L' art français: revue artistique hebdomadaire — 3.1889-1890 (Nr. 105-157)

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L’ART FRANÇAIS

nous initie à une entrevue touchante et en même temps assez comique. Un
frère, parti pour les contrées lointaines, revient au monastère muni d’un
nègre et d’un singe. A en juger par la mine rubiconde des saints
personnages qu’il surprend au milieu d’une partie d échecs, le mis-
sionnaire a singulièrement maigri. Il est évident qu il avait, lui aussi, cette
plantureuse cornplexion et ce teint haut en couleur lorsqu’il eut l’imprudence
de s’en aller porter la bonne parole aux peuplades non civilisées. Tout cela
se devine dans le tableau de M. Frappa, un des ouvrages les plus spirituels
<que le jeune et éminent artiste ait signés.

EXPOSITION UNIVERSELLE

LA DÉCENNALE (»«<•).

Nous en aurons terminé avec les salles du rez-de-chaussée
lorsque nous aurons signalé les ouvrages de MM. Yon, Zuber,
Pezant, Dominique Rozier, H. Saintin, Yarz, Jean-Jacques
Rousseau, Girardot, Aimé Perret, Loustaunau, Motte, Quignon,
Wencker, Pierre Lagarde, La Touche, Renouf, Petitjean, Sicard,
de Richemont, Chocarne-Moreau, Comerre, Binet, Durst,
Bramtol, Delpy, Veyrassat, Gardette, Beyle, Dieterle, Chigot,
Victor Gilbert, Cormon, Scherrer, Maillart, Gridel, Gabriel Gty,
Thirion, Aman Jean, André Brouillet, Delance, Léon Glaize,
Auguste Glaize, Debat-Ponsan, Achille Cesbron, Le Sénéchal,
Thomas, Georges Sauvage, Jules Garnier, Perrandeau, Georges
et Henri Cain, Surand, Chartran, Dameron, de Fonvielle, Tatte-
grain, Landelle, Laurent-Desrousseaux, Outin, Buland, Béroud,
Valadon, Tournés, Paul Saïn, Deyrolle, JulienDup:é,Courtois,etc.

Dans les Salons du premier étage, un peintre illustre, M. Meis-
sonier, absorbe tout d’abord l’attention. Son exposition est nom-
breuse, importante. Le portrait du maître par lui-même est très
remarquable. Inédit pour le public de Paris, ce portrait rappelle
le dessin qui figure au Musée de Lyon et que M. Meissonier avait
offert à M. Chenavard. C’est la même expression, la même barbe
blanche aux cascades impétueuses.

Les ouvrages de M. Meissonier sont au nombre de dix, y
compris ce portrait. Il nous suffira d’en rappeler les titres, car ces
tableaux sont connus du monde entier: Le Guide [(armée du
Rhin-et-Moselle) (1797); — Iéna ; — le Voyageur ; Eglise
Saint-Marc; — Venise; — Portrait de Mlie J. M. ; — Postillon
revenant haut le pied ; — Auberge au pont de Poissy ; — Pasquale.

A côté de M. Meissonier, voici ses élèves, qui sont à leur tour
devenus des maîtres : MM. Berne-Bellecour, Loustaunau.
(M. Edouard Détaillé figure, comme on sait, dans une galerie du
re z-de-Chaussée).

M. Berne-Bellecour a représenté avec son talent habituel Y Ab-
dication de Napoléon Ier au château de Fontainebleau (1814). Ce
tableau, inédit, appartient au grand-duc Nicolas Michaïlowitch.
L’auteur du Coup de canon expose également Un poste avancé
(Salon de 1878J; Manœuvre d’embarquement (Salon de 1882);
Un Prisonnier et P Attaque imprévue.

M. Loustaunau ne nous montre que deux toiles, mais quj
marquent, dans sa manière et ses aspirations, une évolution
décisive. Le jeune maître semble avoir renoncé aux tableautins
anecdotiques, et, de l’avis de la plupart des connaisseurs. Aéros-
tation militaire et le Lancement de pont placent désormais M. Lous-
taunau au rang des peintres grandes visées.

