L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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L’ART FRANÇAIS

portant une amphore sur son épaule, se dispose à puiser de l’eau.
Une forêt de palmiers ferme l’horizon. On a commenté de diverses
façons l’œuvre de Guillaumet. On s’est livré à mille considérations
plus ou moins probables, et fort peu probantes, pour la plupart. On
a voulu tracer une « genèse » à ces belles pages, auxquelles la lecture
de la « Genèse », avec un grand G, n’est peut-être pas étrangère.

Il nous paraît inutile de suivre dans cette voie, les critiques et les
biographes du maître à jamais regretté. Tout au plus, doit-on faire
observer qu’il a voulu peindre la vie arabe sous ses aspects les plus
attrayants, les plus « pittoresques », encore une fois. C’est ainsi qu’il
nous initie successivement à la vie guerrière avec la Veillée, le Campe-
ment, etc; à la vie religieuse avec h Prière du soir-, à la vie agricole
avec le Labour sur la frontière du Maroc, les Défrichements, le Labour
cAlgérien ; à la vie intime des femmes arabes avec les Tisseuses de ‘Biskra,
les Noces de Messaouda et tant d’autres toiles inoubliables, de même
qu’il a retracé la vie aventureuse dans les Chameliers, le Palanquin, etc.
La femme arabe asurtout, le privilège de le retenir, de l’inspirer, et il a,
le premier, su la voir dans toute sa séduction.

Mais ce qu’il convient de rappeler aussi, c’est le talent avec lequel
Gustave Guillaumet s’improvisa écrivain, complétant son œuvre pictu-
rale par des descriptions d’une couleur exceptionnellement intense.

N’était-il pas deux fois peintre, celui qui traduisait sa vision avec
une égale clarté, soit qu’il tint une plume, soit qu’il eût le pinceau
à la main ? firmin javel

UNE RÉHABILITÉE

A Firmin Javel

Vous avez, mon cher ami, parlé avec votre compétence et votre
ardeur habituelles, du beau monument de Dalou à Eugène Dela-
croix. Probablement, au moment même ou vous donnerez l’hos-
pitalité à ces quelques lignes, vous aurez également consacré une
mention au charmant monument de Barrias à Guillaumet, dont,
pendant que je vous écris, on prépare l’inauguration.^

Ce n’est pas pour compléter ce que vous aurez dit de ces
œuvres que je m’adresse à Y Art Français, mais pour attirer l’at-
tention de vos lecteurs sur une dédaignée, ou plutôt une réhabi-
litée de fraîche date, et dont le sort devrait tenir fort à cœur à
tous ceux qui s’intéressent à l’Art national.

Je veux parler de la fonte à cire perdue. L’occasion est bonne :
le fondeur Bingen, un de ces artistes qui se préoccupent beaucoup
plus de l’Idée que de la fortune, a jeté, avec amour, dans le moule
les deux monument que je viens de nommer. Il en prépare un
autre, toujours à cire perdue, et qui sera de dimensions colossales :
le monument à la République, de la place de la Nation. J’ajoute
que le Victor Noir, de Dalou toujours, sera également éternisé
par le même procédé.

Ainsi, dans un très court espace de temps, une quadruple affir-
mation aura été faite, de l’incomparable valeur artistique d’un
procédé que devraient adopter tous les statuaires soucieux du
renom de leur œuvre, de la matérialisation de leur pensée. La
personnalité de l’excellent Bingen est hors de cause ; il est, comme
je viens de vous le dire, le désintéressement même. Mais si nous
jetons un coup d’œil sur le passé, quelle magnifique succession
d’artistes illustrant ce procédé, et prouvant que c’est de tous le
plus parfait, au point de ne supporter aucune comparaison !

Je n’ai malheureusement pas assez d’érudition pour prouver
que le Veau d’or, au temps de Moïse fut fondu à la cire. Mais il
est fâcheux qu’au temps présent, ou précisément le Veau d’or est-
plus « debout que jamais », ce soient les procédés de la fonte au
sable qui soient adoptés par la plupart des artistes.

On évoque la raison d’économie. Mauvaise économie que celle
qui se réalise sur l’argent aux dépens de la beauté de l’œuvre.
Croyez-en Dalou qui s’est passionnément attaché à faire revivre
lestraditionsdeCellini (voiries Mémoires, livre VII,chap.LXXVIJ
de Primatice ; des frères Keller, qui jetèrent à la cire la statue de

Louis XIV ; de Vavin qui jeta celle de Louis XV ; de Bouchardon
qui fondit un autre Louis XV en une séance qui fut pour la popu-
lation de Paris un grand événement ; de Idoudon, enfin, cet ad-
mirable maître français, dont le monument vous intéressait si
vivement ces temps derniers, mon cher Javel, en votre double
qualité d’artiste et d’habitant de notre cher Versailles. Le jour où
maître Houdon fondit son Apollon, en un atelier de la rue du
Roule, il fallut distribuer des billets aux spectateurs trop em-
pressés pour qu’ils ne gênassent point le travail.

