.
Cette occasion a récemment été offerte à
M. Charles Plumet. Dans la plus belle des voies
qui rayonnent autour de l'Arc-de-Triomphe, à
l'angle de l'avenue du Bois-de-Boulogne et de
l'avenue Malakoff, non loin de l'endroit où il
avait pu naguère affirmer, une première fois,
son idéal d'art, un client averti l'a chargé de
construire son hôtel particulier.
La construction est d'importance, puis-
qu'elle comprend un vaste corps de logis, une
serre et des communs indépendants.
M. Plumet, qui étaye ses audaces de nova-
teur sur l'expérience du passé, s'est gardé des
utopies dont nous menacèrent jadis dix jeunes
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