L' art français: revue artistique hebdomadaire — 4.1890-1891 (Nr. 158-209)

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L’ART FRANÇAIS

L’ART INDUSTRIEL

Il y a quelque temps déjà, à propos de Lavant-dernière exposi-
siîion de faïences d’art de M. Lachenal, nous demandions pour
quoi une part plus large n’était pas faite, aux Salons annuels, à
Fart industriel.

L’idée était donc dans l’air.

M. Roger Marx, dès le mois de mai 1889, s’en était fait le pro-
moteur, partant de ce principe que : du moment qu’on admet au
au Salon la décoration des murailles, il n’v avait pas de raison
pour n’y pas admettre également la décoration d’une assiette,
d’une armoire ou d’un piano.

Aujourd’hui, notre éminent confrère reprend, ayec plus d’éner-
gie que jamais, sa généreuse campagne en faveur des ouvriers
d’art, à propos d’une lettre ou M. Gagneau, président de la cham-
bre syndicale des fabricants de bronze, proteste contre l’ostracisme
dont sont frappés les décorateurs, contre leur situation d’infério-
rité vis-à-vis des peintres, des sculpteurs, des architectes auxquels
sont réservés sans partage l’intérêt, la considération, la publicité,
les encouragements officiels ou privés.

La réclamation de M. Gagneau, dit M. Roger Marx, est
appuyée sur les meilleures raisons. Il établit qu’à l’obscurité dans
laquelle on laisse les produits de l’industrie sont imputables le
manque de créateurs et partant la rareté des oeuvres durables;
tout à l’opposé le concours, l’exposition lui paraissant un moyen
infaillible pour suggérer à l’amateur l’appétit du nouveau, à l’ar-
tisan la défiance des redites fatales à la vitalité du goût. Et
M. Gagneau conclut en réclamant pour l’art industriel une place
dans les libéralités de l’Etat et une place dans les Salons annuels.
C’est, pour notre honneur et notre joie, reprise avec la compé-
tence d’un artiste passé maître, d’un artiste tenu pour le premier
par sa corporation et versé comme pas un dans la connaissance
pratique de la question, c’est reprise l’opinion ici même dès long-
temps émise et ainsi formulée dans notre Salon de 1SS9 : « L’ob-
servateur n’attend pas de renseignements complets, valables,
d’une réunion d’où se trouvent exclus les travailleurs sans nom-
bre qu’une appellation dédaigneuse qualifie d'ouvriers d'art indus-
triel. Comme s’ils ne s’étaient pas placés au rang des créateurs en
donnant la vie et la forme à la matière ! Comme s’ils ne méritaient
pas le titre d’artistes et les mêmes applaudissements que la mode
s’est accoutumée à réserver, en dépit de toute équité, aux expo-
sants du Palais de l’Industrie ! »

«Un Salon significatif sera celui qui montrera l’effort esthéti-
que d’une année, sans restriction d’aucune sorte, qui assemblera
les travaux de tous les novateurs en vued’établirledéveloppement
logique et un du génie national. Il ne suffit pas que Y Union cen-
trale des Arts décoratifs permette de rencontrer à de rares inter-
valles les ouvriers de l’industrie, nous souhaitons suivre chaque
printemps l’évolution de leur talent; nous voulons que leurs
œuvres dernières figurent à côté de celles des peintres, des sculp-
teurs, et nous revendiquons pour elles les mêmes honneurs, la
même gloire ou le même engouement. Puisque Fart est l’expres-
sion adéquate des sociétés, ce serait risquer de le mal connaître
que de manquer de l’étudier partout où se marque sa trace. Plus
d’exclusions, plus de hiérarchies, plus de protestations indignées
contre l’union intime de l’utile et du beau ! Un meuble, un bijou
où le tempérament d’un maître s’est donne librement carrière,
l’emporte mille fois sur la statue ou le tableau exécuté, sans ins-
tinct ni vocation, à l’aide de recettes apprises... »

Rien n’aurait pu, avec une aussi convaincante évidence que

cette citation, affirmer de quels vœux ardents nous appelons le
succès de la réforme projetée par M. Gagneau. De cette inno-
vation logique, de cette administration de tous les créateurs d’art
aux Salons, de cette parité définitivement établie entre les diffé-
rentes manifestations esthétiques, pourront dépendre des pro-
grès grandement utiles au pays et l’éclosion de ce style original
appelé à caractériser les dernières années de notre siècle finissant.