Le paysage est ici chez lui. MM. Français, Harpignies, Poin-
telin, Guillemet, Cazin, Jules Pelouse, et les morts toujours
vivants comme Dupré, Eugène Lavîeilie ou Alexandre Rapin,
interprètent la nature, selon leurs differents tempéraments et avec
une égale sincérité. M. Français distingue certains détails là où
MM. Harpignies et Pointelin ne veulent voir que des masses
superbes et puissantes. M. Guillemet recherche la note juste et
M. Cazin la note qui séduit. Il y aurait une étude fort intéres-
sante à consacrer au paysage tel qu’il nous apparaît ici, avec ses
aspirations diverses, mais l’heure est venue d’en finir avec la
grande manifestation artistique de 1889. Aussi bien, à peu
d’exceptions près, tout ce qu’on nous montre dans cette dernière
partie du Palais des Beaux-Arts, a été déjà vu, décrit et commenté.

1 out au plus dois-je une mention spéciale à deux toiles de
M. Pointelin : la Combe-verte et le Soir dans les pins, deux œuvres
de valeur et qui n’avaient encore figuré à aucune exposition. Le
peintre du Jura s’affirme à nouveau, en ces deux poèmes,le grand
poète que l’on sait. Nul n’a dit comme lui le charme auguste de
nos solitudes jurassiennes. (.A suivre.)

jrcHOS ^Artistiques

L’association artistique de Versailles vient de prendre l’initiative de l’érec-
tion d’une statue à Houdon, le grand sculpteur.

X

Le comité du monument de Victor Noir s’est rendu la semaine dernière
chez M. Dalou afin d’approuver l’œuvre que l’éminent sculpteur vient
d’exécuter.

Victor Noir est représenté au moment où, sorti précipitamment de la
fameuse maison d’Auteuil, qu’occupait le prince Bonaparte, il est venu
tomber mort sur le trottoir.

Très simple et très dramatique en même temps, le corps, exécuté gran-
deur naturelle, étendu sur le dos, les yeux non tout à fait clos encore, semble
avoir conservé tous les tressaillements de la vie. La figure est large et grasse ;
sur la lèvre supérieure se dessine une moustache naissante (Victor Noir
n’avait que vingt-deux ans lorsqu’il fut tué).

Il est encore soigneusement ganté ; son chapeau de soie est tombé à côté
de lui. Par sa redingote et sa chemise entr’ouvertes un peu de sa poitrine
apparaît.

Ce monument, conçu dansmn sens réaliste, sera placé sur un piédestal
aussi bas que possible et qui ne dépassera pas quarante à cinquante centi-
mètres. Dans un angle, près de la jambe gauche, quelques mots, simplement
gravés, rappellent la date de la naissance et celle de la mort de Victor Noir.

Le sculpteur a très heureusement rendu cet événement dramatique. Il a
tiré un parti excellent de tous les détails de la toilette de Victor noir. On
sait, en effet, que celui-ci était un ancien ouvrier. Pour se rendre chez le
prince Bonaparte avec M. Ulrich de Fonvielle en qualité de témoin de
M. Paschal Grousset, il avait mis ses vêtements les plus luxueux. Tout cela
est savamment exprimé dans l’œuvre de M. Dalou.

X

Dimanche dernier a eu lieu, aux Abattoirs de la Villette, l’inauguration
de deux groupes Au pàturage, de M. Albert Lefeuvre et A l'abattoir,
de M. Lefèvre Deslongchamps.

Ces deux œuvres, d’un très beau sentiment dé rat if, ont été vivement
admirées.

M. Albert Lefeuvre n’en est plus, du reste, à faire ses preuves. Ou sait
que l’éminent sculpteur est l’auteur du monument du général Margueritte,
érigé à Fresnes en Wœvre (Meuse) ; de la statue du général Margueritte,
en Algérie (1886) ; du monument de Bara, érigé à Palaiseau (1881) ; de la
statue d’Armand Garrel, à Rouen (1887). Il a en outre, à son actif, des
ouvrages tels que le Pain, Après le travail, et autres statues très remar-
quées aux Saions de ces dernières années.

Lè Gérant : S1LVESTRE

Paris. — Glyptographie SILVESTRE t Cie, rue Oberkampf, 97.
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