L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,1.1903

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LA SCULPTURE AUX SALONS

tistes que n'intéressent pas les spectacles de
la rue, de l'atelier, du foyer, du salon, les
déformations indicées aux organismes par
les métiers, l'âge, les coutumières pensées,
qu'attirent surtout le libre jeu, la beauté
harmonieuse du corps humain dans son in-
tégrité primitive. Mais leur admiration s'ex-
prime presque toujours en un langage neuf
et coloré, affranchi de la ty-
rannie des vieilles formules,
débarrassé des clichés, grâce
à l'exemple des Rude et des
Carpeaux, des Constantin
Meunier et d'un sculpteur
qui n'expose pas cette fois-
ci, dont l'influence est pour-
tant visible chez tous, Au-
guste Rodin. Les appella-
tions antiques ne sont que
des prétextes à complètes et
libres nudités. La « Bac-
chante au biniou H d'Injal-
bert chante seulement l'or-
gueil d'être nue, à l'ombre
des arbres, dans l'air tiède
et les arômes. Fine et forte,
assise sur le roc, une jambe
pendante, l'autre repliée
pour soutenir l'instrument,
promenant ses doigts contre
le buis, inclinant sa tête
couronnée de lierre, elle
guette d'un œil malin le
désir que ne peut manquer
d'éveiller en nous son corps
rond et fondant, gonflé de
sucs comme un fruit. Ce
n'est pas là une fade com-
position d'après l'antique. J. EscouLA
C'est une oeuvre originale,
débordante de joie sensuelle, à la saveur agreste
et chaude. Jamais l'art de M. Injalbert, par-
fois un peu ronflant, n'avait donné une note
aussi pleine, aussi juste, aussi harmonieuse.
La « Muse des bois H du même auteur unit
également la sveltesse des lignes à l'opu-
lence de la chair. Le faune de M. Jef-Lam-
beaux, mordu par une nymphe dont il vou-
lut goûter la gorge abondante, m'apparait
turbulent et plantureux comme un Jordaëns.
Peut-être manque-t-il toutefois d'une cer-
taine fougue dans la facture. Les K Da-
nai'des)) de M. Marin s'enlacent très rythmi-
quement. La ((Douche)) de M. Mulot, le

sculpteur de «Divine Mort)', groupe autour
d'un therme deux naïades fort aimables; la
«Fête pastorale", «Lutinerie", «Volupté))
de M. Félix Voulot offrent des formes lon-
gues, flexibles et Auides, onctueuses, toutes
fleuries, toutes parfumées d'amour. Nocquet
expose un truculent Silène, Valère-Bcrnard
un Orphée, Fix-Masseau un buste de «fau-

nesse", une «Tête aux ailes" inquiétante
qui me fait songer aux Gustave Moreau,
puis «Deux sœurs", double masque en
marbre rose. Dans une matière d'un grain
et d'une couleur adorables, les deux faces
surgissent accolées, elles sont exquises de
sensualité rêveuse et trouble, avec leur nez
fin, retroussé un peu, leurs lèvres riches et
molles, leur étroit menton, leurs yeux énig-
matiques, les volutes prenantes de leur che-
velure. La douceur de leur sourire coule
sur la douceur du marbre rose et blond
aux veines bleuissantes. Après cette déli-
cieuse vision, je rencontre les fantaisies ga-


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