L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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L'ART DECORATIF

l'intelligence et le savoir enfantent. L'effort im-
mense d'un peuple entier est là. Celui qui n'a
rien ressenti devant cette majesté d'une grande
nation au travail est mal venu à parler de
beauté.
Qu'ajoutent à cette grandeur les petites gen-
tillesses du détail? Peu de chose! Et si
l'on pense qu'à leur poursuite, c'est neuf fois
sur dix la banalité, l'insipidité, la préciosité, la
prétention, bref, l'attristant au lieu du piquant
que l'on rencontrera, n'est-il pas sage de ne
nous y lancer qu'avec circonspection ?
Il ne me parait pas que les façades des
boutiques et magasins soient une place propice
aux déploiements décoratifs. Là, tout l'intérêt
se porte sur l'étalage, non sur le cadre. Au-
tour de la vitrine, il n'y a pas de céramiques, de
mosaïques, d'émaux, de vitraux, de peintures
ou de sculptures qui puissent rivaliser d'attraits
avec une douzaine de chapeaux comme les mo-
distes parisiennes savent les faire, ou vingt-cinq
paires de jolies chaussures bien présentées.
Même les boîtes de sardines, les caisses de
pêches de Californie, les pots de confitures de
Bar et jusqu'aux humbles boîtes de cirage
Jacquand prennent des aspects enchanteurs si

le marchand sait en faire miroiter les délices —
et tous les marchands savent cela. Par consé-
quent, le cadre n'a de mission qu'à distance :
celle de se détacher du reste de la façade; y pro-
diguer les détails est peine perdue. Ce qu'il faut
ici, c'est du goût et de la tenue, et non de l'a??.
Qu'une exception de loin en loin soit
d'un heureux effet, je suis bien loin d'y contre-
dire. Rencontrer par-ci par-là un devant de
magasin d'un caractère hautement artistique,
tel, par exemple, que celui qu'on vient de ter-
miner rue Royale pour M. Fouquet, l'excellent
bijoutier, d'après les projets de M. Mucha, serait
une diversion charmante. Mais si ces exceptions
entreprenaient de devenir la règle, cela serait
insupportable : car pour les accepter, il les faut
excellentes. Une façade qui veut se faire remar-
quer ne doit être dessinée que par une main
très habile. On a doté dernièrement certaine
rue de Paris — tout le monde la reconnaîtra
sans que j'aie besoin de la nommer — d'une
horreur où la prétention le dispute au ridicule :
une devanture de je ne sais quoi — de brasserie
ou de restaurant, je crois, — dans laquelle on a
trouvé moyen d'allier le comble de l'extrava-
gance à la plus plate vulgarité. De pareilles
choses sont une
honte pour Pa-
ris; elles com-
promettraient
notre réputation
de goût si elles
venaient à se
multiplier.Puis-
que ceux qui se
sont institués
prêtres de (d'art
public)) deman-
dent àl'autorité
le retour de la
beauté —comme
ces maris qui
chargentle com-
missaire de po-
lice de leur ra-
mener leur
femme — l'oc-
casion serait
belle de récla-
mer une loi in-
terdisant les fo-
lies de cette
sorte.
Quand on


CHARLES PLUMET, ARCHITECTE FAÇADE DU MAGASIN DES CHOCOLATS KOHLEK

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