L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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Troisième année. — N° 132

LE NUMÉRO : 15 CENTIMES

2 Novembre 1889

L'ART FRANÇAIS

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Texte par Firmin Javel

Illustrations de MM. SILVESTRE & Cie, par leur procédé de Glvptographie

Bureaux : 97, rue Oberkampf, à Paris

ABONNEMENTS. — Païiis : un an, 9 francs; six mois, 5 francs. — Départements : un an, ÎO francs; six mois, 6 francs.

LES ENVOIS DE ROME

On rappelait, dans une étude récemment publiée, qu’une fois
admis en loge, les concur-
rents au prix de Rome sont
traités comme prisonniers
en leur geôle : pas de com-
munication possible avec
l’extérieur, ni avec les êtres,
ni avec les choses, ni avec
la terre, ni avec le ciel : ni
avec la vie !

Et l’auteur de l’étude en
question mentionnait cette
clause réglementaire sans
la souligner autrement. Il
n’y trouvait rien d’anor-
mal, s’inclinait devant la
traditionnelle et mons -
trueuse bêtise des illustres
académiciens qui l’avaient
conçue.

De même, chaque an-
née , il se rencontre des
jeunes gens assez héroïques
pour s’y soumettre, pour
faire abnégation de tout ce
qui. peut contribuer à l’é-
laboration d’une œuvre
saine et forte , et l’on
s’étonne encore aujour-
d'hui de la médiocrité des
« compositions » de ces
élèves dociles, et l’on af-
fecte encore quelque sur-
prise en présence de l’in-
digence des « envois de
Rome », toujours impa-
tiemment attendus à l’E-
cole des Beaux-Arts.

On nous permettra de
ne point partager çet éton-
nement. Il y a longtemps
que nous avons montré et
démontre 1 absurdité de cette « institution » surannée, à savoir :
le prix de Rome. Elle ne relève plus, à l’heure présente, que des
graves penseurs, des éminents « criminalistes » qui s’occupent du

travail dans les prisons »..

A ceux qui douteraient encore, je conseille une visite à F expo-
sition de ces fameux envois de Rome, ouverte depuis quelques
jours dans le hall du quai Malaquais. A part deux ou trou mor-
ceaux intéressants, je les défie de m’y signaler une «œuvre»

g ne seulement d’une mé‘
dailîe de troisième çiasse
aux yeux indulgents du
jury du Salon. C’est à se
demander à quoi sert le
séjour en Italie,la fréquen-
tation des chefs-d’œuvre
immortels, et le reste.

Il convient de faire ex-
ception pour l’esquise en
bas-relief de M. Puech :
Saint - Antoine dt Paaoue
recevant !enfant Jésus des
mains de la Vierge, char-
mante composition qui
réunit les délicatesses d’un
tableau à l’imposante séré-
nité d’une sculpture. C’est
décidément un artiste bien
personnel, que M. Puech,
dont on n’a pas oublié la
Muse d'Ain dre Chénier, et
qui, même lorsqu’il ne
glorifie pas les poètes, de-
meure encore poète. Il y a
du mouvement et du style
dans son groupe de la Si-
rène, que nous retrouve-
rons certainement au Sa-
lon prochain , lorsque le
travail en aura été terminé.

Quelques qualités se ré-
vèlent dans Y Amour et la
folie de M. Boutry, et dans
sa copie en marbre du Phi-
losophe, mais le Pêcheur de
M, Capellaro est d’une
lourdeur qui doit bien le
gêner dans l’exerciGe de sa
profession.

La peinture nous offre
un Actéon où M. Danger (ire année) a poussé la conscience
trop loin. Bien qu’il soit représenté avant la métamorphose, cet
Actéon-là est déjà persuadé qu’il va être victime de son indiscré-
tion. Oui, c’est bien là l’imprudent admirateur de Diane qui a été

EXPOSITION P)ES PEAUX - N RT S

M. Puech. — Saint Antoine de Padoue (esquisse).
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