Eh bien, mon cher ami, ne croyez-vous pas qu’un procédé qui
se réclame de tant de grands artistes et de tant de beaux exemples,
ne mérite pas de revenir en honneur, et en grand honneur ?

Notre campagne féconde, celle que nous devons 'soutenir sans
rélâche dans Y Art Français, c’est celle de la renaissance de la
technique. Il faut que les artistes s’intéressent de nouveau au
côté matériel de leur art, qu’ils se rappellent que leur nom et
celui d'artisan ont la même racine. Que les statuaires suivent
donc l’exemple de Dalou et ces devanciers. Qu’ils confient doci-
lement leur œuvre cà la bonne et souple cire qui s’efface avec
tant de complaisance devant le métal bouillant et lui laisse exac-
tement la place voulue. Et surtout qu’ils retouchent leur œuvre
sans crainte, qu’ils soient convaincus que la moindre délicatesse
sera conservée, et qu’au contraire comme me le disait le fondeur
que je vous nommais tout à l’heure, dans un mot expressif de
bon ouvrier : « Une cire sans retouche, c’est un tableau sans la
couleur ! »

Bien affectueusement à vous, Arsène Alexandre

- ; —q*-—-

NOS ILLUSTRATIONS

PORTEUSE AUX CHAMPS, statue plâtre, par M. Henri ‘Bouillon.

Notre jeune école de sculpture promet de pousser, plus loin encore que ses
aînées, l’observation de la nature et la notation subtile des types et des carac-
tères. A cette condition essentielle, nos jeunes maîtres dégageront la formule
du Beau, abstraction faite de toute convention surannée.

Aussi n’hésitons-nous pas à féliciter M. Henri Bouillon, dont la ‘Porteuse
aux champs revendique fièrement les libertés conquises. Grande, robuste,
superbe en son allure décidée, elle s’avance la tête haute, les yeux fixés à
l’horizon, fière de l’accomplissement de sa mission, cette Jeanne d’Arc de la
soupe, cette humble « Porteuse » dont le rôle, ici bas, vaut certainement celui
de telle ou telle héroïne de nos réunions publiques — ou privées !

MUSIQUE DE CHAMBRE, par M. Etienne A^ambre.

L’un des tableaux du dernier Salon qui reflétaient, avec le plus de subtilité,
la vie intime du Paris moderne. Cela était peint simplement et largement,
sans insistances déplacées et sans négligences regrettables. L’impression de
cette scène charmante était bien telle que le peintre avait voulu nous la faire
éprouver, et, pour ma part, j’avoue être retourné plusieurs fois devant cette
Musique de chambre comme on retourne, au concert, entendre un morceau
préféré. Il me semblait, à moi aussi, écouter une musique exquise et je me
laissais bercer par quelques mélodie imaginaire comme cette jolie rêveuse si
langoureusement renversée dans son fauteuil. F. j.

SUR LES GALERIES DE SAINT-MARC A VENISE, par Saint-Germier

A la vérité, nous ne voyons là qu’un petit coin de la basilique d’or, comme
un détail de sa vie intime. Ce n’est plus dans un jour de Toussaint ou de
Noël, une entrée de cardinal avec le bruissement des moires cramoisies des
chanoines, le balancement de la grande mitre semblant glisser sur des vagues
d’hermine, les fulgurances que les mosaïques colossalles se jettent l’une à l’au-
tre, c’est la procession de la Madone autour des galeries, le long des chenaux
de Byzance et de la lampe expiatoire.

Il faut savoir gré à l’auteur d’avoir cherché une note simple hors de la tra-
ditionnelle mise en scène. En matière d’Italie, c’est être original.

Mais pourquoi ne puis-je me défaire de cette idée, que voir Saint-Marc autre-
ment qu’en or, ce n’est plus voir Saint-Marc ?

DIANE, par F. Gorguet.

Une assez belle martelle, cette déesse, n’ayant comme défauts que des excès
de qualités.

Que de cheveux ! Que de cheveux !

Les formes ne sont pas sans grâce, ni la pose sans cranerie, mais on croirait
qu’elle s’occupe à faire des trous dans la lune, passe-temps que Diane plus
qu’une autre, devrait, ce semble, s’interdire. G. de b.

L’administrateur-Gérant : SILVESTRE.

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