L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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L’ART FRANÇAIS

Salle 15. — Le Vitriol, de M. Pelez, est un drame concis :
Une jeune femme au visage livide, et dont les vêtements noirs
font encore ressortir la pâleur, comme dirait M. Richebourg, de-
bout, appuyée contre un mur, une tasse de vitriol à la main,
guette le séducteur qui l’a abandonnée dans un état de grossesse
« avancée ». C’est effrayant comme un fait divers, et c’est peint
avec émotion.

Plus calme, infiniment plus calme, le panneau voisin, où deux
paysages de M. Pointelin sont placés de chaque côté du Bourg-
mestre de M. H. Pille. Ce bourgmestre rappelle, par son allure
magistrale, les plus belles figures de l’école flamande, et les
paysages de M. Pointelin : la Roche du loup blanc et le Bief d’a-
mont, sont deux pages synthétiques, lumineuses et profondes,
qui font du jeune maître jurassien le successeur direct de Corot.
MM. Picard, Pelouse, Ary Renan, Puichart, Perrandeau, Petit-
jean, Rixens, Rigolot, Péraire, Ed. Pail, Schutzemberger figu-
rent aussi dans cette salle et leurs envois sont dignes d’attention.

Salle 16.—Le regretté Cabanel, dont on a exposé ici les
deux derniers portraits de femme , disputera-t-il la palme à
M. Dagnan-Bouveret ? A coup sûr, la Gloire hésitera. Mais je me
rallierais encore à la peinture de ce dernier, bien supérieure à
celle de l’académicien défunt. La Madone et les Bretonnes aupardon
sont deux purs chefs-d’œuvre. Et des portraits de Cabanel, celui
de la jeune femme en robe blanche , aux cheveux roux, est mer-
veilleux. Il faudra revenir dans cette salle, l’une des plus remar-
quables de l’Exposition, car c’est ici encore qu’on peut admirer
le Recueillement de M. Courtois, le beau portrait de MmeA..., en
robe rose, de M. Benjamin-Constant, œuvre d’un grand style;
un portrait d’homme de M. Doucet, les paysages de MM. Dame-
ron (effet de brouillard, le matin, en Franche-Comté), Paul Co-
lin, Didier, Casile, etc., et les ouvrages de Mme Feurgard, de
M1Ie Alix d’Anittan et de MM. Cœssin, Maurice Eliot, Daudin,
Eugène Claude, Joseph Bail, Amand Gautier, Calvès, Orès, etc.

Salle 17. —• Je vais tout de suite aux Blés noirs de M. Qui-
gnon, parce que, de toute notre jeune école de paysage, le peintre
des Moyettes, médaillé au dernier Salon, me paraît une des per-
sonnalités les plus intéressantes. Ce jeune homme s’affirme vic-
torieusement. C’était hier un débutant, ce sera un maître demain.

M. Edmond Picard avec sa Vache malade, est en grand progrès,
et M. Camille Paris, avec sa Jeune Taure égarée, et qui se porte
bien, s’affirme excellent animalier.

La Vierge de M. Antonin Mercié est admirable ; le bal des
Ardents, de M. Rochegrosse, est curieux; et il ne faut pas quitter
cette salle sans avoir bien regardé les ouvrages de MM. Pinel,
Pinfold, Etienne Martin, Monginot, Mettling, Adrien Moreau,
Massé, Nozal, de Pibrac, etc.

Salle 18. — M. Chaplin est toujours le peintre des carna-
tions fraîches et roses. M. Louis Deschamps se confine dans l’in-
terprétation des énigmes enfantines et dans la recherche d’une
solution à la terrible question sociale. Touche-à-tout, un enfant
ravissant qui tire un chat noir par la queue, appartient à la pre-
mière série des préoccupations de l’artiste ; Pitié ! se rattache à
la seconde* C’est toujours très personnel. M. Georges Cain, dans
Une barricade en 1830, se révèle comme un peintre d’histoire sé-
duisant, et je l’en félicite, car généralement, et à part des excep-
tions comme Y Entrée des Croisés à Constantinople, le Tableau des
Lances et d’autres chefs-d’œuvre peu nombreux, les tableaux
d’histoire sont tous d’un ennui mortel. M. Georges Cain s’exprime
avec une clarté et une franchise rares, et sa Barricade obtiendra
un vif succès.

1YArrestation de Voltaire et un Passage difficile, par M. J. Girar-
det; les Pileuses, de M. Delachaux ; la Fille aux armures, de M. L.
Carrier - Belleuse ; kAu printemps, de M. Bramtot (encore une
idylle !) Le Gamin aux blueis , de Mlle Louise Breslau ; une
grande toile de M. Ed. Frère : Cheval mort; de superbes natures
mortes de MM, Delanoy, Fouace, Eugène Claude, Chrétien,

de Mlle de Champ-Renaud ; les beaux paysages de MM. Dameron
Clary, Cagniart, Camille Martin ; les Chiens, de M. Georges
Fauvel ; les portraits signés Cormon, Pierre* Dupuis, Louise Ab-
béma et Virginie Demoni-Breton, sont également à voir.