Qu’en attendant, et pour faire plus facile à M. Gagneau sa
patriotique entreprise, chacun s’habitue à ne plus envisager l’art
comme une spéculation vaine, comme une distraction ou comme
un jluxe. Les économistes, d’accord avec les esthéticiens, ont
reconnu en lui, on l’a vu, mieux qu’un revenu de gloires, mais
un élément essentiel de la fortune publique. L’instinct, la tradi-
tion, le milieu climatérique nous ont valu le privilège de dons
uniques, inestimables, et par les qualités de distinctions, de
mesure, propres au seul tempérament français, notre goût a
acquis une prééminence d’autant plus âprement disputée qu’elle
est la source de la prospérité de notre exportation, le secret du
crédit de nos industries auprès de l’étranger. Cette prospérité, il
ne tient qu’à nous de l’accroître, mais le devoir s’impose à tous
de la garantir contre les attaques chaque jour plus .pressantes des
nations rivales. Voilà pourquoi aucun moyen n’est à négliger s’il
vise à encourager.'à développer la culture du goût natif et son
exploitation par l’industrie ; pourquoi aussi ce mot de Marius
Vachon doit être médité sans relâche : « L’enseignement artis-
tique et industriel de la France est devenu, à l’heure présente, au
même titre que l’organisation de notre armée, une œuvre de
défense nationale. »

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Jlchos /Artistiques

La distribution des prix aux élèves de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts a eu
lieu dimanche, 21 décembre, à dix heures et demie, à l'école, dans la salle de
l’Hémicycle.

M. Larroumet, directeur des Beaux-Arts, présidait, ayant à ses côtés
MM. Dubois, directeur de l’école des Beaux-Arts ; le vicomte Delaborde, de
l'Institut ; Kaempfen, directeur des musées nationaux ; Destables, inspecteur
de l’école: Guillaume, architecte du Louvre, etc., etc.

M. Larroumet a prononcé un discours. En commençant, il a rendu hom-
mage à M Eugène Guillaume, le nouveau directeur de l’Académie de France à
Rome, et il a montré ce que l’art français pouvait (selon lui, du moins),
gagner à la conservation de cette académie, « si attaquée aujourd’hui. »

« Sans doute, continue l’orateur, il faut apporter des modifications à son
règlement d’études. Les jeunes artistes qui vont à Rome traversent, comme
l’art lui-même, une période d’indécision et de tâtonnements ; ils sont retenus
par une éducation qui a fait ses preuves, et entraînés par le penchant naturel
de la jeunesse vers tout ce qui est jeune et hardi comme elle, il faut donc, en
même temps qu’on respecte la tradition et l’histoire, ne pas se reposer sur ce
que nos pères nous ont transmis et ne pas s’arrêter au point du chemin où
ils ont poussé leur marche. » C’est parce que des idées nouvelles « mènent le
monde et distribuent les rangs, que le ministre des Beaux-Arts s’est demandé
s’il n’y avait rien à changer dans le système d’études qui régit l’Académie de
France à Rome »

En terminant, M. Larroumet a parlé de la question des ateliers.

« Elle a été résolue, a-t-il dit, dans le sens du maintien de ces ateliers,
dont l’existence se justifie, comme l’a déclaré le conseil supérieur de l’Ecole
des Beaux-Arts, par leur histoire, les services qu’ils ont déjà rendus, la liberté
de leur enseignement, le caractère complet que l’organisation de 1863 a voulu
donner à l’école, et aussi par la nécessité, dans un pays démocratique comme
le nôtre, de mettre l’enseignement de l’art à la portée de tous. »

Ainsi parla M. Larroumet, croyant sans doute sincèrement que « la néces-
sité de mettre l’enseignement de l’art à la portée de tous » justifie la fabrication
de faux artistes, telle qu’elle se pratique au quai Malaquais.

Après le discours de M. Larroumet, M. Destables a lu la liste des récom-
penses. La séance s’est terminée à onze heures et demie.

L’Administrateur-Gérant : S1LVESTRE
Glyptograpbic SILVESTRE &~C'7, me Oberkampf, 97, à Paris.
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