L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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Cinquième année. — N» 213.

LE NUMÉRO : 25 CENTIMES

SAMEDI 23 MAI 1891

L'ART FRANÇAIS

Revue Artistique Hebdomadaire

Directeur littéraire : Directeurs artistiques :

FIRMIN JAVEL

Bureaux : 97, rue Oberkampf, à Paris

SILVESTRE & O

ABONNEMENTS. _ Paris & Départements : un an, 12 francs; six mois, 7 francs. — Union Postale : un an, 1S francs; six mois, 8 francs

SALON NATIONAL DE 1891

SALON NATIONAL DU CHAMP-DE-MARS

Boldini, — ‘Portrait de Mme S...

haut du bras, un peu fort, s’applatit contre le corsage de satin. Mmc S...
.n’a pas les traits absolument réguliers, mais ses yeux noirs ombragés
de longs cils pétillent de malice, et sa physionomie est pleine de'
séduction.

Conscrits, par M. Dagnan-Bouveret.— Quant à cette toile sensation-'
nelle qu’un accident ne nous a pas permis de publier dans notrenuméro"
du 15 mai, notre jeune et distingué collaborateur Henri Brémontier
en a déjà parlé avec l’enthousiasme d’un poète et la compétence d’un
initié.

Je me garderai d’ajouter un mot à son appréciation, à laquelle je

(C hamp-de-Mars )

Portrait de S..,, par M. Boldini. — Parmi les

portraitistes en vogue, M. Boldini s’est créé une place
à part, il a conquis un domaine particulier où il règne
un peu en despote. C’est un intransigeant de la palette
et du crayon de couleur. Peintures ou pastels, ses

envois se remarquent, aux expositions, à ceci : qu’ils

vous attirent et vous retiennent par un charme violent.

Un soupçon de lascivité s’y mêle toujours à l’éclat des
chairs nacrées, et quelquefois même ce soupçon devient
une certitude 1

L’an dernier, M. Puvis de Cliavannes s’écriait,
devant le petit tableau de M. Boldini, représentant un
cocher rubicond, lourdement endormi sur le siège d’un
fiacre au repos : «■ C’est de la quintessence de
cocher ! » Cocher à part, le mot pourrait s’appliquer
à ces femmes du monde que l’éminent portraitiste

nous présente pour ainsi dire quintessenciées. Elles

vivent. Elles se penchent avec une grâce réelle et
font, selon l’expression du poète, « craquer leur cor-
set de satin». Les gestes allanguis des bras nus, ou
demi-nus avec les gants de soirée aux plis provoquants
et souples, ont été très observés. Certain abandon dis-
cret distingue souvent les parisiennes des provinciales,
qui en ont horreur, et des étrangères qui le poussent à
L'excès. Chez les mondaines de M. Boldini, cet aban-
don est toujours aimable et spirituel, parfois légère-
ment pervers. Pour un peu, on se croirait entré de
prime à bord dans l’intimité de ces femmes exquisé-
ment élégantes. Elles sourient à votre vue comme heu-
reuses de retrouver un ami... Est-ce ce rêve d’un ins-
tant, est-ce cette passagère et très douce illusion qui
donne tant de prestige aux femmes de M. Boldini ?

Toujours est-il que sa psychologie est joliment
subtile, et qu’on demeure longtemps, devant ses ravis-
santes figures, à essayer d’y découvrir un «état d’âme»
précis. Ces femmes, semble-t-il, pensent à leurs plai-
sirs, à leurs intrigues, à leurs triomphes. Elles ont, sur
leurs lèvres rouges et sensuelles, le sourire des heureuses. Leurs mains
indolentes jouent gracieusement avec un éventail, trop grand pour
elles. Tout ce qu’on devine, c’est quelles-sont aimées, c’est qu’un œil
piloux les observe et les admire.

Au Salon National de 1891, M. Boldini expose quatre portraits de
femmes et un portrait de jeune garçon, assis sur un divan. De ces
portraits, dont trois sont des peintures à l’huile et les deux autres
exécutés au pastel, Y Art Français reproduit aujourd’hui le ‘Portrait de
Mmé S..., en robe rose, sur fond gris. Le ton des chairs et celui de la
robe s’harmonisent à. se confondre. C’est une symphonie en rose. Le
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