Salle 19. — En avant ! en avant ! — 6 août 1870. Bataille de
Frœschwiller, par M. Moreau de Tours, où l’artiste à évoqué un
des plus héroïques souvenirs de 1870.

Dans un simple petit portrait d’homme vu de profil, dans une
toute petite toile: Monsieur le curé, IA. Albert Maignan trouve
moyen de nous rappeler qu’il fait de la grande peinture.

Quelle originalité dans les scènes d’intérieur de M. Lobre !

Quelle chaleur dans l’épisode du Combat de Quiberon, de
M. Outin !

Admirons encore les Pêches de Mme Muraton, la marine de
M. Olive, la Fille du marin, de M. Mary ; un coup d’œil encore
à la Repasseuse de M. Michel Lévy, à YFtude, de M. Maurin,
aux animaux de M. Marais, à la marine de M. Morlon, à la
IM use de M. Jean Aman, à la Promenade du jeudi, de M. Armand
Point, aux Pavots, de M. Nobillet, à Y Antiquaire goutteux, de
M. Mertens, à la Vision de M. H. Martin, aux tableaux de
M,le Lee-Robbins, etc. (A suivre).

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L'EXPOSITION BARYE

L'exposition des œuvres de notre grand statuaire, Antoine Barye,
s’ouvrira le quinze mai à l’Ecole ' des Beaux-Arts.

A ce propos, nous publierons dimanche prochain, une très belle étude
de notre excellent confrère, M. Arsène Alexandre, qui présentera l’illustre
animalier sous un jour tout nouveau.

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Nos Illustrations

l.e Portrait do M. Prétet, par M. Charles Giron, qui a paru dans notre der-
nier numéro, fut très remarqué, au Salon de 1888, pour ses qualités de franchise
et de verve. Le peintre a réellement saisi l’expression de gaîté débordante du
très distingué délégué aux Expositions des Beaux-Arts. M. Louis Prétet, on le
sait dans le monde artiste, est littéralement l’àme du Salon annuel. C’est lui
qui préside au placement des tableaux.

Son goût parfait, son coup d’œil sûr, sa décision rapide, son tact exquis, lui
ont conquis toutes les sympathies, et l’on peut dire qu’il s’acquitte supérieure-
ment de ses fonctions délicates où personne ne le remplacerait. A ce propos,
nous adressons à notre ami et compatriote toutes nos félicitations pour la façon
incomparable dont il a organisé le Salon de 1889.

Une autre physionomie bien connue est celle de M. Jules Claretie, dont- le
portrait,signé de M. Gabriel Ferrier,a eu également les honneurs du dernier Salon.
L’éminent écrivain, l’habile administrateur général de la Comédie-Française,
aujourd’hui membre de l’Académie où il prenait place récemment, en pronon-
çant un admirable discours, est représenté dans 1 attitude qui, cei tes, lui est la
plus habituelle : celle du travail ! Le dessin des mains est surprenant de justesse
et de vérité. L’écrivain relève la tête comme pour réfléchir un instant entre deux
alinéas, et ce mouvement nous permet de constater que M. Ferrier a magistra-
lement rendu l’intelligente bonté du regard en même temps que l’ensemble des
traits, d’une ressemblance frappante.

La bonté de l’auteur des Derniers Montagnards est proverbiale, comme la
fécondité et la diversité de son talent. Pour ,ma part, je lai appréciée, v. ii.i
longtemps déjà ! Arrivant à Paris avec, sous le bras, le manuscrit de mon pie-
mier volume (de vers, bien entendu !) je trouvai chez M. Jules Claretie un
accueil charmant et le jeune maître voulut bien écrire pour mon humble petit
livre une très remarquable préface, aujourd’hui introuvable. Plus tard, lorsque
je publiai les notes laissées par mon père sur Proudhon, M. Claretie leur consa-
cra une de ses brillantes chroniques du Temps, et ce n’est pas sans émotion
que je relis ces pages cordiales dans les volumes de la Vie à Paris, publiés par
l’éditeur Havard. Aussi, est-ce avec une profonde reconnaissance que je saisis cette
occasion de dire en passant combien j’aime et j’estime le talent et le caractère
de l’éminent académicien dont Y Art Français a été heureux de reproduire le
portrait.

Le Gérant : S1LVESTRE

' Paris. — Glyptographie SILVESTRE & G", rue Oberkampf, 97
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